Guerre en Iran : Donald Trump rétablit le blocus du détroit d’Ormuz, les bombardements se poursuivent
Antoine Portoles
L'Humanité du 14 juillet 2026
La guerre au Moyen-Orient a repris de plus belle. Lundi 13 juillet, le président états-unien a annoncé le rétablissement du blocus naval des ports iraniens, et l’instauration d’une taxe de 20 % sur « la valeur de toutes les cargaisons transportées » sur le fret maritime passant par le détroit d’Ormuz.
Jusqu’où ira la nouvelle escalade entre les États-Unis et l’Iran ? Avec la reprise des hostilités la semaine dernière entre les deux belligérants, le protocole d’accord signé le 17 juin pour entériner le cessez-le-feu d’avril appartient définitivement au passé.
Empêtré dans une stratégie de la surenchère synonyme d’échec face au pouvoir iranien depuis le 28 février, Donald Trump a annoncé lundi 13 juillet le rétablissement du blocus naval des ports iraniens et l’instauration d’une taxe de 20 % sur « la valeur de toutes les cargaisons transportées » sur le fret maritime passant par le détroit d’Ormuz pour « couvrir l’ensemble des coûts nécessaires à l’accomplissement de la mission visant à assurer la sûreté et la sécurité de cette région du monde ».
Aucun détail n’a fuité quant à la faisabilité de la prise de contrôle du point de passage névralgique du commerce mondial et du péage maritime, si ce n’est que le commandement militaire états-unien en charge du Moyen-Orient (Centcom) a précisé dans la foulée qu’il serait effectif dès aujourd’hui à 22 heures, heure de Paris.
Soit un acte contraire au droit international, c’est-à-dire du principe de la liberté de navigation. L’Organisation maritime internationale a immédiatement réagi en rappelant dans une résolution que « le droit de passage en transit par les détroits servant à la navigation internationale ne devrait pas être menacé, entravé, empêché, restreint, compromis ou suspendu ».
Le trafic maritime paralysé
Exit le nucléaire iranien ou le changement de gouvernance à Téhéran : le locataire de la Maison-Blanche confirme à travers ses déclarations que le détroit d’Ormuz demeure la clé de voûte du conflit. Au risque de faire tanguer une fois de plus les cours des hydrocarbures, qui sont repartis à la hausse de près de 9 % et restent très volatils, puisqu’un tiers du pétrole mondial et environ 20 % du gaz naturel liquéfié (GNL) y transitent en temps normal.
Le trafic maritime a ainsi diminué de 52 % dans le passage entre vendredi et dimanche, selon Marine Traffic. Et la société de suivi maritime Kpler de compatibiliser seulement 14 navires ayant osé la traversée dimanche, dont la moitié était commerciaux.
Téhéran, qui n’autorise qu’un seul couloir de navigation le long de ses côtes, là encore en violation manifeste du droit international, a attaqué plusieurs bateaux près des côtes omanaises ces derniers jours. Mardi, au lendemain de sa réouverture depuis le début de la guerre, le Parlement iranien a justement commencé ses travaux sur un projet de loi portant sur le détroit.
« Nous restons fermes dans la défense de nos lignes rouges », a fait savoir Ebrahim Azizi, le chef de la commission parlementaire sur la sécurité nationale. Ce texte émane de la volonté du pouvoir iranien depuis plusieurs semaines de profiter de son avantage géographique pour instaurer un droit de péage sur le détroit.
Les bombardements se poursuivent au Moyen-Orient
Serait-ce par là-même une manière de répondre aux critiques qui ont essaimé parmi certains députés iraniens ? D’aucuns sont hostiles à toute négociation avec les États-Unis, quand d’autres s’en prennent ouvertement au président, Massoud Pezeshkian, et au chef de la diplomatie, Abbas Araghchi. En définitive, Donald Trump tente également de s’arroger le contrôle du détroit, alors qu’il n’en a nullement le droit.
Une tactique délétère condamnée avec fermeté à l’international. « Respecter les droits et intérêts légitimes des États riverains du détroit, et rétablir au plus tôt un trafic sûr et normal, constituent les aspirations communes de la communauté internationale », a indiqué Lin Jian, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. « Autrefois, on considérait cela comme de la piraterie », a dénoncé le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva.
Ce mardi, les bombardements se poursuivent de part et d’autre. L’armée bahreïnie a déclaré avoir intercepté plusieurs attaques iraniennes sur son sol, visant des installations dont un bâtiment hébergeant des soldats états-uniens. Même interception de missiles côté jordanien, sans victime à déplorer.
Les États-Unis ont eux pilonné plusieurs villes portuaires du sud de l’Iran, telles que Bouchehr et Bandar Abbas. En dépit de ce nouvel engrenage mortifère, Donald Trump a assuré qu’un accord était encore « possible » avec le pouvoir islamique. On savait depuis le début de la guerre le milliardaire républicain est en manque d’un véritable cap. On se demande désormais à quoi bon continuer d’agiter la possibilité d’un accord que chaque bombe et chaque drone font voler en éclats.
