suspension de la réforme des retraites : « Un foutage de gueule du PS et de la CFDT » , les cheminots réagissent !

Publié le par FSC

Révolution Permanente :

 

Après le discours de politique générale de Sébastien Lecornu, nous avons recueilli les avis de travailleurs et syndicalistes de la SNCF faisant partie de nos lecteurs sur les annonces du Premier ministre concernant les retraites et le 49.3, la politique du PS et de la CFDT et l'ambiance chez leurs collègues ou proches.

Thomas Matera

22 octobre




 
« Un foutage de gueule du PS et de la CFDT » : les cheminots réagissent à l'arnaque de la « suspension »

Après le discours de politique générale de Sébastien Lecornu, plusieurs travailleurs et syndicalistes de la SNCF ont souhaité réagir aux annonces du Premier ministre concernant les retraites et le 49.3, sur la politique du PS et de la CFDT et sur l’ambiance chez leurs collègues ou proches.

Les annonces de Lecornu, des annonces pour attaquer les travailleurs

La semaine dernière, Lecornu a annoncé un budget d’austérité promettant 17 milliards d’économies, des coupes à tout-va avec des suppression de postes dans la fonction publique. Des annonces qui révoltent Alejandro, agent de circulation au Bourget, pour qui ce sera encore aux travailleurs de payer la crise : « On nous demande de serrer encore plus la ceinture alors que c’est déjà intenable, c’est plus possible. »
Pierre, cheminot à Rennes, va dans le même sens : « Ils nous promettent des attaques dans la fonction publique alors qu’il manque déjà des lits d’hôpitaux ; on voit en plus qu’en même temps ils multiplient les cadeaux au patronat et augmentent le budget de l’armée. »
 
Pour Xavier, qui travaille à Paris Nord : « Il va falloir rester très attentif face à ce budget voté par les droites et la gauche d’accompagnement, parce que c’est un budget pourri pour les travailleurs et les précaires de ce pays. » Des annonces qui ont donc provoqué la colère chez les travailleurs, comme le raconte Loic, cheminot à Montpellier : « Les annonces, on les a bien vues ; on discutait avec les collègues à quel point c’est de la merde et de l’enfumage. » Un agent de circulation de Paris-Nord évoque, lui, « un budget pratiquement identique à ce qui pouvait exister avec Bayrou, un budget qui va faire pâtir l’ensemble de la population. Ce budget est inadmissible, il nous fait payer la crise alors que c’est Macron qui a provoqué la dette en donnant énormément d’argent aux grandes entreprises. Quand on voit que même la taxe Zucman, ils la refusent alors que ça ne touche que 2 %, ça me sidère. »

 

Une suspension de la réforme des retraites ?

 
À propos de la fameuse « suspension » de la réforme des retraites, un cheminot de Paris-Nord, syndiqué Sud Rail, ne se fait pas d’illusions : « Ça ne concerne apparemment que celles et ceux né(e)s en 1964 et 1965. C’est juste un acquis qu’on avait déjà pour la plupart ; ça devrait concerner 700 000 travailleur·ses par an mais on est 30 millions, sans compter les sans-papiers. »
 
Un de ses collègues, du même syndicat : « On fait seulement gagner trois mois à quelques-uns. Que certains s’en contentent et considèrent ça comme une victoire, c’est navrant. » Le premier ajoute : « C’est très probable malheureusement qu’elle va être remise en 49.3 après les présidentielles. »
 
Morad, agent de circulation, refuse aussi de parler de victoire : « C’est de la poudre de perlimpinpin, il n’y a que trois mois de décalage ; donc tu as une petite partie qui va pouvoir partir plus tôt, mais pour le reste ça ne change rien. On ne peut même pas dire que c’est un recul, c’est une mesurette pour acheter le PS et c’est histoire de dire qu’ils ont suspendu la réforme des retraites. »
 
Pour Yoan, conducteur sur la ligne H : « Cette suspension ne vaut pas abrogation, ce n’est qu’un trompe-l’œil pour gagner du temps. » Une vision que partage un agent de circulation du Bourget : « On parlera de victoire quand la réforme sera abrogée ; on sait parfaitement qu’après les prochaines présidentielles, si la macronie gagne, la réforme reviendra. »

 

Un nouveau gouvernement, la non utilisation du 49.3 et le rôle du PS et de la CFDT

 
Pour un cheminot de Gare du Nord, il faut voir dans la chute du gouvernement et la promesse de ne pas utiliser le 49.3 le fruit des mobilisations du mois de septembre et d’octobre : « Ça montre quand même que quand il y a des mobilisations avec des centaines de milliers de personnes, ça porte ses fruits et que Macron est particulièrement faible et devrait dégager. » Cependant, pour le cheminot la situation est loin d’être suffisante : « Il ne faut pas faire preuve de naïveté, il faut obtenir beaucoup plus que cette tambouille politicienne et rester très attentif parce qu’ils nous promettent de grosses attaques. »
 
