PCF : OUVERTURE DU CONGRES DU PCF IMPRESSIONS

Publié le par FSC

par Danielle Bleitrach

Pour une véritable analyse, nous attendrons les commentaires de Franck Marsal sur le congrès c’est pourquoi nous nous contentons dans ce bref article de donner quelques impressions à partir des discours d’ouverture et en particulier celui de Fabien Roussel que nous publions en fin d’article.

1- Un parti qui poursuit sa transformation et l’esprit de « conquête » vers ceux qui ne croient plus en la politique.

Le discours de Fabien Roussel en ouverture du Congrès a beaucoup d’aspects positifs en particulier une réelle volonté d’en finir avec la politique politicienne, les empoignades stériles dans le landernau politique et une toute nouvelle fermeté dans le rappel de ce qui caractérise les communistes, le refus des tendances et la nécessité pour tous les militants d’oeuvrer tous ensemble à la réalisation de la ligne tracée par le Congrès. Cette véritable démocratie des communistes qui fait qu’ils comptent tous pour un et ne se rangent pas dans des factions dans lesquelles le « chef » compte plus que la conviction fruit de la réflexion collective, a connu un début de mise en oeuvre et cela se sent. On sent la volonté de retrouver la spécificité de ce parti, la force du collectif dans lequel chacun est responsable . C’est un début, même si on sait à quel point la juste proposition de Fabien Roussel de ne pas constituer des délégations et des directions de fédération, de section sur la base de tendance a été et reste un voeux pieux dans le parti tel qu’il a été liquidé de fait depuis des décennies. De ce point de vue les communistes devront longtemps encore se battre parce que l’on ne transforme pas rapidement ce qui a été détruit et est devenu une seconde nature qui divise et décourage les bonnes volontés, détruit même bien des jeunes adhérents et qui correspond à ce que toute la société française considère comme la politique.

Mais il est bon de rappeler que le parti communiste devrait être différent pour partir à la conquête d’un électorat qui a perdu confiance en la politique. En outre malgré ou à cause de la fermeté c’est un discours qui laisse ouvert les débats du congrès. C’est ce que portait le discours de fabien Roussel et c’était le meilleur.

Sur deux points, mais il s’agit d’impressions et non du débat du Congrès, le chemin nous parait encore long et sur lesquels il faut donc insister pour que le parti communiste retrouve sa spécificité dont nous avons dit que la France, la classe ouvrière, les couches populaires avaient un besoin urgent.

Il y a ce qui tire en arrière.

discours d’ouverture et en particulier celui de Fabien Roussel que nous publions en fin d’article.

2- mener les campagnes électorales sans être un parti d’élus..

Le premier point est malheureusement difficile à éviter à savoir la nécessité pour les communistes de se lancer dans une bataille électorale, celle des présidentielles mais avec en filigrane celle des législatives avec la nécessité affirmée de conserver un groupe, qui pose déjà problème avec son aspect hétéroclite et son dirigeant qui Stéphane Peu qui ouvertement a choisi de voter Mélenchon et prétend entraîner la fédération de la Seine saint Denis et d’autres particulièrement bien représentées au congrès et au-delà du vote des adhérents parce qu’ils se sont déjà construits en tendance.

Alors que ce qui s’imposerait, selon nous, est de construire un vrai parti communiste en particulier dans les entreprises et établissement et la formation des militants, l’organisation. Le danger et il semble que l’on retrouve dans les délégations au Congrès dans les propositions au Conseil national mais dans toutes les instances c’est le poids des élus dans les cadres aux dépens des syndicalistes. On sait que c’est une tradition française qui combine aisément le syndicalisme révolutionnaire – qui se veut indépendant des partis et ne voit que la « grève générale » – avec les compromis électoraux à la Millerand. Le parti de Maurice Thorez s’est constitué en intégrant ces deux courants et en traçant une perspective politique qui les oblige à oeuvrer ensemble, alors que le parti était divisé en deux irréconciliables dans les années trente, il faut savoir sur ce plan là tirer les leçons d’écueils qui ont déjà été affrontés sans en rester là parce que le contexte n’est plus le même en particulier en ce qui concerne le mouvement du capital.

