Assurément, avec l'Iran !
Dr Tannous Chalhoub
Le 02 mars 2026
Je soutiens l'Iran, non pas parce que j'approuve son système politique ou que je justifie toutes ses politiques, mais parce que je perçois sa place au sein de la structure impérialiste. Le problème, au fond, n'est ni sectaire ni culturel, mais un conflit entre un centre impérialiste cherchant à reproduire son hégémonie et une région périphérique tentant d'étendre sa souveraineté et de s'affranchir de sa dépendance.
Le système capitaliste mondial n'est pas un espace d'échange égalitaire, mais un système qui impose un rôle spécifique aux régions périphériques : exporter des matières premières, importer des produits manufacturés et se soumettre à un système financier et technologique contrôlé par le centre. Lorsqu'un pays périphérique tente de réorienter ses ressources pour construire une base industrielle, développer ses capacités de défense ou forger des alliances hors de la sphère atlantique, il se heurte inévitablement à des mécanismes de contrôle : sanctions, embargos, diabolisation médiatique et, en fin de compte, menaces ou agressions.
Ce que l'on appelle la « communauté internationale » n'est rien d'autre que l'expression politique d'un bloc historique dominant, au sens gramscien du terme, qui sait allier puissance et persuasion. Ce bloc ne se contente pas de recourir à la dissuasion militaire ; il construit un discours moral sur la « démocratie » et les « droits de l’homme » pour justifier la soumission de quiconque tente d’enfreindre les règles du jeu. Lorsque l’Iran est présenté comme une « menace absolue exportant le terrorisme », cela remplit une fonction idéologique : transformer le conflit structurel en un enjeu culturel ou religieux.
La complicité occidentale ne se limite pas à Washington. Les capitales européennes et Ottawa ne se positionnent pas en médiateurs neutres, mais plutôt comme partenaires structurels au sein du système atlantique. Sanctions, couverture diplomatique et reproduction du même discours sécuritaire révèlent que la prétendue « préoccupation européenne » n’est rien d’autre que le prétexte d’une politique unique : empêcher toute partie d’étendre sa sphère d’indépendance. L’Europe, qui invoque le droit international, et le Canada, qui prône le multilatéralisme, sont en réalité impliqués dans le système de dissuasion et dans la justification de l’agression et de l’action militaire lorsqu’il s’agit de contester l’ordre mondial établi.
Quant à la complicité des régimes arabes et du Golfe, elle ne peut se comprendre qu'à la lumière de leur position structurelle. Les États rentiers, liés au marché mondial, font partie du bloc dépendant et trouvent dans la protection militaire américaine une garantie de leur survie. Toute expérience régionale visant à étendre sa marge d'indépendance constitue une menace pour ces États, car elle les expose en soulevant la question suivante : l'équation de la dépendance peut-elle être rompue ?
Le critère de l'hostilité impérialiste n'est ni la laïcité ni la religiosité d'un régime. Historiquement, le centre impérial s'est allié aux régimes conservateurs et religieux lorsqu'ils étaient intégrés à sa structure, et s'est opposé aux régimes laïques lorsqu'ils s'en sont affranchis. L'enjeu n'est pas la forme du système politique, mais bien la place de l'État au sein des chaînes de la dépendance. Par conséquent, réduire le conflit à une opposition entre « théocratie » et « modernité » est une simplification excessive qui occulte l'essence même du différend : qui détient le pouvoir de décision souverain pour orienter les ressources nationales ?
L'expérience iranienne, bien que marquée par ses contradictions de classes internes et ne constituant pas un modèle socialiste, transcende néanmoins ces frontières. Il s'agit d'une lutte pour le droit d'un pays périphérique à ne pas demeurer indéfiniment une entité dépendante.
L'intensité des attaques ne peut être comprise sans prendre en compte la position de l'Iran sur la question palestinienne. Depuis des décennies, l'Iran a choisi de se positionner à l'opposé du processus de normalisation et d'intégration au système régional parrainé par Washington. Son soutien indéfectible à la Palestine – politique et matériel – l'a placé en confrontation directe avec l'entité occupante, pilier du système impérialiste dans la région. Ici, la dimension géopolitique se confond avec la dimension symbolique : la Palestine n'est pas une question frontalière, mais bien le cœur même de l'hégémonie. Quiconque refuse d'accepter la légitimité du statu quo en Palestine remet en cause l'ensemble de la structure du système régional.
Face à l'agression tripartite contre l'Égypte en 1956, les communistes se sont rangés du côté de Nasser contre la Grande-Bretagne, la France et Israël, malgré la persécution et l'emprisonnement dont ils étaient victimes de la part du régime. Ce ralliement repose sur un principe fondamental : s'opposer à l'agression et défendre l'indépendance.
Je soutiens l'Iran, tout simplement parce qu'un communiste se tient aux côtés du peuple lorsqu'il est victime d'une agression impérialiste, tout en se réservant le droit de critiquer les structures de classes internes de ces sociétés. Il ne s'agit pas ici d'un parti pris pour le pouvoir, mais d'un attachement à un principe : la contradiction fondamentale, en période d'agression, réside entre hégémonie et indépendance, entre le centre qui impose sa volonté par la force et le camp qui tente de conquérir son droit à l'autodétermination.
L'indépendance n'est pas un crime. Le véritable crime est de punir ceux qui refusent de se soumettre.
La Patrie ou la mort… Nous vaincrons.