Pour un conducteur de la ligne C : « L’annonce de renoncer au 49.3 n’a aucune valeur venant d’un homme qui, après avoir démissionné, est revenu à son poste. Qui serait sincèrement surpris qu’il utilise le 49.3 avant la fin de l’année ? » Pour Morad, l’annonce d’un nouveau gouvernement ne vient pas changer grand-chose : « Que ce soit Lecornu, Bayrou, Barnier ou quelqu’un d’autre, ça ne change rien. Ce sont tous les marionnettes de Macron. »
 
Parmi les cheminots que nous avons interrogé·es, la colère contre le PS et la CFDT gronde, et beaucoup critiquent le rôle joué par les deux organisations pour sauver le gouvernement et le budget d’austérité. Pour Yoan : « Si à la base le PS et la CFDT sont censés incarner respectivement la gauche de la sphère républicaine et la défense des travailleurs, ils montrent aujourd’hui l’état déplorable de la gauche républicaine et du syndicalisme et leur décomposition. Comment peuvent-ils parler de victoire ? »
 
Xavier critique lui « l’aspect consternant de ceux qui se réjouissent aujourd’hui », affirmant que cela montre surtout « leur accompagnement de la politique macroniste depuis de nombreuses années ». Un cheminot de Montpellier se montre également affligé par la politique du PS et de la CFDT, mais aussi par le dernier communiqué de l’intersyndicale : « Je ne comprends même pas comment on peut continuer en intersyndicale avec la CFDT. Mais c’est pire que ça, parce que les directions syndicales présentent ça comme une victoire ; elles parlent d’un pied dans la porte, c’est incroyable de nullité. Après un mouvement puissant qui a fait tomber un gouvernement, c’est énervant de les voir dire ça. ». Morad évoque lui « un foutage de gueule du PS et de la CFDT » et critique la manœuvre politique : « Ils essayent de se présenter comme s’ils avaient fait un miracle, alors qu’il n’y a rien. »

 

Face à la crise politique et aux attaques, quel état d’esprit à la SNCF ?

 
Dans leurs réponses, les cheminots évoquent un climat inquiétant mais aussi une forte colère parmi leurs proches et collègues. Dans la plupart des réponses, c’est d’abord la crise politique qui est au centre des interrogations. Pour Yoan : « Mes collègues les plus politisés sont inquiets du cirque du paysage politique français. Il y a une peur que l’extrême droite profite du chaos actuel et de nouvelles élections. »
 
Aboukrar, dans le même sens, parle lui d’« une fatigue généralisée » et d’un ras-le-bol général « face aux chaises musicales politiques permanentes ». Loic évoque lui un état d’esprit anti-Macron très fort : « Pour les collègues, Macron, c’est un déni de démocratie, un forcené qui n’écoute jamais rien. » Mais aussi une perte de confiance face au système politique : « Pour beaucoup, il n’y a plus de démocratie. »
 
Selon Alejandro, agent de circulation, autour de lui la lassitude est de plus en plus importante : « C’est tellement chaotique que tout le monde a l’impression qu’ils nous font perdre notre temps. » Morad parle lui d’un fort sentiment d’injustice face à un régime « qui a atteint ses limites » avant d’expliquer que, pour lui, « Macron fait ce qu’il veut comme il veut. Lecornu démissionne après 14h puis reste Premier ministre ; on nous prend pour des dindes. Il use jusqu’au bout de la Vème République, ce qui n’est pas étonnant quand on connaît l’histoire de ce régime ; il faut rappeler qu’elle est issue d’un putsch militaire de De Gaulle. Avant, quand tu n’étais pas content, le gouvernement tombait. »
 
Pour Xavier : « On discute partout dans les lieux de travail, mais même dans la famille. Il y a encore beaucoup d’expectatives parce qu’il y a encore la même politique avec Macron et ses ministres au pouvoir ; ils vont continuer à faire les poches des plus pauvres pour prioriser les plus riches. »

 

Comment agir à la SNCF pour lutter contre Macron et son monde ?

 
Pour nos cheminots, la réponse est souvent la même : il faut reprendre le chemin de la lutte. Aboukrar espère « que le peuple et ses collègues vont se réveiller, parce que si on continue à laisser faire, on va dans le mur ».
Pour Yoan, il faut faire tomber le gouvernement dans un moment où la crise politique l’affaiblit : « Il faut qu’on se mobilise, qu’on se mobilise pour les faire chuter, c’est le moment ou jamais. » Loic parle lui de la nécessité d’un plan de bataille : « Il faut que nos directions syndicales appellent à la grève et qu’on aille construire la mobilisation. »
 
Xavier évoque de son côté la nécessité de ne pas baisser la garde : « Il y en a encore qui sont combatifs et c’est tant mieux ; face à ces ministres et Macron, il n’y a qu’une seule solution : continuer à nous mobiliser sur nos lieux de travail pour renverser ces politiques et cette économie. »
 
Toutes ces positions montrent le bouillonnement qui existe à la base, chez de nombreux travailleurs, syndiqués ou militants syndicaux. Des discussions que Révolution permanente veut continuer à mener, en défendant sur nos lieux de travail et d’étude la nécessité d’une riposte ouvrière et populaire, pour arracher nos revendications, dégager Macron et la Ve République, et commencer à repasser à l’offensive contre un système pourrissant.

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