Aujourd’hui c’est le problème de ces élections à répétition, dans un contexte grandissant de désaveu de la politique et de la gauche, nous ne sommes pas menacés par le « réformisme » traditionnel mais par une formidable régression d’un impérialisme en crise profonde et face auquel la défense de la nation souveraine s’impose. Le danger devant cette « guerre prolongée » que mène partout l’impérialisme que Fabien Roussel dans son discours limite à Trump est soit de considérer que c’est seulement à cause de la traitrise interne que l’on ne peut pas mobiliser , ça c’est le gauchisme, soit de considérer que l’on a perdu d’avance et qu’il faut anticiper les compromis, ça ce serait le choix une fois de plus de « l’étrange défaite », il faut revenir à la réalité et mesurer ce qui fait obstacle et les atouts.

Dans des élections on a beaucoup plus de difficulté à refaire le terrain, les rapports de force on est contraint de les utiliser tels qu’ils sont en particulier une conception de la gauche qui ne correspond pas aux défis réels auxquels nous sommes confrontés. C’est pour cela qu’il faudrait porter une attention particulière aux cadres du parti en forçant sur la représentativité du monde du travail. Le discours de Fabien Roussel témoigne d’une certaine lucidité sur l’état de cette gauche, sa marginalisation et la reconquête que seul un parti communiste peut opérer. Ce qu’il défend en France le parti pris du travail, de la paix est un langage nouveau mais pour cela il faut aussi un parti nouveau même et surtout dans les élections. En poussant cette lucidité, la meilleure méthode serait de concevoir des campagnes électorales d’un type nouveau adaptée aux choix du Congrès, il y a eu dans ce domaine quelques avancées avec les municipales, il faudrait que le Congrès pousse cette analyse plus loin que les quelques pistes tracées par le discours introductif avec moins d’idéologie et plus de théorique dans l’analyse des expérience concrètes. Il faut avoir le courage de mener des campagnes électorales sans continuer dans la logique antérieure: un parti d’élus.

discours d’ouverture et en particulier celui de Fabien Roussel que nous publions en fin d’article.

3 - les formes contemporaines du fascisme dans la crise de la domination unipolaire occidentale: éviter le « juste milieu » et l’impossible statu quo.

Le second point est le vrai problème, il concerne la politique internationale toujours aussi peu convaincante et parfois contradictoire : l’avantage de la position assez floue adoptée par Fabien Roussel c’est qu’elle laissait les portes ouvertes aux débats du congrès. Le défaut est que ce qui dans ce cas apparaissait était une position du « juste milieu », en fait le choix du statu quo parce qu’il y a un défaut de compréhension de formes du fascisme contemporain, les forces du capital son divisées, et elles sont en pleine régression néo coloniales face au monde multipolaire avec un refus des exploités de continuer comme avant .

Comme le notent dans un des articles que nous publions les chrétiens italiens à propos de la prescience de Fidel Castro : le fascisme ne se présente plus nécessairement sous les formes historiques du XXe siècle, mais adopte de nouvelles configurations politiques, économiques, médiatiques, voire institutionnelles. Les expressions de la contre-révolution, disait Fidel, changent de langage, d’instruments et de protagonistes, mais leur fonction demeure intacte : défendre la domination du capital contre toute tentative d’émancipation du peuple.

Si l’on comprend cela on ne joue pas l’arbitre des élégances devant les affrontements en limitant la situation en Iran à une critique très superficielle de la manière dont les mollahs s’en prennent aux femmes. Ou encore un renvoi dos à dos Ukraine et Russie… Les formes contemporaines du fascisme faute de la prise en compte du monde multipolaire ainsi ignorées, Il y a de ce fait un manque de cohérence dans les positions internationales, et j’ose le dire une incompréhension profonde de ce qui se passe en Iran, et en Ukraine, au Moyen Orient en Eurasie, mais même à Cuba où pourtant le soutien ne se ménage pas, mais il y a plus de solidarité que de compréhension politique. Fort heureusement il y a eu l’intervention d’André Chassaigne qui a exactement pointé l’insuffisance de conviction politique, la solidarité avec Cuba ne suffit pas, il faut que l’on comprenne ce qui est totalement absent de la vision de la commission internationale à savoir qu’en nous battant aux côtés de Cuba les communistes se battent contre le fascisme qui menace chez nous. Leur conception de la paix, la capacité de mobilisation du parti s’en trouvent amoindrie.

