En Cisjordanie, les colons tuent et l’armée israélienne les protège
L'Humanité du 15 juillet 2025
Ils se livrent pratiquement chaque jour à des exactions contre les Palestiniens, entrant dans les villages, brûlant les maisons et les voitures, et tuant ceux qui s’opposent à leur violence. Un militant israélien antisioniste a été tabassé.
Le 25 juin, une centaine de colons israéliens lourdement armés ont violemment attaqué des Palestiniens dans le village de Kafr Malik, tuant trois personnes. Les colons auraient tenté d’incendier des maisons lorsque des habitants sont intervenus pour les en empêcher. Dans le village voisin de Taybeh, ces mêmes colons ont réduit en cendres une voiture. Le 1er juillet, un Palestinien, Samer Bassam al-Zagharneh, a été abattu par des soldats israéliens.
Le 11 juillet, un jeune Américano-Palestinien de 20 ans, Saif al-Din Musalat, a été battu à mort par des colons israéliens à Sinjil, un village de Cisjordanie occupée au nord de Ramallah, déjà ciblé par les Israéliens une semaine auparavant. Musalat habitait en Floride.
Il était venu en Cisjordanie pour rendre visite à sa famille. Le même jour, un autre Palestinien, Mohamed Shalabi, 23 ans, a été abattu lorsque les villageois ont tenté d’empêcher les colons, armés de fusils semi-automatiques, d’entrer dans la localité. Il est décédé des suites d’une blessure par balle à la poitrine. Il était originaire de al-Mazra’ah ash Sharqiyah, près de Sinjil.
1 000 Palestiniens tués depuis le 7 octobre 2023
Depuis le 7 octobre 2023, Israël a intensifié ses violences en Cisjordanie occupée, tuant 1 000 Palestiniens. Les colons lancent des raids soudains et violents sur les villes, incendiant des biens, attaquant des habitants et tentant de les chasser de leurs maisons. Nombre d’entre ces colons ont également reçu des armes semi-automatiques et ont été « intégrés » aux forces israéliennes en Cisjordanie, pour compenser l’effectif déployé pour mener la guerre à Gaza.
Jonathan Pollak, un militant israélien antisioniste, se trouvait à l’entrée de Sinjil vendredi 11 juillet. Il rendait visite à une famille régulièrement harcelée par les colons lorsqu’il a appris que ceux-ci attaquaient des bergers palestiniens, leur volant chèvres et moutons.
Il s’est donc rendu sur place pour tenter de venir en aide aux quelques villageois présents, notamment l’un des plus âgés. « Comme nous marchions lentement, les colons sont descendus de la colline, armés de matraques, raconte-t-il au téléphone à l’Humanité. Certains étaient masqués, d’autres non. Ils s’en sont d’abord pris au Palestinien, puis à moi-même. » Les photos qu’il nous a fait parvenir témoignent de la violence.
Son visage est tuméfié, il a un œil au beurre noir. Des soldats sont alors arrivés en Jeep. Mais, au lieu de s’occuper des colons en train de tabasser les deux hommes, ils les ont laissés partir, au grand dam de Jonathan Pollak. « Les militaires ont arrêté le Palestinien, l’ont menotté et, moi, m’ont retenu pendant une heure, une heure et demie. » Les colons se sont entassés dans leur pick-up pour se diriger vers le village de Sinjil. Quelques heures plus tard, Saif al-Din Musalat et Mohamed Shalabi étaient tués.
« Les colons ne constituent pas un phénomène distinct de l’extrémisme au sein de la société israélienne »
La France est favorable à des sanctions européennes contre « les individus responsables de la colonisation, extrémistes et violents », a fait savoir, mardi à Bruxelles, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. Ce qui ne satisfait pas Jonathan Pollak : « On a tendance à toujours parler de colons violents. Mais c’est une fausse piste. Comme vous pouvez le comprendre d’après ce que je décrivais, les soldats et les colons ne travaillent pas seulement main dans la main. Ils sont des rouages distincts de la même machine qui met en œuvre la politique israélienne de nettoyage ethnique des Palestiniens de leurs foyers et de leurs terres. »
Israël utilise en Cisjordanie certaines des mêmes tactiques qu’à Gaza, telles que le siège total des camps de réfugiés, la destruction des habitations et le déplacement de la plupart des habitants, comme le montre Forensic Architecture, un groupe de recherche qui enquête et surveille les violations des droits humains. Israël a attaqué les camps de réfugiés de Jénine, Tulkarem, Nur Shams, Far’a et Naplouse, provoquant des déplacements massifs de population. Les hôpitaux et les centres sanitaires n’ont pas été épargnés, comme à Gaza.
Pour le militant antisioniste israélien, « cette façon d’évoquer des colons extrémistes permet de faire une distinction. Ils seraient ainsi perçus comme un phénomène spécifique d’une société israélienne qui, elle, serait modérée. Les colons ne constituent pas un phénomène distinct de l’extrémisme au sein de la société israélienne ». En 2024, Israël a confisqué plus de terres palestiniennes en Cisjordanie qu’au cours des vingt années précédentes, selon l’organisation israélienne la Paix maintenant.