LIBAN : Sur les routes du déplacement, à qui la faute ?

Publié le par FSC

Dr Tannous Shalhoub
Le 03 mars 2026

 

Je ne suis pas en mesure de répondre aux questions légitimes soulevées en cette période si difficile pour notre peuple. Des milliers de familles, avec leurs enfants, se sont soudainement retrouvées à la rue, abandonnées sur les routes, portant en elles la peur, la douleur et leurs souvenirs dans des voitures surchargées du peu d'affaires qu'elles ont pu rassembler. Il s'agit d'une souffrance réelle qu'il ne faut ni minimiser ni prendre à la légère.

Mais aborder la situation avec un seul point de vue, aussi motivé soit-il par la douleur, en tenant la résistance pour responsable, revient involontairement à justifier le discours israélien. Le peuple du Sud-Liban vit sous le poids des agressions sionistes répétées depuis 1948. Combien de fois a-t-il été déplacé ? Combien de fois ses voitures ont-elles été prises pour cibles sur les routes ? Qui peut oublier les chars qui ont écrasé des civils, et qui peut oublier le massacre dans l'enceinte de l'ONU à Qana ? Une longue histoire de massacres sionistes.

Pendant plus de deux décennies, nous avons vécu une période de dissuasion où la résistance était forte, offrant des dizaines, voire des centaines, de jeunes martyrs pour libérer le pays (avec toutes ses factions et affiliations politiques depuis la création du Mouvement de résistance nationale libanais, Jammoul) et défendre le droit du peuple à une vie en sécurité. Lorsque l'équilibre de la dissuasion s'est rompu et que les moyens de protection se sont affaiblis, les attaques ont refait surface. Il ne s'agit pas d'un hasard, mais d'une équation bien connue des Libanais, et en particulier des populations du Sud, pour l'avoir vécue amèrement.

Ce qui se passe aujourd'hui est une tentative de redessiner la réalité de la région par le feu et le sang, et de décider du sort de ses peuples d'une manière qui serve le projet du « Grand Israël ». En ces temps difficiles, la résistance ne doit pas être tenue pour seule responsable ; ce sont les autorités qui doivent rendre des comptes sur leur rôle et leurs responsabilités.

Dès lors, nous devons examiner la décision du gouvernement libanais d'interdire la résistance, une décision qui témoigne clairement de sa soumission politique à Washington. Lorsque les diktats des États-Unis priment sur la protection du peuple et la souveraineté nationale, les priorités s'inversent : les moyens de dissuasion locaux sont réduits, tandis que le citoyen se retrouve sans défense face à une machine agressive qui ne reconnaît que l'équilibre des puissances. Cette dépendance exacerbe une situation déjà tendue et pousse le pays vers une explosion civile, qui pourrait bien faire partie du plan sioniste-américain de fragmentation de la région.

Il est du devoir des autorités de protéger les citoyens et d'agir concrètement sur les plans logistique et politique, au lieu de rester les bras croisés face au massacre quotidien perpétré depuis l'accord de cessez-le-feu.

Il est indispensable d'élaborer un plan clair pour accueillir les personnes déplacées dans la dignité : leur fournir un abri, de la nourriture, des soins médicaux, un soutien psychologique et tout ce qui permet de préserver un minimum d'humanité. La colère est justifiée, mais elle doit être dirigée contre ceux qui ont abandonné leurs obligations les plus fondamentales envers le peuple, et non contre ceux qui paient le prix de la résistance pour défendre leur terre et leur dignité. En ces moments critiques, les mots ont un poids. Utilisons-les d'une manière digne des personnes déplacées et sans abri, et en hommage au sang des martyrs de la résistance, depuis le premier coup de feu tiré contre les bandes sionistes jusqu'à aujourd'hui.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article