« Avec le froid ça fait du bien d’être ici » : à Montreuil, un gymnase se transforme en refuge solidaire pour les femmes sans abris

Publié le par FSC

Sofia Goudjil
L'Humanité du 30 décembre 2025

 

 

Montreuil a mis à disposition un gymnase transformé en logement d’urgence pour les femmes isolées.© Samir Maouche pour l'Humanité.

 

Depuis le 18 décembre et jusqu’au 2 février, elles sont 25, majoritairement des exilées, à être hébergées dans une salle municipale de la commune de Seine-Saint-Denis. De 18 heures à 10 heures le matin, elles peuvent s’y protéger du froid et de la violence de la rue.

Chaussons aux pieds, Assiatou s’approche de la table de petit déjeuner improvisée sur laquelle sont disposés du pain, de la confiture, du café et du thé. « Ça me fait du bien de sortir de la rue », souffle la trentenaire vêtue de jaune. Derrière elle, le gymnase reprend doucement vie. Au milieu du terrain de basket, 25 lits de camp ont été installés. Dans le centre sportif, ces femmes sans abri peuvent accéder à des sanitaires pour se laver, des repas chauds et des soins de santé.


Avant de trouver refuge dans le gymnase, Assiatou a passé quatre mois dans la rue. « J’ai vécu beaucoup de temps dehors, j’appelais tous les jours le 115 », murmure-t-elle, alors que d’autres femmes émergent doucement, encore emmitouflées dans leur duvet vert. Elle a fui les violences sexuelles dont elle était victime au Bénin pour venir en France, où elle s’est retrouvée en situation d’errance. Comme de nombreuses femmes sans abri, elle y a connu la violence : « À la rue, les hommes nous font du mal. »

Un refuge indispensable face aux violences quotidiennes


Assise devant une tasse de café fumant, Amina1, 38 ans, explique : « C’est difficile pour une femme de vivre à la rue, on ne peut pas se protéger le soir. » Elle confie ne pas dormir la nuit lorsqu’elle n’a pas d’abri : « On se fait agresser ou voler nos affaires. » Elle ajoute : « Avec le froid ça fait du bien d’être ici, je me sens en sécurité la nuit avec des femmes. »
Pour Khadija, également âgée de 38 ans, c’est aussi un soulagement d’être entourée de femmes dans ce gymnase. Lorsqu’elle dort dehors, elle se réfugie dans les hôpitaux ou reste en mouvement toute la nuit pour se protéger : « Je fais des allers-retours dans les bus de nuit jusqu’au matin, dans le Noctilien. » Doudoune noire sur les épaules, elle explique vouloir un jour suivre une formation pour travailler dans la pâtisserie : « J’aime cuisiner, surtout les madeleines. »


Selon les chiffres du Sénat, chaque soir en France environ 3 000 femmes et près de 3 000 enfants sans abri passent la nuit dans la rue. Dès le premier jour de son ouverture, le gymnase était déjà complet. Selon la mairie de Montreuil, qui met en place ce dispositif, plusieurs dizaines de femmes n’ont pas pu avoir accès à cette protection. « On est sursollicité par rapport aux places qu’on a », déplore Florian Vigneron, adjoint au maire.
Une majorité des femmes hébergées dans le gymnase sont sans papiers. « Ce sont celles qui bénéficient le moins de relations sociales, elles sont arrachées de tout », assure Jean Tilloy, attaché de presse de la ville de Montreuil. Depuis quatre ans, la municipalité dirigée par Patrice Bessac (PCF) a choisi de rendre cet accueil non mixte. Un choix nécessaire, justifie Florian Vigneron : « L’hiver est plus complexe pour les femmes sans abri. Durant cette période, les personnes vivant à la rue sont bien plus exposées que le reste de l’année. » Les associations Cités Caritas et Emmaüs Alternatives accompagnent les femmes tout au long de leur hébergement, avec l’appui de trois médiatrices et deux veilleurs de nuit.

Un accès aux soins difficile


À 59 ans et malgré ses problèmes de santé, Louisa a dû dormir dehors. Avant de passer ses nuits au gymnase, elle dormait à la gare de Saint-Denis : « Je n’ai rien quand je dors dehors. Je n’ai aucune ressource, je n’ai même pas de tickets de bus alors que je n’arrive pas à marcher. » Une larme roule sur sa joue lorsqu’elle souffle : « J’ai beaucoup souffert. »
« Vivre à la rue c’est difficile », raconte à son tour Muimui, assise sur le bout de son lit. La trentenaire confie avoir été victime d’une agression sexuelle il y a quelques mois. Elle n’a pas pu accéder à des soins gynécologiques à la suite de cette agression. Elle hausse les épaules : « Je n’ai pas pu me faire soigner, j’ai juste pris des Doliprane. » Selon le rapport sénatorial de 2024 consacré aux femmes sans abri, la grande majorité de celles-ci ont subi au moins un viol.
« Il y a beaucoup d’agressions contre les femmes », regrette Sarah (1). Arrivée en France en 2023, après le refus de sa demande d’asile, elle est à la rue. Une écharpe rose autour du cou, elle explique être contrainte à se prostituer lorsqu’elle vit dehors : « Je n’ai pas le choix de faire ça pour survivre. C’est trop dur d’être une femme dehors. »
Alors qu’elle prépare ses affaires pour retourner à la rue pour la journée, Muimui murmure : « Tout ce que je demande, c’est une place pour dormir dans une chambre. Je veux juste un endroit où dormir. »

 

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