Pour Gaza, même le silence est trop bruyant

Publié le par FSC

Appel signé par plus de 300 enseignants.
Tribune - L'Humanité du 13 juin 2025

 

 

Jeudi 5 juin, une enseignante de l’académie de Dijon a appris qu’elle était sanctionnée d’un blâme pour avoir organisé une minute de silence en hommage aux victimes du génocide qui ravage la population gazaouie. Cette sanction a mis fin à une mesure conservatoire qui durait depuis le mois de mars et interdisait à cette enseignante l’accès à son établissement, comme si elle était devenue un danger pour ses élèves. En tant que personnels de l’Éducation Nationale, cette affaire nous interroge. Nous nous demandons ce que notre collègue a bien pu mettre en péril lorsqu’elle a répondu favorablement à la demande d’une classe qui souhaitait, le temps d’une minute, cesser toute parole et toute activité pour penser aux Palestiniens qui disparaissent dans une grande indifférence dont l’Europe aura à se justifier d’ici quelques années.

Une minute de recueillement pour des mois d’emprisonnement, de déportation, de famine, de bombardements et de mises à mort, c’est peu mais c’est une minute de trop par les temps qui courent. Pas une pensée, pas un silence, pas un mot ne doit entraver les volontés et les actes génocidaires de l’État d’Israël.

On sait que l’Histoire se répète parce qu’elle est guidée par des lois inhumaines qui commandent de taire les massacres pour qu’ils puissent s’exercer impunément. Notre collègue et ses élèves ont enfreint cette loi implicite du déni dans lequel les autorités françaises s’enferment alors que les autorités israéliennes en ont fini avec les métaphores et les euphémismes. Dans un tweet du 19 mars, le ministre de la Défense du gouvernement Netanyahou laissait aux Gazaouis une alternative : la fuite ou « la destruction et la dévastation totale ». Est-ce que ces mots réclament une interprétation pour être compris ? Est-ce qu’ils se départissent de leur sens juste parce qu’on refuse de les comprendre ? Le massacre des hommes, des femmes et des enfants gazaouis se fait au grand jour. Nous en recevons des images quotidiennement. Elles défilent sur nos écrans et défient ceux et celles qui voudraient adhérer à la propagande coloniale de la guerre en leur posant une question : allez-vous perdre la tête ou enfin vous rendre à l’horreur d’une telle évidence ? On en vient à se demander quelle image pourra bien nous rappeler qu’une mort est toujours une mort de trop et que l’effacement d’un peuple est une perte insoutenable et irréversible pour l’humanité tout entière.

Aux côtés de ces images, il y a les chiffres qui dressent chaque jour le bilan d’une entreprise d’anéantissement de la population palestinienne qui n’a désormais plus accès au soin, à la nourriture et à toute forme d’aide humanitaire. Ces chiffres sont ceux d’une agonie dont il semble désormais intolérable de se soucier.

Lorsqu’un peuple est peu à peu effacé de la surface de la terre, rien ne devrait nous dicter quand nous taire pour nous recueillir ou parler pour dénoncer si ce n’est notre sentiment d’humanité. Nous, personnels de l’Éducation Nationale, soutenons sans réserve l’initiative de notre collègue et de ses élèves. C’est bien parce que nous sommes les éducateurs et les professeurs des générations futures qu’il nous est impossible de comprendre les mots de la rectrice de Dijon et de la ministre de l’Éducation Nationale affirmant qu’une minute de silence pour les victimes d’un génocide est un manquement à notre devoir de neutralité. Le crime contre l’humanité n’est pas une position politique, c’est un viol des lois fondamentales de la vie. Ainsi, l’opposition à un crime contre l’humanité ne sera jamais une position partisane mais un devoir. Dans un monde où le bruit et la fureur recouvrent les voix de ceux et celles qui nous auraient fallu entendre depuis longtemps, nous ferons toutes les minutes de silence qui nous sembleront nécessaires.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article