Plus de 1,5 million de ménages privés du chèque énergie
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Austérité En ce mardi 18 novembre, Journée de lutte contre la précarité, les associations de solidarité dénoncent les coupes budgétaires de 2025 et celles prévues pour 2026. Elles alertent également sur les entraves techniques qui privent les foyers les plus pauvres de ce recours pour faire face à l’augmentation des tarifs de l’énergie.
Depuis ce lundi, les frimas sont revenus. La chute des températures ne constitue pas une bonne nouvelle pour les 12 millions de personnes souffrant de précarité énergétique, condamnées à arbitrer entre leur facture de chauffage et celle des autres dépenses vitales. L’an dernier, 75 % des foyers ont dû réduire leur chauffage pour ne pas voir leurs factures virer au rouge, relève le baromètre 2025 du médiateur de l’énergie. C’est 6 points de plus qu’en 2022. Un tiers des Français (36 %) ont même connu des difficultés pour régler leurs douloureuses (+ 30 % sur un an) et les distributeurs d’énergie ont, en 2024, totalisé 1,2 million d’interventions pour impayés, dont 204 000 coupures d’électricité et 105 000 de gaz.
Or le chèque énergie, seul filet de sécurité d’urgence à destination des foyers les plus démunis, continue d’être méticuleusement détricoté. Après être passé de 900 millions d’euros à 720 millions dans la loi de finances 2025, son budget serait cette fois amputé d’un quart et perdrait 225 millions d’euros si le projet de loi de finances (PLF) 2026 restait en l’état.
Des conséquences désastreuses
Par ce nouveau tour de vis austéritaire, plus de 1,5 million de foyers pourraient être privés des 143 euros versés en moyenne chaque année au titre de cette aide de l’État pour le paiement des dépenses énergétiques du logement, selon la FNCCR (association de collectivités territoriales). Soit au moins 30 % de ses bénéficiaires ! Une quinzaine d’associations de solidarité, de consommateurs et environnementales lancent donc l’alerte ce mardi, à l’occasion de la Journée de lutte contre la précarité énergétique. Les conséquences sociales s’annoncent désastreuses, d’autant que les prix de l’électricité restent hauts depuis la crise énergétique de 2022-2023, tirés par les cours de marché, l’augmentation des taxes après la fin du bouclier tarifaire ainsi que par le renchérissement des coûts d’acheminement des électrons.
Créé en 2018 pour succéder aux tarifs sociaux de l’électricité et du gaz, le chèque énergie est un dispositif d’État d’aide au paiement des factures d’électricité, de gaz, de fioul, de bois de chauffage à destination des ménages aux revenus modestes (11 000 euros maximum de revenu fiscal de référence par unité de consommation), habitant dans un logement privé comme social. En 2024, il avait bénéficié à plus de 5,7 millions de foyers. Un nombre stable par rapport aux années précédentes. 2025 fait craindre une dégringolade.
À l’ouverture du guichet des demandes, le 15 octobre, l’administration a annoncé que seuls 3,8 millions de ménages bénéficiaires avaient été identifiés automatiquement et allaient recevoir leur chèque énergie (ou voir leur fournisseur d’énergie directement crédité) entre le 3 et le 21 novembre.« Mais combien devront en faire la demande via le guichet en ligne ou par courrier ? »questionnent dans un communiqué commun la FNCCR et le Cnafal (Conseil national des associations familiales laïques).« Plus qu’une désoptimisation de ce dispositif, nous risquons à l’avenir de devoir faire face à un véritable recul de la protection des ménages en situation de précarité énergétique, à l’heure d’un renchérissement croissant des factures d’énergie des ménages », mettent en cause les deux associations.
Imbroglio administratif
Les deux associations avaient alerté dès le mois de juin sur la réforme du dispositif, incluse dans la loi de finances 2025. Censée mettre en place un nouvel« accès simplifié et sécurisé »aux chèques énergie, celle-ci a en fait créé une usine à gaz qui est en passe de faire exploser le taux de non-recours. La première modification n’a l’air de rien. Substituant à la notion de « ménage » celle de « foyer fiscal », elle diminue la cible des bénéficiaires. Car au lieu de prendre en compte la composition globale du ménage pour déterminer le montant de l’aide, l’administration statue désormais sur celle du foyer fiscal du seul titulaire du contrat d’énergie.
