Arrestation d’un lycéen en plein cours à Gennevilliers : les professeurs dénoncent une « coopération sans négociation »

Publié le par FSC

Elora Mazzini
L'Humanité du 14 octobre 2026

La semaine dernière, un adolescent a été interpellé dans l’enceinte du lycée Galilée de la commune des Hauts-de-Seine, alors que la situation ne présentait aucune urgence. Pour les enseignants, le personnel de la vie scolaire et les parents d’élèves, une ligne rouge a été franchie.
Accusé d’avoir tiré un feu d’artifice avant le début de ses cours, mercredi 7 octobre vers 8 heures, un élève a été interpellé dans l’enceinte du lycée Galilée de Gennevilliers, puis placé en garde à vue. Mais l’interpellation s’est déroulée plusieurs heures après l’événement, en début d’après-midi. Il était alors en cours d’espagnol, dans sa salle de classe. « La situation ne présentait aucune urgence », déplorent Maria et Camille (
Les prénoms ont été modifiés), tous deux enseignants au lycée Galilée.
Plus que l’arrestation en elle-même, c’est la méthode qui est dénoncée. Notamment parce qu’un assistant d’éducation (AED) qui ignorait l’intention des policiers a été dépêché pour conduire l’adolescent à la vie scolaire.


« Le fait qu’un AED vienne chercher un élève en cours, c’est quelque chose de normalement anodin. Il a laissé ses affaires en classe, il n’avait aucune idée de ce qui se passait », décrit Maria, inquiète que les lycéens associent désormais les venues des personnels dans leurs salles à de potentielles arrestations. « La relation entre les adultes et les élèves est gravement atteinte », ajoute-t-elle.

Identifié grâce au trombinoscope


Dans un communiqué publié sur Instagram le jour même, des professeurs abondent : « Les CPE ne sont pas des auxiliaires de la police. » C’est en effet la proviseure qui a demandé aux conseillères principales d’éducation présentes ce matin-là de remettre les trombinoscopes de l’établissement scolaire aux policiers pour leur permettre d’identifier l’élève responsable de l’infraction.


Contacté à ce sujet, le rectorat de Versailles répond sommairement : « Il arrive que les forces de l’ordre demandent la communication d’informations ou de documents permettant l’identification d’un élève aux collèges ou lycées dans le cadre d’une réquisition judiciaire, (…) lors d’une situation de flagrance ou dans le cadre d’une enquête préliminaire. »
Or, la situation en question ne présentait pas de flagrant délit. Quant à savoir si la police disposait bien d’un document stipulant une réquisition judiciaire, la proviseure n’a pas répondu aux sollicitations de l’Humanité.

Indignation et manque d’explications
« Ces faits sont inacceptables », a également réagi sur X la conseillère régionale communiste Céline Malaisé. Indignés, les représentants de parents d’élèves ont été reçus le lendemain, jeudi, par la direction de l’établissement, qui leur a affirmé n’avoir pas eu le choix de laisser la police consulter le trombinoscope.
Mais les professeurs, eux, n’ont bénéficié d’aucune communication officielle de l’établissement, malgré un courriel adressé à la proviseure resté sans réponse. Silence radio.


Ils dénoncent une « coopération sans négociation » de la part de l’établissement scolaire. Pour Maria et Camille, « la police aurait pu appeler les parents, ou les convoquer au commissariat, s’ils avaient son identité. Il y a une ligne de franchie, et une confusion des genres entre les institutions. Le lycée doit être un lieu refuge ».

Des interpellations arbitraires le même jour


À ce jour, les enseignants dénombrent 12 interpellations d’élèves scolarisés dans le lycée depuis le début du mouvement lycéen, le plus souvent en marge du parvis de Galilée ou dans des ruelles. « Très souvent, leurs droits fondamentaux ne sont pas respectés. On leur dit que le recours à un avocat allongerait leur garde à vue. Le fait qu’on vienne les chercher sans leurs responsables légaux fragilise leurs conditions d’interpellation. »


Par ailleurs, le matin des faits, plusieurs lycéens ont subi des interpellations arbitraires et violentes, à l’image de Mehdi (Le prénom a été modifié.). « Un tir de mortier a retenti, j’ai couru pour me mettre à l’abri. Deux policiers sont arrivés en courant, l’un d’eux m’a asséné un coup de poing sans sommation. On m’a menacé et intimidé avec un torrent d’insultes racistes », décrit-il, bouleversé. Le garçon a été innocenté plus tard, lors du visionnage des caméras de vidéosurveillance, après plusieurs heures de garde à vue.
Dans cet établissement où la grande majorité des élèves sont racisés, nombre d’entre eux ont signalé des gardes à vue arbitraires, extrêmement violentes, ponctuées d’humiliations et de propos sexistes et racistes. Si aucune saisie de l’IGPN n’a été annoncée à ce jour, plusieurs élèves ont pris contact avec des avocats.


L’adolescent interpellé en classe est quant à lui resté en garde à vue jusqu’à jeudi soir, 22 heures, soit plus de 24 heures après son interpellation. Il a finalement été libéré après être passé devant le juge des libertés, et comparaîtra devant le juge des enfants au mois de décembre.

Photo: Le lycée Galilée situé dans le quartier des Grésillons à Gennevilliers.
© Mario Fourmy/ABACAPRESS.COM

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