« La solution à deux États n’est pas symbolique. Elle est concrète, utile et puissante » : entretien avec Riyad Mansour, ambassadeur de Palestine à l'ONU

Publié le par FSC

Pierre Barbancey
L'Humanité du 21 septembre 2025

 

 

Riyad Mansour, ambassadeur de Palestine aux Nations unies, rappelle dans un entretien exclusif à l’Humanité le processus qui a abouti à l’organisation d’une conférence sur la solution à deux États et se félicite de la position française.
La voix de l’ambassadeur de Palestine auprès de l’ONU, Riyad Mansour, a marqué les réunions de l’Assemblée générale de l’organisme depuis octobre 2023. Ses interventions ne cessent de dénoncer le sort infligé à ses compatriotes de la bande de Gaza et en appellent à la nécessaire résolution politique, liée à l’autodétermination du peuple palestinien.

Comment est-on parvenu à la tenue de la conférence pour une « solution à deux États » ?

Riyad Mansour


Cela est étroitement lié à deux facteurs. Le premier est cette guerre génocidaire contre le peuple palestinien, notamment dans la bande de Gaza. Elle a atteint un niveau que l’humanité ne peut plus tolérer. L’autre facteur est que nous avons saisi la Cour internationale de justice par une résolution de l’Assemblée générale de l’ONU afin qu’elle statue sur les différents aspects de l’occupation, qui dure depuis cinquante-huit ans.
Le 18 septembre 2024, cette même Assemblée générale a adopté une résolution historique : elle exige qu’Israël mette fin à sa présence illicite dans les territoires palestiniens occupés, au plus tard dans un délai de douze mois, à savoir le 18 septembre 2025. Elle avait aussi décidé d’une conférence internationale, coprésidée par la France et l’Arabie saoudite, sur la mise en œuvre de la solution à deux États, qui devait se tenir en juin (cette conférence a été reportée après le déclenchement par Israël d’une guerre ouverte contre l’Iran le 13 juin et qui a duré douze jours – NDLR).
Enfin, le 12 septembre, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté la « déclaration de New York », qui prépare le terrain pour la création d’un État palestinien : 142 des 193 États membres se sont prononcés en faveur de ce texte. Celui-ci reprend les principaux éléments du texte adopté en juillet par 17 pays occidentaux et arabes, dont la France et l’Arabie saoudite. Car, après avoir mis fin à la tragédie de Gaza, nous ne reviendrons pas au 6 octobre.
Nous devons avoir un horizon politique qui permette au peuple palestinien d’exercer ses droits inaliénables, notamment son droit à l’autodétermination, à l’indépendance de son État et au droit au retour des réfugiés. C’est ce qui a conduit à cette conférence.


Pourquoi la reconnaissance de l’État de Palestine par la France et d’autres pays est-elle importante ?

Riyad Mansour

Parce qu’elle accentue la pression exercée sur Israël pour qu’il change de comportement, pour qu’il mette fin à la guerre génocidaire et ouvre la voie à un avenir politique. Cette reconnaissance est un investissement dans la paix et dans la préservation de la solution à deux États.


Alors que les États-Unis et Israël militent pour l’élargissement des accords d’Abraham – à savoir la normalisation des relations entre Israël et les États arabes –, Emmanuel Macron va faire cette annonce lors d’une conférence coorganisée avec l’Arabie saoudite. Est-ce purement symbolique ?

Riyad Mansour


Non, ce n’est pas purement symbolique. Il s’agit d’un changement significatif dans la politique française : la France passe de l’attente à la reconnaissance de l’État de Palestine à une tentative d’influencer positivement le processus, la solution à deux États étant dès le départ l’objectif ultime. Par conséquent, cette reconnaissance sauve la solution à deux États, qui n’est pas symbolique. Elle est concrète, utile et puissante.


Les États-Unis et Israël ne veulent pas de cet État de Palestine. Que peut-il se passer ?

Riyad Mansour


Il n’y a pas d’autre option que la solution à deux États. Ils doivent accepter et reconnaître l’État de Palestine et parvenir à un accord pacifique pour que la solution à deux États devienne réalité. Cela exige la fin de l’occupation, l’indépendance de la Palestine et la création d’un État palestinien. Il n’y a pas de plan B, comme le rappelle souvent le secrétaire général des nations unies, Antonio Guterres.
 

Cette reconnaissance est-elle suffisante pour la création de l’État de Palestine ?

Riyad Mansour


Non. Il reste encore beaucoup à faire. Premièrement, il faut mettre fin au génocide contre la population de Gaza. Il faut agir davantage pour y parvenir. Cela passe, notamment, par des sanctions et un changement de rapport avec les États-Unis, pour qu’Israël accepte la fin de cette occupation illégale, la création de l’État de Palestine et la nécessité de la solution à deux États comme objectif ultime et réel.


Cette reconnaissance est assortie de conditions, notamment la démilitarisation et l’absence du Hamas des institutions étatiques palestiniennes. Est-ce acceptable ?

Riyad Mansour


Le document final de la conférence pour la solution à deux États, la déclaration et ses annexes, contient de nombreux autres éléments, non seulement liés à la démilitarisation, mais aussi au retrait des forces israéliennes de la bande de Gaza après la fin de la guerre, l’arrêt des transferts forcés, la protection du peuple palestinien par une force de protection, le contrôle de l’ensemble de Gaza par l’Autorité palestinienne et l’engagement du processus de fin de l’occupation et de la guerre. À ce moment-là, la question des armes serait traitée sur cette base, ainsi que la définition des armes nécessaires pour assurer la sécurité de l’État de Palestine.


Que faut-il faire maintenant ?

Riyad Mansour


Nous devons maintenir le cap, intensifier nos efforts, intensifier nos actions, ne pas envoyer d’armes, interdire aux navires transportant des armes et des munitions d’accoster les ports européens, interdire aux avions transportant des armes et des munitions pour Israël de survoler l’espace aérien européen ou d’atterrir dans les aéroports et agir sur le plan commercial.
Des mesures concrètes doivent être prises pour qu’Israël se conforme à la communauté internationale, sur la base du droit international. Il reste beaucoup à faire. Ce n’est que sous la pression massive de la communauté internationale que ce régime violent et criminel cédera.

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