UKRAINE / RUSSIE : mensonges éhontés !
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Par Larry Johnson
La dernière publication de Sy Hersh est stupéfiante, car elle regorge d’affirmations fausses et de propagande. Je connais Sy depuis 45 ans et je le considère comme un ami très cher. Son dernier article est une abomination et, à mon avis, il constitue une tache sur son héritage. J’ai l’impression d’assister à un ancien grand joueur de basket qui essaie encore de jouer, mais qui ne peut plus ni courir ni tirer. Pour poursuivre la métaphore du basket, ce dernier article de Sy est un tir complètement raté depuis la ligne des lancers francs… Il ne touche même pas l’arceau.
L’article s’intitule PUTIN’S LONG WAR, (« La longue guerre de Poutine ») et constitue une mise en accusation involontaire de la compétence analytique de la communauté américaine du renseignement. Le premier paragraphe donne le ton :
« Le désespoir et la colère grandissent dans certaines parties de la communauté américaine du renseignement face au refus de Vladimir Poutine d’envisager la fin de la guerre avec l’Ukraine. Le président russe fait face à des problèmes économiques dévastateurs sur le plan intérieur et ignore son état-major militaire supérieur, de plus en plus agité — dans quel but ? ».
Du désespoir et de la colère ? Mais c’est quoi ce délire !!! Pourquoi le désespoir ? Est-ce un aveu que les plans de la CIA pour vaincre la Russie sont en ruine ? La CIA, ou un autre élément de la communauté du renseignement, serait-elle douloureusement frustrée parce que Vladimir Poutine refuse de se comporter comme un singe savant au service d’un joueur d’orgue ? Même chose pour la prétendue colère.
Mais c’est la dernière phrase qui est stupéfiante, car le ou les responsables qui parlent à Trump semblent réellement croire que la Russie fait face à des problèmes économiques dévastateurs et que Poutine — qui s’est rendu au front au moins trois fois ces deux derniers mois — ignore l’état-major russe. Absurde !
Voici le mensonge suivant, tout aussi énorme, de cet article :
« Les entreprises vacillent et les magasins ferment — en partie à cause des sanctions internationales — à Moscou et dans toute la Russie ».
Encore du pur fumier bovin mâle… Je suis allé à Moscou deux fois au cours des quatre derniers mois et je n’ai rien vu de tel. Les entreprises prospéraient, elles ne fermaient pas. Le dernier sondage du Centre Levada (indépendant et non gouvernemental), publié récemment, indique que le taux d’approbation actuel de Poutine atteint le chiffre colossal de 85 % !!! Si l’économie s’effondrait, il serait impossible qu’il soit aussi populaire !
Le paragraphe suivant de Sy révèle l’absence totale d’esprit critique de sa source :
« Un responsable américain expérimenté, impliqué dans les questions russes depuis des décennies, reste à la fois perplexe et frustré par le refus de Poutine, à l’automne dernier, d’accepter une offre américaine, approuvée par le président Donald Trump mais amèrement rejetée par l’Ukraine. (…) « En janvier, m’a-t-il dit, la guerre de la Russie contre l’Ukraine durera plus longtemps que sa guerre contre l’Allemagne. En 1945, ils étaient à Berlin. En 2026, ils ne contrôleront même pas Donetsk », une province de l’est de l’Ukraine à forte population russophone, frontalière de la Russie ».
Oui, l’armée russe est vraiment nulle… Elle affronte une armée par procuration de l’OTAN, entièrement soutenue par l’OTAN, dotée d’armes avancées et de renseignements sophistiqués, et elle progresse sur toute la ligne de contact… Simplement pas aussi vite que ce clown à Washington, qui débite des absurdités à Sy, estime que la Russie devrait avancer. Donc, si la lenteur russe est une preuve de son incompétence militaire, que dire de l’armée américaine, qui a passé 21 ans à se battre en Afghanistan contre des insurgés légèrement armés — sans aucun soutien étranger — avant de fuir le pays en août 2021, en laissant derrière elle pour 7,1 à 7,2 milliards de dollars d’équipement militaire financé par les États-Unis ? Les responsables de l’ère Trump qui vivent dans de grandes maisons de verre feraient mieux de ne pas lancer de pierres sur une maison en briques.
