CUBA : « Dans le concept des révolutionnaires, nous rendre n’existe pas »
Auteur: Présidence de Cuba | internet@granma.cu
14 avril 2026

Kristen Welker. – Président Diaz-Canel, bienvenue à Meet the Press.
Miguel M. Diaz-Canel
Je vous remercie infiniment, merci à vous de me donner cette opportunité et merci d’être à Cuba.
Kristen Welker
Je vous remercie de nous inviter dans votre beau pays, c’est un honneur.
Miguel M. Diaz-Canel
C’est pour nous un plaisir de vous accueillir ici.
Kristen Welker
Merci, merci infiniment.
Je voudrais commencer par le président Trump. Il a déclaré qu’il avait des plans pour prendre Cuba d’une manière ou d’une autre. Il a dit : « Je pense que je peux faire ce que je veux avec Cuba ». Prenez-vous au sérieux les menaces de Trump ?
Miguel M. Diaz-Canel
Je pense que ces derniers jours beaucoup de choses ont été dites, non seulement par le Président, mais aussi par d’autres responsables du gouvernement des États-Unis, lesquelles témoignent réellement d’un langage et d’une rhétorique agressifs à l’égard de Cuba.
Il faut connaître l’histoire de notre pays. C’est un pays dont l’identité est profondément marquée par les valeurs de souveraineté et d’indépendance. Pendant 150 ans, Cuba a lutté, d’abord pour se libérer de la colonie, puis de la néocolonie. Avec la Révolution cubaine, avec son triomphe en janvier 1959, toute une série de dépendances a été effacé, la soumission a été effacé, la subordination à une puissance étrangère, ce qui a entraîné des conséquences bénéfiques pour le pays, auxquelles le peuple cubain n’est pas prêt de renoncer.
L’un des généraux les plus brillants de nos guerres d’indépendance, Antonio Maceo, a déclaré : « Quiconque tenterait de s’emparer de Cuba ne recueillera que la poussière de son sol baigné de sang, s’il ne périt pas dans la bataille. »
Nous sommes un pays de paix. Nous ne promouvons pas la guerre, nous n’aimons pas la guerre ; nous encourageons la solidarité et la coopération entre les peuples, mais nous sommes prêts à défendre cette paix que nous souhaitons ; par conséquent, nous ne nous laissons pas intimider et nous ne voulons être surpris ni par la surprise ni par la défaite. Voilà l’une des interprétations que l’on peut donner à cette menace et quelle est la position de Cuba.
L’autre interprétation que l’on peut donner, c’est lorsqu’ils prétendent que Cuba s’effondrera d’elle-même et qu’ils tentent de nous coller l’étiquette d’État défaillant ou de pays sur le point de s’effondrer, ce que la réalité dément : comment un pays comme celui-ci a-t-il pu supporter, pendant 67 ans, toutes sortes de pressions et d’agressions y compris, pendant plus de 60 ans, le blocus le plus long de l’histoire, un blocus criminel et génocidaire ?. Il y aurait beaucoup à dire sur ces questions, mais je peux vous affirmer que le peuple cubain et la Révolution cubaine sont prêts à se défendre.
Kristen Welker
Passons à la question suivante.
Le président Trump veut prendre Cuba comme il l’a fait avec le président Maduro au Venezuela, comme il l’a fait en Iran où il a tué le Guide suprême. Pourriez-vous être arrêté ou assassiné par le gouvernement des États-Unis ? Qu’en pensez-vous ?
Miguel M. Diaz-Canel
C’est une question très intéressante. Je n’aime pas que l’on établisse des parallèles entre Cuba et d’autres nations, car nous avons notre propre histoire, nous évoluons dans des circonstances particulières, et cela montre aussi une méconnaissance de notre histoire, de la force de notre unité et de la force de nos institutions.
Ceux d’entre nous qui assumons des responsabilités au sein de la Révolution avons un engagement envers la Révolution, et surtout envers notre peuple héroïque. Et dans ce sens des responsabilités est incluse la conviction que nous sommes prêts à donner notre vie pour la Révolution, pour la cause que nous défendons. Par conséquent, pour moi, cela ne constitue pas une préoccupation.
Si ce moment devait arriver, je ne crois pas qu’il y ait de justification pour que les États-Unis provoquent une agression contre Cuba, ni pour qu’ils tentent de mener une frappe chirurgicale ou l’enlèvement d’un président à Cuba. Si cela se produisait, il y aurait des combats, il y aurait des batailles, il y aurait de la résistance. Nous nous défendrons, et s’il nous faut mourir, nous mourrons, car comme le dit notre hymne national : « Mourir pour la Patrie, c’est vivre ».
