Guerre à Gaza : à Tel-Aviv, une manifestation judéo-arabe rassemble 3000 personnes pour dénoncer le génocide
L'Humanité du 24 août 25
Le rassemblement, organisé, samedi 23 août, par la Coalition pour la paix et le Haut Comité de suivi des citoyens arabes d’Israël, autorisé dans un premier temps, a été interdit. Sur la place Habima, des milliers de personnes ont néanmoins manifesté afin de condamner le génocide.
Près de 3 000 personnes se sont rassemblées ce samedi 23 août sur la place Habima, dans le centre-ville, pour participer à une manifestation conjointe, judéo-arabe, contre « la guerre d’extermination et de famine ».
Organisée par la Coalition pour la paix et le Haut Comité de suivi des citoyens arabes d’Israël, cette manifestation était la première depuis des mois à proposer un rassemblement massif contre la guerre au cœur d’une grande ville israélienne. « L’organisation de ce rassemblement à Tel-Aviv est importante pour que les Israéliens juifs prennent également conscience de ce qui se passe à Gaza en leur nom », a déclaré Mohammad Barakeh, président du Haut Comité de suivi.
Une volonté de museler les voix pacifistes
La police israélienne a révoqué vendredi l’autorisation de la marche, initialement prévue dans les rues de Tel-Aviv, vingt-quatre heures seulement avant l’événement. Amir Badran, qui dirige le Front démocratique pour la paix et l’égalité (Hadash, auquel participe le Parti communiste israélien) à Jaffa et unique représentant arabe de Tel-Aviv-Jaffa, a condamné les « tactiques de muselage de la police » visant à « limiter la voix du public contre la guerre ».
Le succès du rassemblement a prouvé que même la persécution politique la plus sévère a ses limites. Face à la brutalité inhumaine que le gouvernement israélien qualifie de « politique de guerre », le silence n’a jamais été une option. Les organisateurs ont promis de poursuivre sans relâche les protestations citoyennes contre les crimes de famine, de massacre et de nettoyage ethnique.
Après une manifestation de masse similaire dans la municipalité arabe de Sakhnin, il y a environ un mois, et une grève de la faim publique, un net réveil des résistants à la guerre est perceptible dans les sociétés juive et arabe d’Israël. À Tel-Aviv, les manifestants ont affiché des banderoles représentant des enfants affamés à Gaza et organisé une veillée ornée de photos d’enfants tués.
Une famine persistante déclarée par l’ONU dans l’enclave palestinienne
Le rassemblement s’est tenu le lendemain de la déclaration de famine persistante par l’IPC (classification intégrée de la sécurité alimentaire) dans l’enclave palestinienne. Il s’agit de la phase la plus élevée de l’échelle d’insécurité alimentaire aiguë selon cet outil indépendant développé par l’ONU et les ONG.
Lors de cette protestation, de nombreuses pancartes ont également affiché : « Stop au génocide », « Refusez l’occupation » et « Résistez aux expulsions », faisant référence aux atrocités quotidiennes commises par le gouvernement israélien, l’armée et les milices de colons à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.
Sur la place Habima, les militants de Hadash et des Jeunesses communistes ont également déployé des banderoles, appelant à la « Camaraderie judéo-arabe contre le fascisme » et à ce qu’il n’y ait « Plus jamais l’extermination ». Des discours ont été prononcés par des juifs et des Arabes afin de mettre en avant une démarche commune.
Parmi eux figuraient le président du Haut Comité de suivi, Mohammad Barakeh, l’actrice et réalisatrice Shira Geffen, le maire de Sakhnin, Mazen Ghnaim, chargé du Comité des présidents des municipalités arabes, l’objectrice de conscience et dirigeante des Jeunesses communistes, Ella Keidar Greenberg, et le Dr Lina Qasem Hassan, présidente de Médecins pour les droits de l’homme d’Israël (Phri).
Dans son intervention, Mohammad Barakeh a réclamé « l’arrêt immédiat des hostilités » et condamné « l’attitude de Netanyahou, qui a prolongé les souffrances d’innocents des deux peuples en refusant l’accord de cessez-le-feu ». L’ancien député a également appelé « à la libération de tous les otages, captifs et prisonniers, dans le cadre d’un accord prévoyant le retrait complet de l’armée israélienne de la bande de Gaza ».
Refuser de servir l’armée israélienne
Au terme de son discours, Mohammad Barakeh a évoqué sa visite au camp d’extermination d’Auschwitz en 2009, lors d’une mission parlementaire officielle de la Knesset, alors qu’il était député du Hadash (de 1999 à 2015), affirmant que « la souffrance humaine ne connaît ni race ni religion, contrairement aux auteurs des crimes ».
Il a demandé au public juif d’avoir le courage de se sentir concerné par la souffrance du peuple de Gaza et de se demander comment un premier ministre juif peut rester en poste alors qu’il mène une politique d’extermination.
La militante communiste Ella Keidar Greenberg, qui a refusé de faire son service militaire en mars et a été emprisonnée, a exhorté les Israéliens de tous âges à s’opposer à la conscription. De récents sondages ont montré une forte hausse de l’approbation publique des tactiques de refus, et les groupes d’aide aux objecteurs de conscience font état d’un nombre croissant d’acte de désobéissance.
De son côté, le Dr Qasem Hassan a évoqué « la campagne criminelle israélienne contre le secteur de la santé à Gaza » et a exigé « la libération immédiate de tous les agents de santé publique palestiniens » toujours emprisonnés par Israël.
