NUCLEAIRE : l'enjeu décisif des qualifications et de la réinternalisation

Publié le par FSC

France Bleu Drôme Ardèche

 

Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT, est venue visiter le site nucléaire du Tricastin dans la Drôme ce jeudi 28 septembre 2023. Les installations d'Orano puis la centrale EDF. Elle insiste sur la nécessité de maintenir les compétences dans ce secteur industriel.

Sophie Binet 

 

Je suis venue le visiter parce qu'ici on a des savoir-faire de pointe et que les salariés m'ont fait part de l'enjeu majeur de maintenir ces qualifications et de travailler notamment à réinternaliser. On est sur des entreprises où il y a quasiment la moitié des effectifs qui sont externalisés dans des entreprises sous-traitantes, ce qui pose énormément de problèmes en terme de qualifications, de savoir-faire et même de sécurité. J'ai donc pu me rendre compte de l'enjeu et puis de l'ampleur des compétences et des savoir faire dont on dispose.

 

Le Tricastin n'a pas été retenu pour accueillir les tout prochains nouveaux réacteurs EPR. Il faut faire encore des vérifications techniques sur le site après séisme du Teil. Est ce que les salariés de la centrale vous ont fait remonter des inquiétudes là-dessus ? Sont-ils inquiets de l'avenir du nucléaire sur le site du Tricastin?

 

Sophie Binet 

 

Non, ils ne sont pas inquiets de ça puisque, a priori, ils ont eu les autorisations pour prolonger l'exploitation de Tricastin, en tout cas sur la première tranche. Et le reste est en cours. Par contre, ce dont ils m'ont fait part, c'est de leur inquiétude sur les difficultés de recrutement et de maintien des qualifications. Un certain nombre de salariés vont partir dans les prochaines années à la retraite avec énormément de savoirs et de savoir-faire. Et donc la nécessité là, très vite, c'est de recruter des jeunes pour faire ces transmissions de savoirs et savoir-faire. Et encore une fois, il y a cet enjeu de réinternaliser des compétences qui ont été beaucoup trop externalisées et qui fragilisent les savoir-faire industriels.

 

L'intersyndicale appelle à une mobilisation le 13 octobre pour les salaires et contre l'austérité. Vous pensez qu'il y aura du monde dans la rue ? Le soufflé n'est pas retombé depuis la mobilisation contre la réforme des retraites ?

 

Sophie Binet 

 

La colère sur l'insuffisance de pouvoir d'achat et la faiblesse des salaires, elle est extrêmement forte parce qu'il y a de plus en plus de travailleuses et travailleurs qui, bien qu'ayant un travail, ne peuvent plus en vivre. Les denrées alimentaires sont de plus en plus chères, les prix de l'électricité s'envolent. Et donc, oui, il y a besoin d'augmenter les salaires. C'est la raison pour laquelle nous appelons à manifester le 13 octobre.

 

Et puis c'est aussi l'occasion de revendiquer l'égalité entre les femmes et les hommes puisque je rappelle que les femmes sont toujours payées 25 % de moins. Et donc nous demandons à ce que les entreprises qui discriminent soient sanctionnées. À ce que les métiers féminisés soient revalorisés. À ce que les temps partiels courts cessent de façon à ce que les femmes et les hommes soient enfin payés au même salaire quand ils et elles font un travail de valeur égale.

 

Mais sur le pouvoir d'achat, vous ne sentez pas qu'il y a une forme de résignation ?

 

Sophie Binet 

 

C'est ce qu'on nous dit à chaque fois. Sur la question des retraites, on nous disait qu'il y avait une résignation. Au final, la mobilisation a duré six mois, avec un nombre de manifestants et de manifestantes inégalé. Sur le pouvoir d'achat et sur les salaires, la colère est énorme parce que les difficultés sont grandissantes chaque jour et parce qu'il y a le sentiment que le travail n'est plus reconnu. Donc la mobilisation est très importante, le 13 octobre prochain, pour gagner des augmentations de salaire à tous les niveaux, au niveau de l'entreprise, au niveau de la branche et au niveau national.

 

Trois jours après, nous aurons la conférence sociale sur les salaires et la mobilisation du 13 octobre nous permettra d'avoir un rapport de forces pour exiger que le gouvernement impose enfin des mesures contraignantes aux entreprises. On entend beaucoup de grands discours, des effets d'annonce sans lendemain, comme par exemple l'histoire de la vente à perte des carburants avec des annonces qui font pschitt en 24 h. Le moyen de garantir le niveau des salaires, c'est d'indexer les salaires sur les prix. Nous allons aussi exiger que les pensions soient augmentées parce qu'il y a une perte de pouvoir d'achat très importante des retraités.

 

Sur les carburants, vous proposeriez quoi ? Vous attendez quoi en fait pour que la facture baisse? Est ce que l'Etat doit effectivement baisser les taxes sur le carburant ?

 

Sophie Binet 

 

Oui, en fait, il faut arrêter les gesticulations inutiles. On sait que la valeur ajoutée, elle se situe sur l'amont, pas sur l'aval. Les ventes à perte, de toute manière, ça aurait fait baisser au mieux de trois ou quatre centimes le litre, c'est à dire rien. Par contre, ce qu'il faut, c'est taxer les superprofits des pétroliers parce que les profits de Total, notamment, s'envolent. Et il faut de l'autre côté baisser la TVA qui pèse sur les ménages, notamment les ménages les plus modestes.

 

Et un nouveau chèque carburant 100 euros pour les travailleurs modestes en 2024, c'est de nature à aider ?

 

Sophie Binet 

 

C'est toujours 100 euros de pris mais ce n'est pas du tout à la hauteur par rapport aux besoins et par rapport aux problèmes de pouvoir d'achat des ménages. Donc c'est une cautère sur une jambe de bois. Et puis enfin, il faut investir dans les transports en commun, dans le transport ferroviaire, ce qui n'est pas fait de façon suffisante aujourd'hui.

 

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