Les représailles de Trump contre la CPI n’ont qu’un but : protéger Netanyahou

Publié le par FSC

Rosa Moussaoui
L'Humanité du 20 août 2026

 

Les États-Unis n’ont jamais ratifié le Statut de Rome, le traité qui a créé la Cour pénale internationale (CPI) en 2002. Avec un si lourd passif de guerres illégales et de violations des droits humains, Washington redoutait sans doute de voir ses militaires, ses agents et ses responsables politiques traduits devant la justice internationale. Au cours de son premier mandat, Donald Trump avait tiré une première salve contre cette juridiction : la CPI avait alors renoncé, sous la menace, à enquêter sur des actes de torture commis par des militaires états-uniens en Afghanistan. L’offensive en cours est d’une tout autre ampleur.

La Maison-Blanche a donné en 2025 le signal de cette nouvelle campagne de représailles, avec un décret présidentiel autorisant des sanctions contre les magistrats impliqués dans des enquêtes visant des ressortissants américains ou ceux d’États alliés comme Israël. Des opérations d’intimidation, de surveillance et de renseignement sont venues compléter ce dispositif de coercition digne des hors-la-loi du Far West. Une ligne rouge a encore été franchie, le 18 août, avec les sanctions prises contre la présidente de la CPI, la Japonaise Tomoko Akane, et contre le Sénégalais Abdoulaye Seye, substitut du procureur.

Ces attaques n’ont qu’un but : entraver, étouffer et enterrer l’enquête ouverte pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité à Gaza, qui a donné lieu à la délivrance en 2024 d’un mandat d’arrêt contre le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou. Reconnaissant, celui-ci salue « les efforts résolus de l’administration Trump contre les abus illégitimes de la CPI », tandis que le secrétaire d’État Marco Rubio vilipende une institution « politisée » et « malveillante », dont les enquêtes seraient attentatoires à la « souveraineté » des États-Unis et de leurs satellites.

Le propos résonne comme une mauvaise plaisanterie, venant d’un État qui a fait des changements de régime, des guerres « préventives », des menaces d’annexion, des sanctions extraterritoriales et des prisons secrètes les instruments ordinaires de sa politique étrangère, jusqu’au rapt d’un chef d’État. Les crimes commis par les États-Unis depuis 1945 mériteraient à eux seuls un tribunal mondial. Las, cet État s’arroge le droit de juger le monde entier tout en refusant obstinément d’être jugé.

L’ardeur que manifestent aujourd’hui Donald Trump et Benyamin Netanyahou dans leur croisade contre le droit international est celle de malfaiteurs en quête d’impunité.

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