En Italie, dockers et syndicats se mobilisent contre la machine de guerre israélienne après l'interception de la Global Sumud Flotilla
L'Humanité du 02 octobre 2025
| Les italiens se mobilisent contre l'impunité d'Israël et l'inaction de leur gouvernement, ici à la gare de Milan, le 1er octobre 2025.© Nicola Marfisi / Avalon /ABACAPRESS.COM |
Après l’interception de navires de la flottille, des travailleurs des ports italiens tentent de bloquer les livraisons d’armes vers Israël. Les syndicats appellent à une journée d’action vendredi pour dénoncer le génocide à Gaza et pousser le gouvernement italien à agir.
Il est 21 heures, le mercredi 1er octobre, lorsque des centaines de Génois se réunissent aux abords du Varco Albertazzi, l’une des principales voies empruntées par les camions pour entrer dans le port de Gênes, une heure seulement après l’appel lancé par les dockers via l’Union syndicale de base (USB) et le Collectif autonome des travailleurs portuaires (Calp).
À leur arrivée, une dizaine de dockers s’emparent de pneus et de palettes qu’ils enflamment pour bloquer le passage. La barricade s’embrase, provoquant un épais nuage de fumée noire, tandis que les détonations des fusées éclairantes résonnent dans la ville. « Plus rien ne passe, aucune marchandise n’entre ou ne sort du port », annonce le docker Romeo Pellicciari.
Rejoints par des étudiants de l’université de Gênes, actuellement occupée, les dockers annoncent qu’ils comptent bien « bloquer toute l’Italie ». Au même moment, mercredi soir, des milliers d’étudiants ont aussi manifesté dans les rues et lancé des occupations d’universités à Rome, Milan, Turin, Florence, Bologne ou Naples, où certains activistes ont pris d’assaut la gare.
Un trafic illégal
« Nous sommes préoccupés par le sort de nos camarades à bord des navires », soupire Romeo, membre du Calp. Plusieurs dizaines de ressortissants italiens ont été arrêtés en mer par l’armée israélienne à l’approche de Gaza dont le docker José Nivoi. Dans les voiliers se trouvaient aussi des tonnes de marchandises collectées par des organisations génoises, dont le Calp. « Ce sont autant de produits que nous avons réunis grâce à la générosité des gens et qui ne seront pas livrés aux personnes qui meurent de faim, ou plutôt que l’on laisse mourir de faim », regrette Romeo.
Les travailleurs portuaires poursuivent leurs actions d’entrave au chargement de matériel militaire à bord de cargos à destination d’Israël. En septembre 2025, sous le mot d’ordre « Les dockers ne travaillent pas pour la guerre », ils ont bloqué des cargaisons militaires, à Gênes, Livourne et Ravenne, rejetant toute participation avec ce qu’ils décrivent comme « un trafic illégal ».
En effet, « en Italie, il existe un article de la loi 185 de 1990, inscrite dans la Constitution, qui prévoit l’interdiction de l’export et du transit d’armes à destination de pays en guerre ou qui se préparent à entrer en guerre », rappelle Riccardo Rudino, docker génois.
Le jeudi matin, dès 7 heures, les hommes en blousons noirs estampillés Calp sont de retour sur la place. Ils sont rejoints par un cortège d’une centaine d’élèves du lycée technique Vittorio Emanuele Ruffini à Gênes. À nouveau, l’accès du Varco Albertazzi est bloqué par des panneaux routiers et des poubelles.
Plusieurs véhicules tentent de sortir du port, mais restent à l’arrêt, tandis que la police déroute les poids lourds qui se dirigent vers l’entrée. Un camion tente de forcer le passage. Immédiatement, deux hommes hurlent au chauffeur de faire demi-tour. Vers 8 heures, Romeo arrive. « Partout en Italie, des ports sont bloqués », explique-t-il.
Un large front d’organisations de travailleurs ont appelé à la grève le 3 octobre afin de faire pression sur le gouvernement qualifié de « complice » de l’État génocidaire d’Israël par les personnes mobilisées. L’Union syndicale de base (USB), la Fédération des employés et ouvriers de la métallurgie (Fiom), la Confédération unitaire de base (CUB) et le Syndicat général de base (SGB) ont été rejoints par la Confédération générale italienne du travail (CGIL).
« Nous nous attendons à une grève et des manifestations massives pour envoyer un message très clair au gouvernement : nous n’acceptons pas sa posture et ses discours. Nous demandons l’interruption de tous les accords économiques et militaires avec Israël », martèle Salvatore Marra, responsable des questions internationales de la CGIL. Les personnels de la santé, des pompiers, des autoroutes et du secteur ferroviaire ont annoncé leur participation. Une grande mobilisation est aussi prévue à Rome, le samedi 4 octobre.