Sanctionnez ENFIN la politique génocidaire de Netanyahou !

Publié le par FSC

REPRIS de : https://assawra.blogspot.com/2024/02/territoires-palestiniens-netanyahou-et.html

SOURCE : Mathieu Magnaudeix
Médiapart du 15 février 2024

 

Des Palestiniens se rassemblent devant une boulangerie pour acheter du pain à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 15 février 2024. © Photo Mohammed Abed / AFP

Vingt et un civils palestiniens demandent à l’Union européenne des sanctions contre Benyamin Nétanyahou et quatre de ses ministres en raison de « violations des droits humains » en Cisjordanie. Certains des plaignants témoignent auprès de Mediapart.

Le monde entier s’inquiète d’une intervention massive de l’armée israélienne à Rafah, déjà pilonnée par les bombes israéliennes tandis que s’y pressent plus de 1,4 million de Gazaoui·es dans des conditions humanitaires atroces.
Mais pendant que ce massacre se déploie sous nos yeux, un autre front de la guerre suscite lui aussi l’inquiétude.
Depuis le 7 octobre et les attaques du Hamas, plus de 380 Palestiniens ont en effet été tués par des colons ou des soldats israéliens en Cisjordanie occupée, et 4 200 autres blessés, selon le ministère de la santé palestinien. L’armée israélienne affirme par ailleurs avoir arrêté 3 000 Palestiniens en Cisjordanie en quatre mois.
Une flambée de violences si préoccupante que les États-Unis, le Royaume-Uni et, cette semaine, la France, ont annoncé des sanctions personnelles contre certains colons extrémistes.
De telles sanctions pourraient aussi être prises au niveau de l’Union européenne (UE). « Nous continuons de condamner fermement la violence des colons et de demander que les responsables soient tenus de répondre de leurs actes, indique une porte-parole de l’Union européenne, contactée par Mediapart. Les colonies sont illégales au regard du droit international. [...] Les travaux préparatoires concernant les propositions d’adoption de mesures restrictives à l’encontre des colons israéliens sont en cours. » Mais elles requièrent l’unanimité des États, un objectif semble-t-il impossible à atteindre à ce jour en raison de l’opposition de plusieurs pays, comme la Hongrie ou la République tchèque.
Malgré ce contexte politique européen peu favorable, vingt et un Palestiniens et Palestiniennes de Cisjordanie occupée, défendu·es par Sarah Sameur, une avocate parisienne, ont adressé une requête au haut représentant de la diplomatie européenne, Josep Borrell, pour exhorter l’Union européenne à adopter des sanctions en réaction aux « attaques violentes, arrestations arbitraires, tortures et mauvais traitements » qui ont explosé depuis le 7 octobre en Cisjordanie.
Des faits qui, comme l’ont documenté de façon répétée les Nations unies et de nombreuses ONG, se produisent depuis des années, à mesure que les colonies israéliennes illégales se sont multipliées au mépris du droit international.
« La dimension abyssale des crimes commis à Gaza a masqué nombre d’autres crimes commis en Cisjordanie [...] dans le contexte de l’apartheid et de la persécution de la population palestinienne », détaille la requête de 60 pages envoyée le 11 février à Josep Borrell, que Mediapart a pu consulter. Elle décrit une « vague inouïe d’attaques et de violations flagrantes des droits humains » des Palestiniens de Cisjordanie, qui « constituent des crimes contre l’humanité et, possiblement, un génocide ».
Selon ces vingt et un civils palestiniens, les sanctions doivent cibler non pas les colons ou les militaires israéliens, mais le premier ministre Benyamin Nétanyahou lui-même, ainsi que ses ministres de la défense, Yoav Gallant, des affaires stratégiques, Ron Dermer, de la sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, et des finances, Bezalel Smotrich, pour « leur implication dans des crimes et de graves violations des droits humains ».
Figures de l’extrême droite au pouvoir en Israël, Ben-Gvir et Smotrich, tous deux eux-mêmes colons extrémistes, sont ouvertement opposés à la présence palestinienne en Cisjordanie et proposent d’évacuer les Palestinien·nes de Gaza. Quant au ministre de la défense israélien, Yoav Gallant, il a qualifié les habitant·es de l’enclave d’« animaux humains ». Des propos relevés, avec ceux d’autres dirigeants israéliens, par les défenseurs de l’Afrique du Sud qui ont plaidé devant la Cour internationale de justice (CIJ) qu’un génocide était en cours à Gaza.
« Cibler les colons aurait eu un impact extrêmement limité, explique l’avocate Sarah Sameur à Mediapart. Nous voulions une action rapide, car il y a urgence. Par ailleurs, nos clients nous ont demandé de viser très haut car les dirigeants israéliens sont les véritables responsables politiques et juridiques. Ce sont eux qui donnent les ordres et les directives, en faisant fi de toutes les déclarations de la communauté internationale ou encore de la décision de la Cour de justice internationale », qui a considéré comme « plausible » la possibilité d’un génocide en cours à Gaza.


