Diagnostic énergétique : un tour de magie… pour les propriétaires
L'Humanité du 30 décembre 2025
La modification du calcul du classement énergétique des logements, en vigueur à partir du 1er janvier 2026, risque de mettre un coup de frein supplémentaire à l’amélioration de leurs performances. Au détriment des locataires.
Cela pourrait paraître comme l’une des bonnes nouvelles de l’année qui vient : 14 % des quelque 5,8 millions de passoires thermiques que compte la France, soit environ 850 000 logements, vont disparaître au 1er janvier. Magie ? Presque, puisqu’il s’agit du simple effet mécanique du nouveau mode de calcul du diagnostic de performance énergétique (DPE), qui va entrer en vigueur à cette date.
Le gouvernement semble avoir soudain pris conscience que l’électricité émet moins de gaz à effet de serre que les énergies fossiles. En conséquence, il a décidé d’abaisser de 2,3 à 1,9 le coefficient de conversion de l’électricité dans le mode de calcul du DPE. Concrètement, cela signifie que les logements chauffés à l’électricité pourraient gagner un rang au classement énergétique, sans avoir rien à faire… et surtout pas de travaux de rénovation énergétique.
Les locataires de passoires thermiques, premiers perdants
C’est donc pour les propriétaires que la nouvelle est bonne : alors que les logements classés G sont interdits à la location depuis 2025 (ceux classés F et E le seront à compter de 2028 et 2034 respectivement), bon nombre d’entre eux vont pouvoir être remis sur le marché ou éviter d’en sortir. Et échapper également au gel des loyers, auquel sont soumis les logements classés F et G depuis 2022. Tout cela au prix d’une simple mise à jour sur le site de l’Ademe (Agence de la transition écologique), sans la moindre obligation d’améliorer la qualité énergétique du logement afin d’alléger les factures de ses occupants.
C’est ce que n’ont pas manqué de souligner 16 organisations (dont la Confédération nationale du logement, la Confédération nationale des familles, la Fondation pour le logement, France Nature Environnement et l’UFC-Que choisir), dans une lettre ouverte au premier ministre. Ce texte souligne que « les premiers perdants d’une telle mesure seraient les locataires, souvent précaires, de passoires et bouilloires thermiques », dont les propriétaires « n’auraient plus aucune incitation ni obligation à les rénover, malgré des factures toujours aussi élevées pour les locataires ».
Ces associations redoutent une « réforme en trompe-l’œil » qui conduirait à « réduire de 1,7 million le nombre de pompes à chaleur à installer d’ici à 2030 au profit de simples convecteurs électriques (…), pourtant très peu efficaces d’un point de vue énergétique, et particulièrement coûteux à l’usage ». Avec la suspension du dispositif MaPrimeRénov’, à compter là aussi du 1er janvier, on mesure à quel point la rénovation énergétique constitue une priorité de la minorité gouvernementale…