De quoi faire rêver la presse financière. « Shift & Grow » (changer et grandir), la feuille de route pour 2030 présentée en juillet par le directeur général du groupe Sodexo, promet croissance, compétitivité, simplification… Avec, à la clé,« une croissance annuelle de l’activité supérieure à 5 % ainsi qu’une marge d’exploitation de plus de 5 %, contre une fourchette de 3,2 % à 3,4 % attendue pour l’exercice en cours ». Ce qu’il omet alors, c’est que cette politique qui permettra de maintenir la distribution de dividendes à hauteur de 50 % du résultat se fait au prix du limogeage de plus de 1 000 salariés en France.
« Alors qu’en mai, l’entreprise évoquait une rupture conventionnelle collective (RCC) portant sur 90 salariés, elle a finalement annoncé un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) beaucoup plus important, avec 963 suppressions de poste, auxquelles s’ajoutent 143 à 146 postes au siège de la holding, soit plus de 1 000 emplois concernés en France », précise Gilles Sevilla, délégué central CGT de Sodexo. Pour lui, cette restructuration ne répond à aucune difficulté économique. Il rappelle que le groupe affiche« une croissance supérieure de 2 % aux attentes et réalise 600 à 700 millions d’euros de bénéfice net après impôts ». Pour lui, l’objectif exclusivement boursier ne fait aucun doute :« Ils ne s’en cachent même pas, tout cela ne vise qu’à améliorer les marges et à gaver les actionnaires. C’est la version la plus brutale que l’on puisse trouver du capitalisme. »
Celle-ci s’incarne en la personne du directeur général, Thierry Delaporte, en poste depuis moins d’un an, arrivé auréolé de la préparation d’un plan de réduction de 7 % des effectifs en France de Capgemini où il œuvrait avant.
Recours à l’intérim
Pour les salariés de Sodexo, qui avaient déjà connu un plan de licenciement en 2020, avec la suppression de plus de 2 000 emplois à la suite de la crise du Covid, l’inquiétude est grande.« D’autant qu’on ne connaît pas encore le détail des postes visés », précise Gilles Sevilla. Il redoute un impact sur les fonctions support, comme les secrétaires ou les assistantes de direction, estimant qu’une réduction des effectifs opérationnels serait difficilement soutenable, au vu du recours massif à l’intérim,« notamment dans la région Paca-Languedoc-Roussillon où la facture atteint 700 000 euros par mois ».
Face à cette annonce brutale, la CGT rappelle que,« derrière les chiffres, il y a des femmes et des hommes qui travaillent chaque jour, qui font vivre l’entreprise et qui ont contribué à ses résultats ». Le syndicat annonce son intention de combattre le projet tout au long de la procédure de consultation et de négociation.« On pense aussi à ceux qui vont rester avec une surcharge de travail automatique », assure Gilles Sevilla, bien décidé à contrer cette décision des dirigeants de la multinationale connue pour la restauration collective, mais aussi propriétaire de bateaux parisiens, des restaurants de la tour Eiffel avec les chefs étoilés Frédéric Anton et Thierry Marx, et d’établissements tels que le Lido, cédé en 2021 au groupe Accor.