Lits au sol, enfants mélangés aux adultes, mesures d’isolement excessives… le rapport choc des urgences psychiatriques francilienne

Publié le par FSC

Nadège Dubessay
L'Humanité du 10 septembre 2026

Recours « fréquent et régulier » à l’isolement des enfants et des conditions d’hospitalisation « portant atteinte aux droits des patients mineurs et de leur famille ».
© IMAGO/Rüdiger Wölk

 

Des patients contraints dormir sur le sol, des mineurs hospitalisés avec des adultes… Le rapport de la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté rendu public ce jeudi 10 septembre dénonce la saturation qui frappe les urgences psychiatriques de grands hôpitaux parisiens.
Un constat accablant. Dans des « recommandations en urgence » publiées ce jeudi, la contrôleure générale des lieux de privation et de liberté (GGLPL) dénonce de « graves dysfonctionnements » au sein de la prise en charge des urgences psychiatriques et Île-de-France.
Menées début juillet, des inspections surprises au cœur d’établissements hospitaliers phares de la région parisienne – parmi lesquels Sainte-Anne, Cochin, Henri-Mondor ou encore l’hôpital pédiatrique Robert Debré – révèlent une dérive alarmante. La saturation systémique y met quotidiennement en péril les droits fondamentaux et la sécurité des patients les plus vulnérables.

 


Une prise en charge sous le poids de la saturation


Faute de lits disponibles en aval et face à une pénurie structurelle de personnel, les services d’urgences de la région subissent un engorgement chronique et étouffant. Les chiffres avancés par le rapport font froid dans le dos : à l’hôpital Sainte-Anne, 60 % des patients attendent plus de 13 heures avant d’obtenir une orientation, et un sur cinq reste bloqué plus de 48 heures dans les couloirs des urgences.
Une attente interminable qui se déroule dans des conditions matérielles que la contrôleuse qualifie de « contraires à la dignité humaine ». Le rapport décrit des scènes choquantes : « des malades en crise contraints de s’allonger sur le sol des couloirs durant la nuit, faute de brancards ». Ses auteurs observent que « l’intimité y est inexistante, la promiscuité totale ». Le tout « dans un environnement de bruit permanent et sous une lumière artificielle constante. » À cela s’ajoute « un accès rudimentaire à l’hygiène des patients restant parois plusieurs jours sans pouvoir se laver ou changer de vêtements, ce qui aggrave considérablement leur détresse psychologique initiale ».

Dérives juridiques et détentions arbitraires


Au-delà, l’autorité indépendante pointe aussi des atteintes manifestes et répétées à la légalité. Le rapport indique que de nombreux patients devant être hospitalisés sous contrainte sont maintenus pendant des jours dans une situation de « rétention arbitraire » au sein des urgences, « en dehors de toute procédure légale et sans que le juge des libertés et de la détention puisse exercer son contrôle obligatoire ».
Les enquêteurs ont également constaté que le recours aux mesures d’isolement et de contention – qui doivent légalement rester des exceptions de dernier recours – s’effectue trop souvent de manière informelle, « sans cadre légal ni traçabilité médicale stricte ». Des patients se retrouvent ainsi attachés ou enfermés dans des pièces non adaptées, faute d’un manque de surveillance humaine disponible.

Le naufrage de la pédopsychiatrie


Le constat n’est guère plus reluisant pour les mineurs. La pénurie criante de pédopsychiatres et de structures spécialisées en Île-de-France brise toutes les barrières de protection de l’enfance. Faute de lits disponibles, des adolescents et des enfants en crise sont régulièrement hébergés au milieu d’adultes souffrant de pathologies lourdes. « Cette cohabitation forcée engendre une insécurité chronique pour ces jeunes patients, exposés à des scènes de violence ou de délire psychiatrique aigu. »
Devant ce triste tableau, la CGLPL exige du gouvernement et des autorités sanitaires des réponses immédiates. Elle appelle à un plan d’urgence budgétaire pour réhabiliter la pédopsychiatrie francilienne, à l’ouverture immédiate de lits d’aval et l’application stricte d’alternatives aux mesures coercitives, « pour que l’hôpital psychiatrique cesse d’être un lieu de maltraitance institutionnelle. »

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article