L’armée israélienne reconnaît avoir tiré sur la voiture de Hind Rajab, une fillette tuée à Gaza en 2024

Publié le par FSC

Arthur Dumas
L'Humanité du 20 août 2026

 

Hind Rajab a été tuée par l'armée israélienne à Gaza en 2024.
© Stefano RELLANDINI / AFP

 

Plus de deux ans après sa mort, l’armée israélienne reconnaît enfin avoir tiré en direction du véhicule dans lequel se trouvaient Hind Rajab et sa famille alors qu’ils fuyaient la ville de Gaza. En parallèle, l’armée israélienne a annoncé l’ouverture d’autres enquêtes concernant les morts de plusieurs secouristes et travailleurs humanitaires dans l’enclave. Une manœuvre cynique supposée prouver qu’Israël est une « démocratie respectueuse du droit » selon son ministère des Affaires étrangères.


Sa voix avait fait le tour du monde. L’armée israélienne a admis mercredi 19 août que ses troupes avaient ouvert le feu contre la voiture où se trouvait Hind Rajab, tuée en 2024 à Gaza, et annoncé l’ouverture d’une enquête criminelle, après des investigations préliminaires sur cette affaire.
Le corps de Hind Rajab a été retrouvé dans une voiture criblée de balles à Gaza, plusieurs jours après que la fillette a été entendue pour la dernière fois, lors d’un long appel téléphonique désespéré avec le Croissant-Rouge palestinien, le 29 janvier 2024. Jusqu’ici, l’armée israélienne avait nié que ses troupes se trouvaient dans la zone où la fillette a été tuée.


Hind Rajab, âgée de six ans au moment de sa mort, avait appelé les services d’urgence depuis la voiture de sa famille, qui avait essuyé des tirs alors qu’elle tentait de fuir la ville de Gaza, en pleine avancée israélienne dans le nord du territoire palestinien. Son corps a finalement été retrouvé avec ceux de six membres de sa famille et de deux secouristes du Croissant-Rouge envoyés à sa recherche.
Les circonstances de la mort de la fillette avaient suscité une indignation internationale et des appels à l’ouverture d’une enquête indépendante. Les enregistrements originaux de son appel aux services d’urgence ont été intégrés au film nommé aux Oscars La voix d’Hind Rajab.

Le corps de la fillette retrouvé dix jours après sa mort


Un film qui a largement contribué à faire connaître cet événement à l’international. Comme le démontre une enquête publiée par Blast, l’histoire de Hind Rajab a directement suscité une vive émotion médiatique dans les pays anglo-saxons, mais pas en Europe. En France ou en Allemagne, son traitement médiatique a, au départ, plutôt illustré le double standard de la presse à propos des morts palestiniens.
Selon l’armée israélienne, l’examen des faits indique que les soldats ont « ouvert le feu sur un véhicule qui s’approchait d’eux en circulant contrairement aux consignes préalables » données aux habitants de la zone. « Cinq des passagers ont été tués et deux ont survécu : Hind Rajab et sa cousine Layan Hamada », a-t-elle indiqué.
À la suite de l’appel téléphonique aux services de secours, le déplacement d’une ambulance du Croissant-Rouge palestinien a été coordonné afin d’évacuer les victimes. « Cependant, à l’arrivée de l’ambulance sur les lieux, un obus a été tiré dans sa direction, entraînant la mort des deux ambulanciers qui se trouvaient à bord », explique l’armée.


Aux vues « des conclusions (de l’enquête préliminaire) et en raison de manquements présumés dans la coordination du déplacement de l’ambulance du Croissant-Rouge palestinien, il a été décidé d’ouvrir une enquête criminelle », affirme-t-elle. Les corps, dont celui d’Hind Rajab, ont été retrouvés dix jours après, une fois les chars israéliens partis de la zone.

D’autres enquêtes sur les morts d’humanitaires et de secouristes


Dans un profond cynisme, le ministère israélien des Affaires étrangères fait valoir que l’ouverture de cette enquête pénale démontrerait qu’Israël est une « démocratie respectueuse du droit » et attachée à l’État de droit. « Israël enquête de manière approfondie sur les allégations de mauvaise conduite, y compris dans le contexte de la guerre éprouvante menée contre les organisations djihadistes qui cherchent à le détruire », a-t-il affirmé. Pour rappel, le parlement israélien a, ces derniers mois, adopté une loi instaurant « la peine de mort pour les terroristes » qui ne cible en réalité que les Palestiniens.


Du côté de la Fondation Hind Rajab – une organisation basée à Bruxelles qui s’efforce de traiter les allégations de violations israéliennes à Gaza – on ne prête « aucune confiance » à l’enquête militaire israélienne. « Ces enquêtes annoncées, même si elles ont effectivement lieu, ne doivent pas être confondues avec une véritable avancée vers la justice », a souligné l’organisation dans un communiqué.


En parallèle, l’armée a aussi annoncé l’ouverture d’une enquête criminelle sur la mort de 15 Palestiniens en mars 2025, dont du personnel médical et un employé de l’ONU à Tal al-Sultan, dans le sud de la bande de Gaza. Elle avait à l’époque avait reconnu avoir tiré sur des ambulances et des véhicules de secours jugés « suspects ». L’agence humanitaire de l’ONU, OCHA, avait alors affirmé qu’après la mort des premiers secouristes, d’autres équipes venues à leur recherche avaient été successivement frappées.
Les corps avaient été retrouvés enterrés près de Rafah, à l’extrême sud de Gaza, dans ce que l’OCHA avait décrit comme une fosse commune. Comme à son habitude, l’armée israélienne affirme que six des victimes ont été identifiées comme membres du Hamas.

L’armée israélienne ne peut « pas enquêter de manière crédible sur sa propre conduite »


Concernant la mort de deux membres de l’ONG Médecins sans frontières (MSF) à Khan Younès en février 2024, il a été décidé de recommander des « mesures disciplinaires » contre les militaires impliqués.
« Il a été établi que les soldats avaient ouvert le feu dans un but militaire, sur une cible qu’ils avaient, au regard de ses caractéristiques et dans les circonstances décrites, considérée comme un objectif militaire », explique l’armée dans son rapport, jurant ne pas savoir au moment des tirs que « le bâtiment était un site connu de MSF ».
L’armée a par contre clos deux autres dossiers, sur des frappes ayant coûté la vie à deux employés de MSF qui circulaient dans un convoi en novembre 2023 dans la ville de Gaza et à sept employés de World Central Kitchen (WCK) en avril 2024. Les enquêtes préliminaires ont conclu qu’il « n’existait aucun soupçon raisonnable de comportement criminel ».


Une décision « injuste et douloureuse pour nous tous » pour le fondateur de WCK, José Andrés, qui a réagi dans un message publié sur X. L’ONG, basée aux États-Unis, a jugé cette décision « incompatible avec la réalité » et « profondément blessante ». Elle réclame l’ouverture d’une enquête menée par « une commission indépendante », estimant que l’armée ne pouvait « pas enquêter de manière crédible sur sa propre conduite ».

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