Trump, Netanyahu et la chute de l'illusion de victoire
Omar Fares
Le 24 mars 2026
Traduit de l'arabe par Roland RICHA
Plus de vingt jours après l'agression israélo-américaine contre l'Iran, une question cruciale se pose : qu'ont obtenu Donald Trump et Benjamin Netanyahu de cette guerre, sur laquelle ils fondaient leurs espoirs d'une victoire rapide et décisive ?
Dès les premières heures, Washington et Tel-Aviv ont propagé le récit selon lequel les frappes visaient le « chef du régime » iranien et qu'elles entraîneraient l'effondrement du pouvoir et la paralysie de l'État. Ils ont parlé d'éliminer des dirigeants importants et de frappes précises qui mettraient fin à la menace iranienne. Mais au fil des jours, il est devenu évident que ce récit n'était qu'un élément d'une guerre médiatique parallèle, destinée à remonter le moral des troupes et à tromper l'opinion publique internationale.
Sur le terrain, la réalité était tout autre. Des milliers de civils ont été victimes des bombardements, dont des centaines d'enfants dans les écoles et les quartiers résidentiels. Ces crimes n'ont pas affaibli l'État iranien ; Bien au contraire, elles ont eu l'effet inverse : un large soutien populaire au pouvoir et un renforcement de l'esprit de résilience et de résistance. Les nations soumises à une agression extérieure ne s'effondrent pas facilement ; au contraire, elles s'unissent souvent, comme c'est le cas en Iran. Sur le plan militaire, la « victoire rapide » promise par Donald Trump et Benjamin Netanyahu ne s'est pas concrétisée. L'Iran a, au contraire, démontré une capacité manifeste à riposter et à prolonger la confrontation. Avec le temps, une nouvelle dynamique de dissuasion s'est dessinée, dont l'essence même était que cette guerre serait loin d'être une promenade de santé et que son coût s'aggraverait de jour en jour.
Donald Trump, qui a entamé son second mandat par une approche agressive et conflictuelle, a non seulement attisé les tensions au Moyen-Orient, mais les a également précédées de menaces contre de nombreux pays, du Canada au Venezuela, allant même jusqu'à suggérer la déstabilisation de petits États comme la Grenade. Ce comportement reflète une mentalité hégémonique désormais incompatible avec la réalité d'un monde en pleine mutation. L'histoire ne s'écrit pas par la seule force, mais par une compréhension approfondie du vécu des nations, et l'Iran n'est pas un nouvel acteur que l'on peut soumettre par une frappe militaire ou une campagne aérienne.
De même, Benjamin Netanyahu, qui a mené une guerre dévastatrice à Gaza et commis des actes de génocide contre le peuple palestinien, s'est engagé dans cette confrontation en croyant remporter une victoire qui redorerait son image politique et ouvrirait la voie à la réalisation de son projet illusoire de « Grand Israël ». Mais aujourd'hui, il est confronté à une tout autre réalité : des fronts ouverts, une pression internationale croissante et une image d'Israël qui se détériore sur la scène internationale.
Plus inquiétant encore, cette guerre a révélé les limites de la puissance américaine dans la région. Les bases militaires que Washington utilisait dans le Golfe ne sont plus aussi sûres qu'on le croyait et sont devenues vulnérables aux menaces directes. Cette situation suscite une inquiétude croissante parmi les États du Golfe, qui commencent à comprendre que la protection américaine n'est pas une garantie absolue et que s'en remettre entièrement à Washington pourrait s'avérer une erreur fatale à un moment historique aussi charnière.
Ce qui se passe aujourd'hui s'inscrit dans un contexte plus large : le déclin de l'hégémonie américaine sur le système international. Le monde n'est plus unipolaire comme après la fin de la Guerre froide, mais évolue vers une multipolarité imposée par la montée en puissance des acteurs et l'émergence de volontés indépendantes. Les guerres menées selon la mentalité du siècle dernier peuvent aboutir à des résultats diamétralement opposés, comme nous le constatons aujourd'hui.
Donald Trump et Benjamin Netanyahu ont conçu cette guerre comme une démonstration de force et un message de dissuasion à leurs adversaires, mais elle s'est progressivement transformée en une véritable épreuve des limites de cette puissance. À mesure que la confrontation se poursuit, l'échec des objectifs déclarés apparaît plus clairement, contrastant avec la résilience et la remarquable cohésion interne de l'Iran.
Cette guerre pourrait ne pas se terminer de sitôt, et les prochains jours pourraient être marqués par une nouvelle escalade, mais ce qui s'est déjà produit constitue assurément un tournant décisif. Lorsque la puissance échoue à atteindre ses objectifs et devient un handicap stratégique, l'équilibre des pouvoirs commence à se modifier.
Dans ce contexte, il semble que le monde soit à l'aube d'une nouvelle ère, où la capacité des États-Unis à imposer leur volonté s'amenuise et où d'autres puissances s'emparent du vide. Si ces politiques d'agression et de domination persistent, il n'en résultera pas seulement l'échec d'une guerre ici ou là, mais bien une accélération du déclin de l'hégémonie américaine sur le monde.
L'histoire s'écrit aujourd'hui, non par des déclarations, mais par les résultats concrets sur le terrain. Ce à quoi nous assistons jusqu'à présent indique clairement que l'ère des diktats unilatéraux touche à sa fin et que les peuples qui résistent sont capables de changer la donne, quelle que soit la puissance de leurs adversaires.