Pour l’heure anonymes, afin de protéger leur sécurité, ces plaignants et plaignantes vivent à Jénine, Ramallah ou Naplouse. Comme Mediapart a pu le constater en discutant en visioconférence avec plusieurs d’entre eux jeudi 15 février, ils et elles sont journalistes, fonctionnaires, femme au foyer. Ils vivent près de colonies illégales et expliquent avoir subi, depuis le 7 octobre ou auparavant, des arrestations, des brimades ou des violences de la part de soldats et/ou de colons israéliens. Certains ont vu leur maison détruite, dans le cadre de raids de l’armée, des opérations détaillées par des ONG depuis des années.

Raids et arrestations arbitraires


Le 6 février 2023, plusieurs mois avant les attaques du 7 octobre, une des plaignantes – Mediapart n’a pas pu recueillir son témoignage directement – a vu deux de ses fils se faire tuer dans un de ces raids de l’armée israélienne dans un camp de Cisjordanie.


« Les auteurs ont gardé le corps des victimes, la privant de la possibilité de les enterrer », précise la requête adressée au haut représentant de l’UE. Le même jour, d’autres proches, y compris son mari, ont été selon ses dires arrêtés et battus, et les femmes ont été interrogées dans une salle à part. Depuis ce raid, sa maison aurait été inspectée « cinq fois » par les soldats israéliens.
Quelques mois plus tard, le 3 juillet dernier, A., une femme vivant dans le camp de réfugié·es de Jénine, dit avoir vu des soldats israéliens arriver dans son quartier. Certains étaient des « snipers » et « visaient les maisons au hasard ». « Ils ont fait exploser ma maison, raconte A. à Mediapart. Je suffoquais, les soldats sont alors entrés chez moi, ils ont tout inspecté. Ils sont arrivés dans la pièce où nous étions avec ma sœur. Ils avaient un chien, et le chien m’a mordue à la main, les soldats se moquaient de moi, je pleurais. » Son calvaire dure vingt minutes. « Je saignais beaucoup. Mais je n’ai pas pu être soignée ni prendre mes médicaments pendant onze heures. J’en souffre encore aujourd’hui. »
D’autres plaignants témoignent d’arrestations administratives et arbitraires. Des pratiques anciennes et massives : en 2009, les Nations unies ont calculé que 700 000 Palestinien·nes, hommes, femmes et enfants, avaient été arrêté·es et détenu·es « pour des raisons de sécurité » depuis 1967 et le début de l’occupation israélienne.


Des pratiques systématisées depuis le 7 octobre, selon un récent rapport du haut-commissaire aux droits de l’homme des Nations unies, qui fait état de raids journaliers de l’armée en Cisjordanie et d’une soixantaine d’arrestations par jour au nom de la lutte antiterroriste.


O., un trentenaire vivant dans le camp de Jénine, ciblé par des raids réguliers et meurtriers de l’armée israélienne depuis le 7 novembre, dit avoir été arrêté le 5 décembre 2023. « Des soldats sont entrés, ont inspecté les maisons. Ils ont demandé les cartes d’identité. J’ai été battu, ils m’ont traîné comme si j’étais une vache », nous raconte-t-il. Menotté, les yeux bandés, O. dit avoir été amené dans deux autres camps où il a été détenu pendant quatre jours. « Les coups ont continué, de même que les insultes. Je suis resté à même le sol. Je n’avais pas le droit d’aller aux toilettes. C’était inhumain. Puis ils m’ont libéré. Ils ont gardé mon téléphone. »


N., elle, une habitante de Jérusalem-Est, a été arrêtée en octobre, après les attaques du Hamas. Elle avait été convoquée au poste de police pour des posts Facebook dont les autorités israéliennes ont considéré qu’ils constituaient un soutien au terrorisme.


Ses posts, rapportés par plusieurs médias, sont assurément d’un goût très douteux, mais ils n’appellent pas à la violence. Son avocat a défendu qu’ils s’inscrivaient dans le cadre de la « liberté d’expression ».
Devant la justice israélienne, N. a reconnu les avoir mis en ligne. « J’ai passé trois semaines en prison dans des conditions très difficiles, raconte-t-elle à Mediapart. On m’a craché dessus, on m’a insultée. Après ma sortie de prison, j’ai été menacée, et j’ai eu peur. Alors j’ai décidé de quitter le pays. »


Comme N., depuis le 7 octobre, de très nombreux Arabes, israéliens ou palestiniens, ont été visés par des arrestations, exclusions ou intimidations pour des propos tenus sur les réseaux sociaux, notait dès novembre 2023 le quotidien israélien Haaretz.

