Autre conséquence des choix guerriers et de la soumission atlantiste : la précarité étudiante !

Publié le par FSC

Olivier Chartrain
L'Humanité du 06 janvier 2026
 

 

Autre point noir : le logement. Des difficultés aggravées par Parcoursup, qui empêche jusqu’au dernier moment de savoir dans quelle ville on va atterrir, et donc d’anticiper la recherche de logement.© Bertrand GUAY / AFP

 

Dans une vaste enquête, l’Union étudiante montre que le phénomène explose : logement hors de prix et souvent insalubre, difficulté à s’alimenter et à se soigner se cumulent. Le résultat de choix politiques, dénonce le syndicat.
Vanter – et subventionner – la « start-up nation », mais, en même temps, détruire tout ce qui a fait de la France une puissance du savoir et jeter dans la misère celles et ceux qui pourraient la (re) bâtir : c’est le constat, pour le moins amer, que fait l’enquête rendue publique par l’Union étudiante mardi 6 janvier.
On y apprend qu’un étudiant sur deux (48 %) a déjà dû renoncer à se nourrir pour raisons financières – plusieurs fois par mois pour près d’un quart (23 %) d’entre eux. On y découvre que 29 % des répondants n’avaient pas de solution de logement à la rentrée de septembre. Et, sans surprise, que neuf étudiants sur dix déclarent avoir déjà vécu des périodes de détresse psychologique.

« On doit choisir : je mange ou je me chauffe ? »
Entre septembre et décembre 2025, le syndicat étudiant a collecté près de 5 300 questionnaires auprès d’étudiants de tous niveaux et de toutes disciplines. « Après plusieurs enquêtes annuelles montrant une dégradation sur tous les plans de la situation des étudiants, nous voulions montrer que la précarité est devenue systémique, du fait de l’absence d’une politique volontariste », explique Léa Jules-Clément, secrétaire nationale du syndicat étudiant.
La démonstration est, hélas, convaincante. Une fois loyer, factures et courses alimentaires payés, un étudiant sur trois a moins de 50 euros de « reste à vivre » mensuel pour assurer tout le reste : frais de santé, dépenses pédagogiques, culture, loisirs… Et un sur dix n’a même pas 1 euro pour tout cela !
Résultat : 78 % de ces jeunes ont déjà dû sacrifier un poste de dépense essentiel tel que nourriture, chauffage ou soins. Plus d’un tiers (35 %) reconnaissent avoir dû faire une croix sur plusieurs de ces dépenses. 28 % ont renoncé à des soins pour des raisons financières : 16 % pour l’ophtalmologie ou le dentaire, 7 % pour la gynécologie. « Tout est compté, on doit choisir : je mange ou je me chauffe ? », commente Léa Jules-Clément.

28 % des étudiants dans des logements insalubres
L’autre gros point noir concerne le logement. La population étudiante a dû subir deux augmentations de 3,5 % des loyers Crous (centre régional des œuvres universitaires et scolaires), soit une dépense annuelle supplémentaire de 270 euros en moyenne.
Surtout, avec environ 175 000 logements pour 3 millions d’étudiants, l’offre Crous est très loin de couvrir les besoins. Et, tandis que fin 2023, le gouvernement annonçait 35 000 constructions d’ici à la fin du quinquennat, tout juste 2 000 appartements ont été livrés à la rentrée 2025 : on est bien loin du compte.
Conséquence concrète : certains (18,5 %) sont contraints de rester chez leurs parents, d’autres « squattent » chez des connaissances, parfois sur un matelas au sol. Des difficultés aggravées par Parcoursup, qui empêche jusqu’au dernier moment de savoir dans quelle ville on va atterrir – et donc d’anticiper la recherche de logement.
Quand on finit par trouver un toit, en particulier dans le parc privé, c’est rarement la fête : 28 % des étudiants décrivent leur logement comme insalubre et sept sur dix déclarent y subir des nuisances diverses : bruit pour 70 % d’entre eux, précarité énergétique pour 62 %, présence de nuisibles pour 10 %.

Un service public pour que tous puissent se loger et se nourrir
L’un des corollaires de cette précarité tous azimuts, c’est l’accroissement du nombre de celles et ceux qui ne peuvent plus étudier à plein temps et doivent se salarier, quand ils n’ont pas une famille qui peut assumer. Ainsi 48 % des répondants déclarent travailler pour pouvoir payer leur logement. Et, malgré un accroissement de la durée de ces emplois (7 % travaillent au moins quinze heures par semaine), près des deux tiers (65 %) des étudiants salariés avouent que cela ne suffit pas à financer leurs études.
Tous ceux-là risquent fort de ne même plus pouvoir compter sur la revalorisation de l’aide personnalisée au logement (APL), puisque le dernier projet de budget 2026 prévoit de ne pas l’accorder. Une perte chiffrée à 48 à 144 euros par l’Union étudiante.
« On coupe dans les budgets Crous et dans ceux des universités, dont quatre sur cinq sont en déficit et doivent envisager de supprimer des places : c’est cela qui fait système, résume Léa Jules-Clément. Les seuls budgets qui augmentent sont militaires, on n’offre aux jeunes que des politiques précarisantes ou répressives. »
Le syndicat estime urgente la réforme des bourses, promise depuis des années et toujours repoussée, et à plus long terme l’instauration d’un revenu étudiant « à hauteur du seuil de pauvreté » au moins. Côté logement, il estime nécessaires 80 000 constructions par an et « un service public des Crous qui permette à tous de se loger et de s’alimenter à bas coût ». Rappelons que le repas à 1 euro pour tous a été supprimé par le gouvernement en 2023.


 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article