RSA : pourquoi 560 000 foyers éligibles à l’allocation ne la touchent pas

Publié le par FSC

Hélène May
L'Humanité du 05 mai 2026


L’étude de la Drees confirme aussi que, s’il est un sérieux coup de pouce, le RSA ne permet pas de sortir de la pauvreté.
© Durand Thibaut/ABACA

 

Une étude d’une précision inédite publiée le 6 mai par la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) révèle qu’au moins un tiers des foyers qui ont droit au RSA ne le reçoit pas. Le service de statistique public dresse un premier profil de ces non-bénéficiaires.
Voilà une réalité sur laquelle se penchent peu ceux qui dénoncent à grands cris l’assistanat. Au moins 560 000 foyers éligibles au RSA ne le percevaient pas au dernier trimestre 2021, soit un taux de non-recours situé entre 33 et 37 %, selon l’étude de la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) rendue publique ce 6 mai.
« Un taux stable par rapport à la précédente étude réalisée sur l’année 2018 », a précisé Benjamin Vignolles, chef du bureau « redistribution et évaluation », lors de sa présentation. Si toutes les personnes qui y sont éligibles avaient touché leur prestation à cette date, l’État aurait déboursé 360 millions d’euros supplémentaires.

Des non-bénéficiaires moins précaires et plus diplômés
Pour mieux comprendre les raisons de ce non-recours, la Drees a, pour la première fois, affiné le portrait de ces allocataires potentiels. Dans l’ensemble, les non-recourants ont un niveau de vie légèrement supérieur à celui de ceux qui touchent effectivement le RSA.
Ils sont plus en emploi, plus propriétaires (26 % contre 9 % pour les allocataires et 59 % pour l’ensemble de la population), et plus souvent titulaires d’un diplôme de niveau bac. Ils vivent aussi davantage en milieu rural que dans les quartiers prioritaires de la ville.
Par rapport aux foyers bénéficiaires du RSA, ils sont également beaucoup moins en familles monoparentales et touchent moins d’autres prestations sociales.

Deux catégories d’allocataires potentiels
Néanmoins, deux catégories se dessinent parmi ces ménages qui renoncent au RSA ou ne parviennent pas à l’obtenir. Les jeunes (25-29 ans), célibataires, vivant chez leurs parents, sont surreprésentés. « Ils pourraient, estime la Drees, bénéficier de transferts monétaires ou d’aides en nature leur assurant d’autres moyens de subsistance, ce qui explique un recours au RSA plus faible. »
La deuxième catégorie, de taille égale (42 %), regroupe ceux dont le RSA serait inférieur à 200 euros. Les couples âgés en moyenne de 56 ans y sont les plus nombreux. Dans leur cas, le non-recours « peut provenir de difficultés rencontrées dans les démarches administratives (…) ou de l’anticipation d’une sortie de l’éligibilité au RSA lors du passage à la retraite ».
L’étude confirme aussi que, s’il est un sérieux coup de pouce, le RSA ne permet pas de sortir de la pauvreté. Ainsi, si tous ceux qui y avaient droit avaient effectivement perçu leur RSA au 4e trimestre 2021, 345 000 ménages en situation de pauvreté monétaire auraient vu leur niveau de vie augmenter en moyenne de 280 euros par mois.
Mais, parmi eux, seulement 58 000 sortiraient de la pauvreté, en raison notamment de la faiblesse du RSA, inférieur de moitié au seuil de pauvreté.

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