4- Retrouver la force de l’histoire des communistes pour construire l’avenir à partir de la réalité actuelle et sans s’enfermer dans le passéisme.

Comme nous le montrons dans une enquête que nous publions aujourd »hui : Une enquête mondiale a révélé que, dans la plupart des pays, les citoyens perçoivent les États-Unis comme la plus grande menace pour le monde et préfèrent la Chine aux États-Unis. Ce sont les résultats de l’Indice de perception de la démocratie, soutenu par l’UE. Cette enquête est d’autant plus intéressante qu’elle émane de l’Alliance des démocraties, un organisme qui ne saurait en aucun cas être accusée d’être « pro-Chine » ou « anti-américaine ». Cette organisation a été fondée par Anders Fogh Rasmussen, ancien secrétaire général de l’OTAN et ancien Premier ministre danois de droite. Une autre question posée dans le cadre de l’enquête était de savoir si les gens pensaient que leur pays « allait dans la bonne direction » La France et l’Allemagne faisait partie des pays les moins optimistes. Ce malaise français a trait à la politique nationale mais celle-ci est de plus en plus dépendante des choix internationaux de surarmement et il y a urgence à ne pas rester bancal dans ce domaine : la crédibilité des propositions en dépend. Nous allons donc consacrer notre week end a exposer le véritable champ international dans lequel nous sommes contraints de prendre place et qui ne saurait se contenter d’un « juste milieu » moralisateur rêvant de statu quo dans tous les domaines.

La tentative de se réapproprier l’histoire du parti, du mouvement ouvrier risque de ne pas aller au-delà des célébrations si l’on reste à une vision passéiste de ce qu’est le fascisme contemporain, cela reste sans passion, sans âme et ne favorise pas les rassemblements nécessaires. Quand Fabien Roussel est convaincu il devient un excellent porte parole et représente ce parti de « type nouveau » d’où l’urgence d’avoir une conception plus large, plus contemporaine du champ de bataille, en finir avec les étroitesses.

– A suivre .en notant le fait caractéristique de la période, le silence total y compris du service public audiovisuel sur ce congrès et sur l’intervention de Fabien Roussel ce qui doit être pris en compte et l’est d’ailleurs en ce qui concerne la volonté de ce que représente un système de propagande quasi totalitaire qui s’est installé sur la France et qui cherche des challenges à la promotion de l’extrême droite. Ce que l’on désigne comme le vote utile, une preuve de plus s’il en fallait qu’il faut imposer un autre débat politique et il y a de multiples manières de le faire, toutes reposent sur une conception plus large du rassemblement dans lequel la souveraineté nationale est l’enjeu.

Il s’agit je le répète d’impressions de surface à partir de discours introductifs nous ne sommes pas encore au coeur du débat du congrès qui reste au niveau de ces débats introductifs ouverts et mon opinion est-il besoin de le répéter n’est pas celle d’une militante de ce parti mais celle d’une « sympathisante » qui a conscience de l’enjeu qu’il représente tout en s’interdisant de se substituer à un débat qui concerne au premier chef les militants et qui de ce fait s’intéresse en priorité au projet de ce 40 e congrès : la reconquête et la manière de faire revenir vers la politique au sens noble du terme ceux qui aujourd’hui la méprisent et s’en détournent ce qui fait le lit du fascisme. .Cette position reste d’observation en s’inspirant du métier de sociologue avec la conscience des temporalités multiples du changement social et du basculement geopolitique historique que l’humanité est en train de vivre. Un ébranlement qui ne laisse rien en état.

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