« Tortures et traitements inhumains »


La requête fait aussi mention de cas de « torture et de traitements inhumains ». H., un fonctionnaire, dit avoir été le témoin direct d’une attaque d’une « quinzaine » de colons « armés de fusils et de pistolets » sur une communauté bédouine de Cisjordanie le 11 octobre 2023, quelques jours après les attaques du Hamas.


Affolés, les habitants ont essayé de fuir, raconte H. Mais ils ont été frappés, pourchassés en voiture. H. dit ensuite avoir été frappé lui-même une dizaine de fois « sur les flancs et la tête ».
Un colon, raconte-il, a piétiné sa tête, « enterré [s]on visage dans la saleté » avant de le frapper à nouveau. Il dit avoir été également frappé par un soldat, qui aurait « déchiré tous [s]es vêtements, la chemise, le pantalon, les sous-vêtements, sauf le boxer ».
H. dit avoir échappé de peu à une tentative de viol au moyen d’un bâton. « J’ai résisté, dit-il à Mediapart. On a voulu me déshumaniser. On a voulu me tuer. »


« En témoignant, je veux exposer la brutalité des forces d’occupation israélienne, dit G., l’habitante du camp de Jénine à Mediapart. Je veux dire au monde ce qui se passe. Ils s’en prennent aux civils, aux femmes, aux enfants. »
« C’est un devoir d’exposer ces monstres qui prétendent être les personnes les plus morales du monde, abonde H., le fonctionnaire. Les leaders israéliens doivent être poursuivis par les tribunaux nationaux et mondiaux. »


Au nom des vingt et un·e plaignant·es, l’avocate réclame le gel des avoirs de Benyamin Nétanyahou et de ses ministres dans l’Union européenne, une interdiction de fouler le sol européen, et l’interdiction pour eux de recevoir des fonds en provenance de l’UE.
« Quand il s’est agi de prendre des sanctions en 2014 après l’invasion de la Crimée par la Russie, ou en 2022 après le déclenchement de la guerre d’agression russe en Ukraine, l’UE n’a pas traîné, explique l’avocate. Elle dispose d’un régime de sanctions très clair qui inclut la violation des droits de l’homme. Comment concevoir qu’elle ne puisse pas aussi rapidement réagir alors que tout ce qui se passe en Cisjordanie, sans parler même de Gaza, va à l’encontre de ses objectifs et valeurs ? »


« Nous pouvons confirmer avoir reçu la lettre [de Sarah Sameur], indique à Mediapart une porte-parole de l’Union européenne. En ce qui concerne les sanctions, il appartient au haut représentant et/ou aux États membres de proposer des listes dans le cadre des régimes de mesures restrictives de l’UE, et au Conseil d’en décider à l’unanimité. » « L’UE, ajoute-t-elle, ne commente pas les processus internes qui sont confidentiels. »

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Boîte noire
À leur demande, les personnes interrogées ont été anonymisées pour protéger leur identité.

Gaza : la pression diplomatique s’accentue sur Israël

Après les États-Unis, principal allié d’Israël, qui disent s’opposer à une offensive sur Rafah sans « garanties » pour la sécurité des civils, l’Australie, le Canada et la Nouvelle-Zélande ont mis en garde jeudi 15 février le gouvernement Nétanyahou contre une opération « catastrophique » à Rafah.
« Il n’y a tout simplement nulle part où aller » pour les quelque 1,5 million de Palestinien·nes bloqué·es à la frontière sud de Gaza avec l’Égypte, soulignent ces trois pays du Commonwealth, exhortant le premier ministre israélien à « ne pas s’engager dans cette voie ».
Mercredi, le président français, Emmanuel Macron, avait lui aussi haussé le ton envers Benyamin Nétanyahou, l’appelant à mettre fin aux opérations militaires à Gaza et à avoir le « courage » d’offrir à son pays un « avenir de paix ».
Lors d’un entretien téléphonique avec le chef du gouvernement israélien, le dirigeant français a souligné que les opérations israéliennes à Gaza « devaient cesser » car « le bilan humain et la situation humanitaire » sont « intolérables », a rapporté l’Élysée.
La Chine avait aussi exhorté Israël, mardi, à arrêter « au plus vite » son opération militaire à Rafah, tandis que l’Allemagne appelait le même jour Israël à garantir des passages sûrs pour la protection des civils dans cette ville.

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