Cisjordanie : l’autre guerre d’Israël

Publié le par FSC

SOURCE : Par Jean-Philippe Rémy, Francesca Fattori, Eric Dedier et Floriane Picard
Le Monde du 03 mars 2024

 

C’est le « troisième front » de la guerre que mène Israël depuis le 7 octobre 2023. En Cisjordanie occupée, les opérations des services de sécurité israéliens – armée, commandos, service de renseignement intérieur – ne ressemblent pourtant pas, en apparence, à celles qui se déroulent à Gaza, sur le « front sud », ou encore aux affrontements qui opposent l’armée israélienne au Hezbollah libanais, de part et d’autre de la frontière, sur le « front nord ». Au sud, une offensive militaire avec artillerie, blindés, appui aérien, destructions massives, 30 000 morts. Au nord, des échanges de tirs meurtriers, mais calibrés pour éviter l’escalade.


En Cisjordanie, depuis le début de l’année, s’intensifie un autre type de conflit, dont la portée est moins nette parce qu’il s’abrite derrière une façade d’opérations de police musclées. Il se caractérise d’abord par des interventions de type militaire, mais ponctuelles et répétées, menées par les forces armées avec l’appui de blindés, dans les villes où se trouve la plus forte concentration de groupes armés palestiniens, de diverses affiliations, comme Jénine, Naplouse et Tulkarem. Il en résulte de multiples arrestations, mais aussi l’élimination de responsables par des frappes de drones et, parfois, avec l’aide des services de sécurité de l’Autorité palestinienne.


Dans le même temps, ces opérations visent à détruire des infrastructures dans les camps de déplacés – foyers de « militants », comme on les appelle en Cisjordanie –, au risque de bavures et d’excès : un quart des victimes, depuis le 7 octobre 2023, sont des enfants. Enfin, elles s’accompagnent de restrictions à la circulation, qui étouffent la population à l’échelle du territoire, comme la multiplication des checkpoints ou l’annulation des permis de travail des Palestiniens employés en Israël.

 

 

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La peur d’une nouvelle Intifada


L’ensemble constitue une forme de guerre qui échappe en partie à l’attention générale, parce qu’elle paraît moins intense que celle menée dans la bande de Gaza, mais aussi parce qu’elle est marquée par la continuation des conditions de l’occupation israélienne (entamée en 1967) avec une intensité plus grande, plus meurtrière. Depuis le 7 octobre 2023, plus de quatre cents Palestiniens ont été tués en Cisjordanie : un bilan présenté par l’extrême droite israélienne comme une victoire sur des « terroristes » qui menaceraient les implantations israéliennes où vivent plus de 600 000 colons. Sur cette même période, treize Israéliens, dont quatre membres des services de sécurité, ont été tués en Cisjordanie, à Jerusalem-Est ou en Israël par des Palestiniens, selon les chiffres de l’ONU du 26 février.


A la mi-janvier, le ministre de la défense israélien, Yoav Gallant, a averti que le Hamas s’efforçait de « lier Gaza à la Cisjordanie, afin de mettre le feu dans le territoire ». Il ajoutait : « Nous devons empêcher cela par tous les moyens possibles. » La peur sous-jacente est de voir se produire une troisième Intifada, un soulèvement, en Cisjordanie. Les autorités israéliennes ont beaucoup mis en avant le risque que celle-ci soit déclenchée au moment du ramadan, qui commencera, cette année, vers le 10 mars.


Un autre type de violence est, en outre, à l’œuvre de façon indiscutable : celle des colons contre des Palestiniens, dont le but n’est pas de se défendre, mais de profiter de la situation pour prendre le contrôle de davantage de terres. Ce phénomène s’est accentué depuis le 7 octobre 2023, au point que l’avocat israélien spécialisé dans la défense des droits humains Michael Sfard se dit « terrifié par cette accélération des évictions ayant atteint un niveau jamais observé auparavant ».

 

 

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