Ensuite, Sy recrache une affirmation manifestement fausse fournie par sa source :
« Poutine connaît le fantôme qui hante le placard du Kremlin, m’a-t-il dit : la révolution. » Le responsable cite le général Valeri Guerassimov, chef d’état-major russe : « Je n’ai plus d’armée. Mes chars et mes véhicules blindés sont de la ferraille, les tubes de mon artillerie sont usés. Mes approvisionnements sont intermittents. Mes sergents et officiers intermédiaires sont morts, et mes soldats sont des ex-détenus. »
Ce responsable ment. Examinons les commentaires publics récents de Guerassimov (ils sont disponibles en vidéo) sur l’état de l’armée qu’il dirige :
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Lors de briefings fin décembre (par exemple la réunion du 29 décembre avec Poutine et les commandants), Guerassimov a indiqué que les forces russes avaient libéré 334 localités et plus de 6 400 km² sur l’ensemble de l’année 2025, présentant l’armée comme avançant régulièrement et avec constance dans les défenses ukrainiennes.
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Le 31 décembre 2025, lors d’une inspection du poste de commandement du groupement de forces Sever (Nord), Guerassimov a déclaré que les troupes russes avançaient « avec confiance au cœur des défenses ennemies » et que décembre 2025 avait enregistré les taux d’opérations offensives les plus élevés de l’armée russe. Il a souligné la libération de plus de 700 km² en un mois, l’élargissement d’une « zone de sécurité » près de la frontière russe (régions de Soumy et Kharkiv) et l’occupation de sept localités. Il a décrit ces résultats comme des records, liés aux objectifs fixés par le président Poutine pour la sécurité frontalière des régions de Belgorod et Koursk.
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Le 15 janvier 2026, lors de l’inspection du groupement de forces Tsentr (Centre) dans la direction de Donetsk, Guerassimov a salué les avancées dans la libération de parties de la République populaire de Donetsk (RPD). Il a affirmé que les forces russes avançaient « dans pratiquement toutes les directions », que les tentatives ukrainiennes pour les arrêter avaient échoué, et que plus de 300 km² avaient été conquis au cours des deux premières semaines de janvier. Il a également réitéré les succès en cours dans des zones comme Koupiansk (affirmant que le contrôle était en phase finale) et insisté sur le rythme opérationnel élevé.
Je peux comprendre pourquoi ce responsable anonyme ment, mais je ne comprends pas pourquoi Sy est si crédule. Il se laisse utiliser comme porte-voix de la propagande. Le paragraphe suivant pourrait sortir d’un épisode de La Quatrième Dimension :
« L’Occident est arrivé à la même conclusion d’impasse et cherche à saper la détermination interne de Poutine. Non par une attaque militaire, mais par des sanctions économiques qui touchent les élites comme la population dans son ensemble. Cela fonctionne : le niveau de vie chute rapidement à mesure que les impôts, l’isolement et les pertes augmentent. Le désenchantement et le ressentiment progressent. Le week-end dernier, la Russie a coupé l’ensemble des téléphones portables et de l’internet mobile à l’échelle nationale. »
Commençons par le gros mensonge… à savoir : « Le week-end dernier, la Russie a coupé l’ensemble des téléphones portables et de l’internet mobile à l’échelle nationale. » J’ai échangé des messages avec plusieurs personnes en Russie — dont trois Américains — durant le week-end. Tous avaient des téléphones portables et un accès internet mobile fonctionnels. J’ai demandé à l’un de mes amis (un officier retraité de l’armée américaine, ancien de West Point, aujourd’hui résident permanent en Russie) comment était la vie à Moscou. Voici ce qu’il m’a répondu par SMS, sur un téléphone censé ne pas fonctionner :
« Il y a eu quelques problèmes d’accès à internet. WhatsApp devient moins utilisable, mais la plupart des gens passent à Telegram ou autre chose. Le service de messagerie interne, Max, a encore quelques bugs, surtout pour les personnes ayant des iPhones plus anciens, comme ma femme et moi. J’ai lu quelque part qu’il ne fonctionnerait qu’avec l’iPhone 15 ou des modèles plus récents. Si c’est vrai, c’est clairement un raté ou un bug. Cependant, la plupart des gens ont des smartphones Android fabriqués en Chine, et ceux de nos enfants ont pu installer Max sans problème.
J’ai acheté deux boîtes d’œufs mardi après-midi. Ma femme m’a demandé une marque particulière disponible dans l’une des chaînes de supermarchés à proximité, dont deux se trouvent à très courte distance à pied (deux pâtés de maisons !).
Les œufs sont vendus ici le plus souvent par « douzaine métrique » : 10 œufs.
Au moment de l’achat, le taux de change était de 77,78 roubles pour 1 dollar américain.
Une douzaine métrique m’a coûté 54,99 roubles ! Cela fait 10 œufs pour 0,71 $ ! Soit 7,1 cents par œuf, l’équivalent de 0,85 $ pour 12 œufs !