Mais là, il y a une confusion : on personnalise toujours la direction de la Révolution cubaine en une seule personne. À un moment donné, elle a été personnifiée par le Commandant en chef, à un autre moment par le Général d’armée, et maintenant ils tentent de la personnifier avec moi. Or, nous avons une direction collective caractérisée par l’unité, la cohésion, une unité idéologique également, ainsi qu’une discipline révolutionnaire. Par conséquent, éliminer une personne au sein de la structure dirigeante de la Révolution ne résoudrait aucun problème ; au contraire, il existe des centaines de personnes capables d’assumer cette responsabilité et de décider collectivement. Et nous sommes prêts à affronter tout type de situation.
Kristen Welker
Vos propos sont très forts, mais avez-vous peur pour vous-même, pour votre famille ? Êtes-vous prêt, comme vous le dites, à faire le sacrifice ultime si vous étiez attaqué ?
Miguel M. Diaz-Canel
Non, je n’ai pas peur, je suis prêt à donner ma vie pour la Révolution. Bien sûr, je ne souhaiterais pas que telle soit l’attitude du gouvernement des États-Unis. Je ne crois pas que le peuple nord-américain, qui est un peuple sensible, accepterait ou verrait d’un bon œil que son pays, que son gouvernement envahisse une petite île qui ne représente aucune menace pour la sécurité nationale, pour le gouvernement des États-Unis ; une île qui veut la paix, une île qui veut dialoguer, une île dont le peuple souhaite entretenir une relation directe avec le peuple nord-américain.
Par ailleurs, quelle serait la justification pour agir ainsi ? De plus, une agression contre Cuba aurait un coût, un coût pour les deux pays en pertes de vies humaines, sans raison, qui peuvent être évitées ; elle aurait des coûts matériels ; elle affecterait la sécurité et la stabilité des États-Unis, de Cuba et de la région.
Je pense qu’il faut examiner ces questions avec un grand sens des responsabilités lorsqu’il s’agit de prendre une décision d’une telle ampleur. Et surtout, avant de prendre cette décision totalement illogique et irrationnelle, il existe une autre logique, qui est plus juste : celle du dialogue, de la discussion, du débat et chercher à parvenir à des accords qui nous éloignent de la confrontation
Kristen Welker
Cuba se prépare-t-elle activement à l’éventualité d’une attaque des États-Unis ?
Miguel M. Diaz-Canel
Écoutez, comme je l’ai toujours déclaré lors d’autres rencontres, dans d’autres entretiens, et aussi lorsque nous nous adressons au peuple cubain, il est évident qu’il existe une menace ; elle apparaît dans la rhétorique du gouvernement des États-Unis. Cuba n’a rien fait qui puisse offenser les États-Unis. À aucun moment, Cuba n’a eu l’intention d’agresser les États-Unis, ni de s’immiscer dans les affaires intérieures des États-Unis. Pourtant, on répète constamment que Cuba est la prochaine, que l’on va agresser Cuba, qu’il existe des options pour Cuba, qu’ils vont s’emparer de Cuba. Par conséquent, du point de vue de la responsabilité de la direction du pays, cela constitue une alerte et nous devons, de manière responsable, protéger notre peuple, protéger notre projet, protéger notre pays, de sorte que, en effet, nous nous préparons à la défense.
Maintenant, quel est le concept de notre préparation à la défense ? Nous disposons d’une doctrine de défense qui est totalement défensive, elle n’est pas agressive, elle ne représente un danger pour personne. Il s’agit simplement d’une doctrine connue sous le nom de « Guerre de tout le peuple », élaborée collectivement à partir de l’expérience de notre histoire et qui a été pleinement conçue et structurée précisément à une période particulièrement difficile de notre histoire, où nous étions également fortement menacés par le gouvernement des États-Unis.
Elle repose sur la participation populaire : chaque Cubaine et chaque Cubain a une mission, un but, un objectif à défendre, une place et un rôle à assumer dans la défense. Et cela se fait sur la base de la participation populaire, de la participation volontaire et, évidemment, elle comprend la préparation à la défense de tous les niveaux et de tous les éléments qui composent notre défense territoriale, mais il s’agit d’une conception entièrement défensive et non agressive. Et, de plus, nous partons également d’un constat : nous préparer à nous défendre est la meilleure manière d’éviter la guerre et c’est la meilleure manière de préserver la paix.
Je vous dirais même plus. Je crois que ce que mérite aussi bien le peuple nord-américain que le peuple cubain dans leurs relations, ce n’est ni une agression ni un langage de guerre. Ce que méritent le peuple nord-américain et le peuple cubain, c’est la paix, une paix qui nous permettra d’évoluer dans un climat de confiance, de coopération, de collaboration, mais aussi de solidarité et, bien sûr, de compréhension.
SUITE de ce long entretien :
https://histoireetsociete.com/dans-le-concept-des-revolutionnaires-nous-rendre-nexiste-pas/