Leur programme : l'austérité, la censure et le bellicisme
note de Franck Marsal pour Histoireetsociété
Les libéraux grecs s’inquiètent d’une crise financière en France. Au vu de ce qui monte un peu sourdement, quoique fermement, dans le pays, ils pourraient s’inquiéter aussi d’être lâchés par la France d’une autre manière, celle d’une poussée sociale dans des institutions à bout de souffle. Mais c’est un autre sujet, sur lequel nous reviendrons, parlons donc de cette fameuse dette. Comme l’argent lui-même (tel que Marx nous le dit), la dette est un rapport social. Et s’agissant de la dette d’état, Marx la décrit comme le rapport principal asservissant l’Etat à la bourgeoisie financière, ce que l’histoire a confirmé maintes fois. L’histoire de la dette française est sans appel : sur la base de la modernisation de la France, engagée par le gouvernement de la Libération et sous l’impulsion des communistes et de la CGT, l’économie française est rapidement rétablie.
Le départ des ministres communistes en 1948 ne signe pas la fin de l’influence du Parti. Celui-ci va jouer un rôle d’opposition très important jusqu’aux années 60 et les bases de développement (Edf, la sécu, la Régie Renault, la SNCF, le Commissariat à l’Energie Atomique, le CNRS, et toute une série d’institutions clés) seront préservées. Sur cette base, non seulement la dette est remboursée pendant cette période, mais la France obtient les moyens financiers et monétaires de l’indépendance, sous la forme d’un des plus importants stock mondial d’or. C’est sur cette base matérielle que le Général de Gaulle imposera ce qui demeure encore l’exception française en Europe occidentale : le départ des troupes états-uniennes de notre sol. Malheureusement, on le sait, l’unité internationale du mouvement communiste est défaite à la fin des années 50. Le PCF s’éloigne de son histoire. Les libéraux et sociaux-démocrates atlantistes reprennent le dessus, ils vont détruire ce qui a été construit, pour nous mener à la quasi capitulation actuelle. Ils ne sont pas allés jusqu’au retour des troupes US, car ils ont encore peur du peuple mais ils ont laissé le capital US prendre en main des pans entiers de notre tissu industriel et – souvent – davantage pour le piller que pour le développer. La bourgeoisie a mené grand train en consommant sans vergogne les bases de la souveraineté nationale et elle présente encore l’addition au peuple, sous la forme de la soumission aux intérêts du capital états-unien et du chantage habituel des bourgeois, celui de la dette. Ne pas céder au chantage est une chose, sous-estimer l’adversaire en est une autre. La dette cesse d’être un problème dès lors que les bases de développement du pays sont relancés.
Cela ne peut se faire dans les circonstances politiques actuelles, ni même avec un gouvernement de gauche à la merci des atermoiements réformistes. Seul l’engagement clair de la France vers les Brics et le Sud comme perspective première de coopération internationale pour notre pays, et la construction d’une société socialiste basée sur le pouvoir politique des travailleurs organisés peut nous sortir réellement (pas en langage) du chantage à la dette.
Un site libéral grec transpire la trouille : un des deux piliers de l’Union Européenne, le nôtre, commence à chanceler : « Si la France tombe, nous tombons tous ! » On relèvera que l’auteur qualifie la Grèce d’« animal d’essai » entre les mains des marchés et de la troïka » avec un ressentiment certain. L’honnêteté aurait dû lui souffler aussi que Sarkozy et Merkel puis Hollande et Merkel s’étaient chargés de signifier leur punition aux gouvernements grecs successifs. Chacun son tour. La France est deuxième, deuxième pour la dette juste avant la Grèce, soit à la fin du premier trimestre 2025 : 3 345,4 milliards d’euros ou 113,9 % du PIB. Et il s’agit de faire avaler la pilule aux masses populaires comme en Grèce.
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Il reste à la grande bourgeoisie peu de marge de manœuvre sauf tomber le masque de la démocratie et du « libéralisme ». Au RN de démontrer son alignement complet avant d’être définitivement désigné respectable et éligible. Ce ne serait pas la première « trahison » de ce type pour une social-démocratie qui soutient déjà le néo nazisme sous le manteau. Tandis que Bayrou met la dette dans la balance pour justifier les mesures anti sociales, faire payer au peuple l’asservissement aux USA et poursuivre la guerre contre la Russie, Mertz annonce au congrès régional de la CDU à Osnabrück la fin de la prospérité en Allemagne « L’État social tel que nous le connaissons aujourd’hui n’est plus finançable au vu de nos performances économiques »,
Le second pilier de l’Europe se fissure donc aussi. L’austérité, la censure et le bellicisme doivent être alors imposés par tous les moyens.
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