Dérégulation : les agences sanitaires et environnementales manifestent pour dénoncer un « danger de mort »

Publié le par FSC

 
Clémence Le Maitre
L'Humanité du 03 juillet 2026
 

 

Les agences en lutte fragilisées protègent pourtant les citoyens au quotidien.
© Alexis Jumeau/ABACAPRESS.COM

 

Les employés et syndicats de plusieurs agences publiques environnementales et sanitaires ont manifesté sur la place des Invalides à Paris ce jeudi 2 juillet pour dénoncer les menaces qui pèsent sur leurs missions et la perte de leur indépendance scientifique. Derrière cette lutte, un enjeu démocratique crucial : la protection des citoyens face aux crises écologiques et sociales.
Entre deux arbres de la place des Invalides à Paris, une large banderole s’impose : « Gouvernement sous influence, agences en résistance ». Autour d’elle, un front commun inédit. Salariés et syndicats de plusieurs agences publiques sanitaires et environnementales se sont rassemblés ce jeudi pour exprimer leurs inquiétudes qui pèsent sur leurs structures, évoquant un « danger de mort » pour leurs missions de service public.
La liste des organismes représentés est longue : Santé publique France, l’Agence de transition écologique (Ademe), ou encore les Conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE) et l’Office français de la biodiversité (OFB). Tous partagent le même constat alarmant d’une baisse continue des moyens financiers et humains, formalisé depuis novembre 2025 par des représentants CGT au sein du collectif intersyndical « Agences en lutte ! ». D’autres collectifs de salariés se sont formés par la suite.

Mainmise politique


Au cœur des revendications figure la perte progressive d’autonomie et d’indépendance scientifique vis-à-vis de l’État. « C’est l’État qui a créé ces structures dans une volonté de déléguer et de fluidifier, et au final ils veulent recentraliser », s’insurge Didier Gabarda Oliva, délégué syndical CGT de l’Agence de la transition écologique (Ademe). Cette reprise en main politique suscite de profondes inquiétudes quant à l’expertise scientifique en pleine crise écologique.


L’Ademe a échappé de justesse à une réorganisation avec les services de l’État. Le projet de loi du gouvernement visant à renforcer l’État local et sur la déconcentration et décentralisation devait rattacher les antennes régionales de l’Ademe aux services de l’État avec les Directions régionales de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (Dreal), chargés du pilotage et la mise en œuvre régionale des politiques de développement durable. Le gouvernement a annoncé le 25 juin dernier renoncer à réformer l’Ademe.
Didier Gabarda Oliva se dit « rassuré », mais reste « vigilant » à l’horizon du projet de loi de finances pour 2027 : « Le gouvernement économisera sûrement auprès des agences ».

Des organismes mis à la diète budgétaire


Les agences en lutte fragilisées protègent pourtant les citoyens au quotidien. Créé en 2023 pour financer des projets pour accélérer la transition écologique auprès des collectivités territoriales, le Fonds vert, géré par l’Ademe, a vu son budget réduit de 20 % au début du mois de juin. Cette enveloppe, qui permet aux collectivités d’adapter les écoles, les hôpitaux et les Ehpad au réchauffement climatique, subit une baisse continue, son budget ayant été « divisé par deux en l’espace de trois ans », selon Didier Gabarda Oliva.
Les agents de Santé publique France (SPF) en grève ce jeudi sont aussi en première ligne. Valérie Deschamps et Florence de Maria, employés de SPF sont présentes au rassemblement pour défendre « l’indépendance scientifique » et les « droits des citoyens ». Depuis plusieurs mois, le gouvernement a pris la décision de transférer les campagnes de communication de prévention de SPB vers le ministère de la Santé. Cependant, le « cadrage n’est pas clair », explique une salariée de Santé publique France.


Elle décrit un « énorme embouteillage » sur les prises de décision de diffusion des campagnes, qui doivent être validées par le service communication du Premier ministre. La campagne de communication sur les fortes chaleurs a donc été lancée en retard et certaines actions envisagées n’ont pas pu être mises en place, alors que la France vivait un épisode de canicule historique.
« Il faut que les campagnes de communication soient scientifiques et non pas dictées par des impératifs politiques », affirme Valérie Deschamps, employé depuis vingt ans de Santé publique France. Les campagnes de prévention sur les paris sportifs et sur le tabagisme ont également été bloquées.

Un « démantèlement catastrophique »


D’autres agents sont venus en nombre, ceux des Conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE). Ces organismes locaux ont pour mission de conseiller gratuitement ou à moindre coût, les mairies ou les particuliers pour les aider à intégrer les questions environnementales dans leur projet. « Si nous disparaissons demain, la qualité de la vie des individus va diminuer », affirme Marine, employée d’un CAUE. Pourtant, les CAUE font l’objet de menaces sur leur existence même.
En cause ? La réforme de la collecte de la taxe d’aménagement en 2022. Les syndicats dénoncent une multiplication des licenciements et la fermeture de plusieurs CAUE en quelques années. Un « démantèlement catastrophique » pour des communes rurales qui n’ont pas forcément de « service d’ingénierie », explique Elisabeth Dousset, employée au CAUE du Val-d’Oise.
Des élus de la France insoumise sont venus soutenir les agents rassemblés, ainsi que la Confédération paysanne. « Nous continuons à maintenir la pression et à montrer qu’on existe », s’enthousiasme Didier Gabarda Oliva.

 

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