Une autre modification a généré de telles difficultés techniques que la campagne 2025 des chèques énergie s’est ouverte en octobre avec six mois de retard. La taxe d’habitation ayant été supprimée, l’administration doit croiser les données du fisc avec celles du gestionnaire de réseau et de l’Agence de service et de paiement de l’État. Une simple erreur ou petite différence de saisie dans l’un de ces fichiers et les conséquences sont lourdes.« On fait sortir des bénéficiaires du dispositif alors que de plus en plus de personnes vivent dans la précarité du fait des prix de l’énergie qui ne sont pas près de baisser », s’indigne Marie-Amandine Stévenin, présidente de l’UFC-Que choisir.
Car, troisième modification, le versement de l’aide n’est plus automatique pour tout le monde. Les candidats au chèque énergie non crédités automatiquement ont donc jusqu’au 28 février 2026 pour se faire connaître afin de faire valoir leurs droits. Bon courage à eux. En 2024, 173 958 chèques avaient été distribués après démarche en ligne. Soit un taux de recours de 18 % sur le million de demandes déposées. Ça ne s’annonce pas mieux pour cette année, malgré le nouvel« accès simplifié et sécurisé ».
Nathalie Raout peut en témoigner. À Territoire d’énergie Flandre, syndicat de 98 communes autour de Dunkerque (Nord), en charge du service public de proximité des énergies et de la transition énergétique, la conseillère aide à monter les dossiers dans les permanences énergie. Un vrai tour de force.« La campagne d’information de l’ouverture de la campagne 2025 a été bien relayée dans les médias. Nous essayons nous aussi d’informer. Mais on va rater des gens, d’autant que les démarches rebutent : elles sont plus longues et fastidieuses que les années précédentes. Et la plateforme est saturée », décrit Nathalie Raout.
Un public de plus en plus nombreux
Se créer un compte sur le site gouvernemental relève du chemin de croix. Il faut parfois réinitialiser le mot de passe que l’on n’a pas encore enregistré… Une fois l’épreuve passée, celle des justificatifs débute. Sont à fournir : une attestation de contrat par le distributeur d’énergie et non pas une facture ; l’avis d’imposition de 2024 sur les revenus de 2023 et non celui de 2025 sur ceux de 2024 ; le formulaire de demande de l’aide reçu par courrier pour les plus chanceux, ou à télécharger sur le site.
« Si vous vous appelez Jean-Marc et que votre prénom est enregistré tel quel sur un document administratif, mais “J-M” sur un autre, l’algorithme bloque tout. Idem si votre adresse ne correspond pas tout à fait sur tous les justificatifs, relève la conseillère.On risque de ne pas toucher tout le public éligible. Il est pourtant de plus en plus nombreux et ne concerne pas que les plus précaires : des gens qui travaillent peuvent aussi entrer dans les conditions de ressources », souligne-t-elle. S’ils parviennent à convaincre l’administration, les candidats bénéficiaires ne doivent pas s’attendre à voir leur quotidien allégé par le chèque énergie.« Le montant moyen versé est de 143 euros et couvre à peine 8 % de la facture moyenne annuelle. Il n’a pas évolué depuis 2019. Il faudrait le multiplier par trois », plaide Maider Olivier, coordinatrice de la Journée contre la précarité énergétique, alors que le tarif réglementé de vente de l’électricité, qui fait office de prix pivot, a, lui, augmenté de 40 % dans le même temps.
Dans le cadre des discussions budgétaires pour 2026, un amendement a été déposé pour revaloriser de 30 % les montants du chèque énergie. La Fondation pour le logement des défavorisés milite aussi pour une indexation de l’aide sur l’inflation. Mais ces revendications sont mal engagées. 225 millions d’euros sont pour l’heure retranchés au dispositif dans le PLF 2026. Les associations appellent donc à revenir aux 900 millions de budget de 2024.