Le POISON du vote utile !

Publié le par FSC

 

L'imminence du vote des communistes pour confirmer la candidature de Fabien Roussel à l’élection présidentielle ressuscite le débat sur l’opportunité pour le PCF de présenter un candidat, débat pourtant clos lors de son 40e congrès. Un candidat communiste est, à mes yeux, d’une grande nécessité dans la période actuelle :

Tout d’abord, parce qu’on ne peut pas commenter chaque résultat électoral en commençant par « le premier enseignement de ce scrutin, c’est l’abstention », puis agir comme s’il n’en était rien. La démocratie se meurt de ce poison lent qu’est « le vote utile » . Chaque électeur potentiel doit pouvoir, au moins au premier tour, voter pour le candidat de son choix, celui qui est le plus en accord avec ses propres convictions. Ne plus le permettre, c’est accroître la perte de confiance dans notre système électoral, c’est favoriser l’abstention.

Les chiffres des séquences électorales de 2022 et 2024 donnent raison à cette analyse. La gauche unie aux législatives a fait respectivement 25,66% et 28,79% au premier tour de ces deux élections législatives, alors qu’en présentant des candidats séparés, la gauche a fait respectivement 30,61% et 31,58% aux premiers tours des élections présidentielles et européennes. L’union, quand elle est imposée par la nécessiter de « voter utile » ou pour tirer le meilleur parti d’un système électoral, ne créée aucune dynamique. C’est tout l’inverse, elle démobilise une partie de l’électorat qui ne s’y retrouve pas.

Ce qui m’amène à un deuxième constat. Pour que la gauche puisse gagner l’élection présidentielle, il faut bien sûr qu’un candidat de gauche se qualifie au second tour. Mais il faut également que la gauche dans son ensemble brise le plafond de verre des 33% de l’électorat sous lequel elle est maintenue depuis trop d’années. Et pour cela, nous devons mettre toutes les chances de notre côté, à commencer par ne pas nous imposer le handicap qu’est la perte de 3% à 5% d’électeurs quand la force des circonstances contraint à l’union de la gauche. Entre se qualifier pour le second tour et le gagner, la marche sera très haute dans un pays aujourd’hui majoritairement à droite. Pour la franchir, il faudra nécessairement que s’enclenche une dynamique de rassemblement du candidat arrivé au second tour avec les autres forces de gauche et que celles-ci soient à un haut niveau. Un candidat de gauche unique qui se qualifierait d’une courte tête sans réserve de voix serait assuré de perdre. Je citerai à ce sujet Jean-Luc Mélenchon lui-même, le 23 août 2026 à l’université d’été de la France Insoumise : « Le problème n’est pas le nombre de candidats, le problème, c’est le nombre d’électeurs ».

Augmenter le nombre d’électeurs de gauche ne se fera certainement pas en laissant le monopole de la parole de gauche à une seule organisation, la France Insoumise ou une autre. Au contraire, plusieurs candidats sur des projets différents permettront de mobiliser des électeurs différents, qu’ils soient des abstentionnistes ou biens des électeurs engagés, mais qui ne voteront jamais pour tel ou telle candidat-e.

Par ailleurs, nous ne pouvons pas faire comme si nous ne savons que les sondages nous indiquent aujourd’hui que, dans l’hypothèse d’un second tour Jean-Luc Mélenchon / Marine Le Pen, celle-ci gagnerait avec un score écrasant de 67% à 32%. Ce score de 32% correspondant globalement aux intentions de vote pour des candidats de gauche et de centre gauche (Raphaël Gluksmann compris). Bien sûr, un sondage n’est qu’une photographie imprécise de l’état de l’opinion à un instant donné. La campagne n’ayant pas encore réellement démarré, il reste encore de nombreux mois pour faire évoluer cette opinion. Mais nous ne pouvons pas prendre le risque de dire « la seule solution est le rassemblement dès le 1er tour derrière Jean-Luc Mélenchon » quand les sondages nous disent exactement le contraire.

Enfin, et ce n’est pas la moindre des raisons, l’élection présidentielle est – hélas – le moment phare de la vie politique dans la 5e République. C’est donc un moment privilégié où les forces politiques disposent d’une attention plus soutenue des citoyens pour écouter leurs discours, s’intéresser à leurs propositions. Le PCF a donc toute légitimité à présenter un candidat pour faire connaître son discours singulier dans le spectre politique de rupture avec le capitalisme, de sortie des énergies carbonées dans les vingt-cinq prochaines années et sa voix en faveur de la paix.

 
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