67 tués en un an, 503 emprisonnés : les attaques contre les journalistes en hausse, selon le bilan 2025 de Reporter sans Frontière

Publié le par FSC

Julia Hamlaoui
L'Humanité du 09 décembre 2025

 

Des journalistes organisent une manifestation en hommage à leurs collègues Omar al Dirawi et Eric Sahin, tués lors d'attaques israéliennes, à Gaza, le 8 janvier 2025.© Middle East Images/ABACAPRESS.COM

 

L’ONG Reporter sans frontière livre, ce mardi 8 décembre, son bilan annuel sur l’état de la liberté de la presse dans le monde. Elle recense 67 journalistes tués dans le monde (contre 54 en 2024) dont près de la moitié dans la bande de Gaza, 503 professionnels emprisonnés et 135 toujours portés disparus.
« Le nombre de journalistes tués est reparti à la hausse, du fait des pratiques criminelles de forces armées régulières ou non et du crime organisé », alerte l’ONG Reporter sans frontière qui livre ce mardi 8 décembre son rapport annuel sur l’état de la liberté de la presse dans le monde. Elle y recense 67 journalistes tués dans le monde au cours des 12 derniers mois, contre 54 en 2024.
Près de la moitié d’entre eux ont été tués à Gaza. « L’armée israélienne est responsable de plus de 43 % des crimes commis (…). Au total, depuis octobre 2023, l’armée israélienne a tué près de 220 journalistes dont au moins 65 dans l’exercice ou en raison de leur travail », note RSF qui pointe également qu’au « total, depuis octobre 2023, l’armée israélienne a tué près de 220 journalistes dont au moins 65 dans l’exercice ou en raison de leur travail ». « L’armée israélienne est le pire ennemi des journalistes », résume l’organisation alors que des plaintes pour crimes de guerre ont été déposées. Un bilan qui pourrait même être plus élevé puisqu’il serait de 311 journalistes et employés travaillant pour des médias tués dans la bande de Gaza, selon les estimations des autorités locales, compilées par plusieurs institutions et collectifs.

« Les journalistes ne meurent pas, ils sont tués »


Outre le territoire palestinien en proie à un génocide, des théâtres de guerre sont également en cause. « En Ukraine, l’armée russe continue elle aussi de cibler les reporters nationaux et internationaux. Quant au Soudan, il s’impose également comme un terrain de guerre particulièrement meurtrier pour la profession », note l’ONG.
« De témoins privilégiés de l’histoire, les journalistes sont devenus progressivement des victimes collatérales, des témoins gênants, des monnaies d’échange, des pions dans des jeux diplomatiques, des hommes et des femmes à abattre. Méfions-nous des facilités journalistiques : on ne donne pas sa vie pour le journalisme, on vous la vole ; les journalistes ne meurent pas, ils sont tués », dénonce Thibaut Bruttin le directeur général de RSF dans un éditorial qui accompagne la publication du bilan.


Le crime organisé porte aussi une lourde responsabilité, en particulier au Mexique où sont comptabilisés 9 meurtres de professionnels des médias. Soit « l’année la plus meurtrière depuis au moins trois ans » ce qui en fait « le deuxième pays le plus dangereux pour les journalistes dans le monde », malgré les protections mises en place par cet État dirigé par Claudia Sheinbaum.
« Seuls deux journalistes tués sont des journalistes étrangers, tués hors de leur pays : le photoreporter français Antoni Lallican tué par une frappe de drone russe en Ukraine et le journaliste salvadorien Javier Hércules tué au Honduras, où il vivait depuis plus de dix ans. Tous les autres ont été assassinés en couvrant l’information dans leur pays », explique en outre RSF.

503 détenus et 135 disparus


Mais Reporter sans Frontière dresse également le bilan d’autres exactions qui frappe le métier et entrave la liberté de la presse sur l’ensemble de la planète. Six jours après la condamnation du journaliste français Christophe Gleizes à sept ans de prison en appel en Algérie, pour apologie du terrorisme, RSF fait état de « 503 journalistes détenus dans 47 pays du monde », au 1er décembre. La Chine, la Russie, et la Birmanie, avec respectivement 121, 48 et 47 prisonniers, arrivent dans le trio de tête tandis qu’Israël est le deuxième pays qui détient le plus de journalistes étrangers (20 Palestiniens selon RSF, dont 16 arrêtés à Gaza ou en Cisjordanie au cours des deux ans écoulés), derrière celui de Vladimir Poutine (26).


135 journalistes sont également toujours portés disparus à travers le monde. « 72 % des journalistes actuellement introuvables ont disparu dans des pays du Moyen-Orient ou d’Amérique latine, essentiellement en Syrie, en Irak et au Mexique », pointe l’ONG à ce sujet alors que l’effondrement de régimes comme celui Bachar al-Assad il y a un an n’a pas permis de retrouver la totalité des professionnels manquants qui sont encore au nombre de 37 en Syrie.
Enfin, « vingt journalistes sont toujours retenus en otage dans le monde ». Sur ce terrain, le pays le plus dangereux se révèle être le Yémen qui « est devenu l’épicentre des prises d’otages de journalistes en 2025, avec sept professionnels enlevés cette année », selon les données de RSF.

 

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