C’est l’un des produits de base de haute qualité et riche en protéines, non-OGM !
Des études montrent que la plupart des salaires ont en réalité augmenté ! Bien sûr, cela dépend du secteur d’activité. Oui, l’inflation existe encore et les impôts ont un peu augmenté. Mais n’est-ce pas le cas partout dans le monde ? J’oserais dire que ces effets économiques sont bien moindres qu’en Occident.
L’électricité, l’internet domestique et les factures de téléphonie mobile sont tellement bon marché par rapport à ce que nous payions aux États-Unis que c’en est risible !
Les frais médicaux sont inexistants ! Ma femme et moi avons subi des interventions chirurgicales majeures et mineures, toutes totalement gratuites ! Les enfants aussi, bien sûr. Nous avons dû payer l’orthodontie de notre fils, mais c’était dérisoire comparé aux prix américains.
En tant que retraité officiel, je peux désormais bénéficier gratuitement de soins dentaires orthopédiques ! J’ai besoin d’un nouvel implant, car on m’a extrait une dent il y a plusieurs mois. Ils m’ont dit qu’après six mois, ils pourraient m’en poser un nouveau.
Si je commande un implant suisse, cela me coûterait 55 000 roubles (708 $). Et alors ? Je prendrai un implant russe gratuit. J’aurai 74 ans le mois prochain. Qui a besoin d’un implant suisse sophistiqué ?
J’ai également droit aux transports publics gratuits. Et comme notre fille est handicapée, elle et ma femme en bénéficient aussi. (Pas pour les trains longue distance, mais presque partout à Moscou et dans l’oblast de Moscou.) »
Je le rappelle : ceci est le témoignage d’un officier retraité des forces spéciales américaines. Si le responsable qui parle à Sy Hersh informe également Donald Trump, on ne peut pas reprocher à Trump de ne pas comprendre la réalité sur le terrain en Ukraine… On lui sert des mensonges monstrueux.
Un dernier point concernant la prétendue détresse économique de la Russie. Le responsable a déclaré à Sy :
« L’armée perd le respect, les revenus nationaux du pétrole et du gaz ont chuté de 22 % et il n’y a aucune possibilité d’emprunter à l’étranger pour financer la guerre en Ukraine. »
S’il est vrai que les revenus du pétrole et du gaz ont diminué, ce responsable a apparemment oublié de préciser que le secteur pétrolier et gazier (y compris la production, et pas seulement les taxes budgétaires) représentait 9,67 % du PIB en 2021, selon la Banque mondiale. Les données Statista/Rosstat montrent que la part du pétrole et du gaz dans le PIB oscille autour de 10 à 15 % ces derniers trimestres (jusqu’à mi-2024 ; les chiffres 2025 ne sont pas entièrement mis à jour, mais confirment la tendance à la baisse).
Sur le plan budgétaire, le déficit russe s’est élargi à 2,6 % du PIB en 2025 (le plus élevé depuis 2020), en partie à cause de ce manque à gagner. Mais cela représente la moitié des difficultés financières auxquelles sont confrontés les États-Unis… Pour l’exercice fiscal 2025 (clos le 30 septembre 2025), le déficit américain s’est élevé à 5,9 % du PIB, selon le Congressional Budget Office (CBO) et les données du Trésor, soit 1 800 milliards de dollars.
Lorsque l’on compare les ratios dette/PIB de la Russie et des États-Unis, l’image devient plus claire quant au pays réellement menacé par une catastrophe financière. La Russie affiche un ratio dette/PIB de 16 à 20 %, tandis que celui des États-Unis atteint le niveau gigantesque de 118 à 125 % (dette fédérale brute), soit plus de six fois celui de la Russie. Le ratio américain figure parmi les plus élevés des économies avancées, alimenté par des déficits persistants, les dépenses liées à la pandémie et des problèmes structurels comme la croissance des dépenses sociales. La charge de la dette russe est bien plus légère, ce qui lui confère une plus grande marge de manœuvre budgétaire malgré les sanctions et les dépenses militaires. À l’inverse, les États-Unis font face à des défis de long terme bien plus sérieux liés au coût de la dette et aux engagements sociaux.
Je ne sais pas si la source de Sy croit réellement à l’amas de mensonges qu’elle lui a servi, ou si elle participe à une opération de désinformation destinée à maintenir le public américain dans l’ignorance. Quoi qu’il en soit, Sy s’est fait manipuler.
Par Larry Johnson 21 janvier 2026