Pouvoir d’achat : 30 associations exigent « 100 aliments sains à prix coûtant »
L'Humanité du 17 février 2026
Manger sain, oui, mais à quel prix ? En dénonçant les marges abusives réalisées par la grande distribution, 30 organisations lancent une pétition qui établit une liste de produits essentiels devant être mis à disposition des consommateurs à des tarifs acceptables.
Répéter des recommandations de santé publique, c’est bien. Donner les moyens à la population de les suivre, c’est beaucoup mieux, surtout si on n’entend pas se contenter de culpabiliser les Français sur leur santé en laissant les autres acteurs s’en laver les mains… et se remplir les poches. C’est le sens de la pétition pour exiger que « 100 aliments sains à prix coûtant » soient distribués dans les supermarchés, lancée mardi 17 février par plus de trente organisations, dont Familles rurales, de Foodwatch France et du Secours catholique.
Pour près d’un Français sur trois, l’alimentation est une variable d’ajustement
« La grande distribution avait pris l’engagement en juin 2025, la main sur le cœur, de jouer son rôle dans la transition alimentaire », rappelait mardi matin sur France Info Nadia Ziane, de l’association Familles rurales. Or, les initiateurs de la pétition dénoncent « l’opacité des prix de nos aliments et les marges abusives ».
Des marges qui profitent aux géants de la grande distribution – dont les cinq premières enseignes (E. Leclerc, Intermarché, Auchan, Carrefour et Coopérative U) contrôlent 80 % du marché alimentaire en France – mais constituent, à l’heure où près d’un Français sur trois (29 %) déclare devoir faire de l’alimentation une variable d’ajustement budgétaire, un obstacle majeur pour accéder à des « produits essentiels pour la santé, comme les fruits et légumes ».
Les organisations (outre les trois initiatrices, on compte notamment Action contre la faim, Attac, Bloom, la Confédération syndicale des familles, France assos santé, Que choisir, le Réseau action climat…) ont donc planché sur une liste de 100 produits dits « prioritaires », suivant les recommandations du PNNS (Programme national nutrition santé).
Fruits et légumes frais et en conserves, légumineuses et fruits secs, produits céréaliers, produits laitiers, produits de la mer, huiles, œufs, sucre, condiments, boissons, produits pour bébé… Pour chaque catégorie, plusieurs produits – avec à chaque fois une part de bio – devraient être obligatoirement proposés en rayon, à prix coûtant. Cela « sur tout le territoire, y compris en Outre-mer », et sans que cela ait « une incidence négative sur les prix d’achat des productions des agricultrices et agriculteurs ».
247 millions de bénéfices sur l’alimentaire en 2021
Et, sans mauvais jeu de mots, il y a de la marge. Entre 2021 et 2023, les producteurs ont vendu environ 12 milliards d’euros de produits par an à la grande distribution. Or, une fois en rayon, « les consommateurs les ont payés le double, soit 23 milliards sans transformation », a rappelé Nadia Ziane : la mesure serait donc « peu impactante financièrement » pour les grandes surfaces.
D’autant que sur le seul rayon des fruits et légumes, la grande distribution a réalisé 247 millions d’euros de bénéfices (après impôt) en 2021. Bref, de quoi améliorer le pouvoir d’achat et la santé des consommateurs, en payant à son juste prix le travail des agriculteurs, et sans même égratigner les fortunes bâties par les maîtres de la grande distribution. Il devrait y avoir là de quoi intéresser Roland Lescure, le ministre de l’Économie, et son collègue Serge Papin, ministre du Commerce et du Pouvoir d’achat mais aussi ancien patron de Système U puis d’Auchan France…