Le coût des erreurs médicales à l’hôpital
L'Humanité du 28 avril 2026
Dans un rapport publié lundi 27 avril, la Cour des comptes alerte sur le coût engendré par les infections contractées lors d’un séjour à l’hôpital. Alors que leur déclaration est obligatoire depuis 2004, les accidents graves sont encore trop peu déclarés par les médecins aux Agences régionales de santé.
Combien de personnes meurent-elles chaque année en France des suites d’une maladie contractée à l’hôpital ? La Cour des comptes épingle, dans un rapport publié lundi 27 avril, l’évaluation de la qualité des soins dans les établissements de santé français qui certes progresse, mais reste « lacunaire ».
Selon la Cour, 13 millions de patients sont soignés chaque année en France dans quelque 2 965 établissements de santé (1 330 hôpitaux publics, 978 hôpitaux privés et 657 privés non lucratifs). Ce qui ressort de ce texte, c’est que malgré l’obligation légale, les accidents graves sont largement sous-déclarés. Or ces accidents graves, qui engendrent des réhospitalisation ou des indemnisations dans les cas de décès, coûtent très cher à notre système de santé.
Des accidents graves largement sous-déclarés
Selon l’administration, le coût engendré par les maladies nosocomiales (infections contractées lors d’un séjour à l’hôpital NDLR) dépasserait les 11 milliards d’euros. Pour les soins « inutiles ou à faible valeur », il excéderait les 22 milliards. Ce type de maladie est à l’origine d’environ 4 000 décès chaque année qui coûteraient entre 2,2 et 5,2 milliards d’euros.
Face à cette situation, la Cour déplore des critères qui se concentrent sur les « processus hospitaliers » et oublient trop souvent les résultats effectifs. Le rapport préconise la mise en place de nouveaux indicateurs pour chiffrer, par exemple, les septicémies postopératoires ou bien les traumatismes du vagin post-accouchement. De nouveaux critères qui devraient par ailleurs prendre en compte le ressenti des patients à l’issue de leur parcours de soins, basé sur la disparition des symptômes ou bien une amélioration de la qualité de vie.
Le point noir de ce texte se trouve surtout au niveau de la sous-déclaration des accidents graves. Depuis 2004, ces incidents font l’objet d’une « obligation légale » : les médecins sont sommés de les signaler de manière anonyme. Mais en réalité, seuls 7 100 accidents graves ont été remontés aux Agences régionales de santé (ARS) en 2024 alors qu’une étude estime que le volume annuel oscille entre 160 000 et 375 000, soit 20 à 50 fois supérieur au volume déclaré aux ARS.
Dans ses conclusions, le rapport préconise de manière évidente le respect de l’obligation de déclaration des accidents graves. Plusieurs experts réclament à ce titre la mise en place de sanctions, dès l’année prochaine, pour les établissements qui se soustraient à la règle. Du côté des magistrats, on plaide pour une formation axée sur la sécurité des soins pendant le cursus de médecine et la mise en place d’une liste nationale des médicaments dangereux pour encadrer leur prescription à l’hôpital.
