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Génocide à Gaza : trois Palestiniens sur quatre détenus par Israël sont des civils… selon les données de Tel-Aviv

Tom Demars-Granja
L'Humanité du 05 septembre 2025

 

       6 000 Palestiniens ont été arrêtés sur la base de la loi consacrée aux « combattants illégaux », depuis octobre 2023.© Hill Debbie/UPI/ABACA

 

Les trois quarts des Palestiniens détenus par Israël depuis octobre 2023 sont des civils, révèlent + 972 Magazine, Local Call et « The Guardian », qui ont eu accès aux données de l’armée israélienne. Les trois médias démontrent ainsi que Tel-Aviv et les forces d’occupation procèdent, en toute conscience, à des arrestations de masse à des fins de propagande, afin de poursuivre leur entreprise génocidaire.
Israël ment pour justifier son génocide dans la bande de Gaza. Les exemples sont nombreux depuis près de deux ans que les forces d’occupation ont démultiplié leur violence. La bataille idéologique menée par Tel-Aviv continue pourtant d’infuser le rapport qu’entretiennent champs médiatique et politique avec le peuple palestinien.
Israël affirme que tous les Gazaouis sont des « terroristes », qu’aucun Palestinien n’est innocent et serait lié au Hamas, laissant ses soutiens à l’international poursuivre le travail de propagande. Une nouvelle enquête publiée par + 972 Magazine, Local Call et The Guardian vient mettre un coup à cette rhétorique. Les trois médias révèlent que la base de données de la Direction du renseignement militaire israélien, Aman, comme celle de l’administration pénitentiaire montrent que trois détenus gazaouis sur quatre sont des civils.

Sans procès ni inculpation


L’État israélien a ainsi estimé à 6 000 le nombre de Palestiniens originaires de l’enclave arrêtés, depuis octobre 2023, sur la base de la loi consacrée aux « combattants illégaux ». Le gouvernement dirigé par Benyamin Netanyahou a ainsi multiplié les déclarations pour faire croire que Tel-Aviv ne détiendrait aucun innocent.
La loi sur l’incarcération des « combattants illégaux », promulguée dès 2002, permet à Israël d’enlever et d’emprisonner indéfiniment toute personne suspectée de mener des « activités hostiles ». Le tout sans qu’un procès ne soit organisé ni que la moindre inculpation ne soit prononcée. Tel-Aviv est enfin autorisée, par cette loi, à refuser l’accès à un avocat pendant 75 jours.


« L’administration pénitentiaire israélienne (IPS) a affirmé dans des rapports publics, sans fournir de preuves, que la quasi-totalité des « combattants illégaux » détenus dans les prisons israéliennes sont membres du Hamas ou du Jihad islamique palestinien (JIP) », rappellent le trio de médias derrière l’enquête.
« Pourtant, les données obtenues à la mi-mai à partir de la base de données d’Aman ont montré qu’Israël n’avait arrêté que 1 450 individus des ailes militaires du Hamas et du JIP », poursuit le journaliste et cinéaste Yuval Abraham. Pour résumer : les trois quarts des 6 000 détenus n’appartenaient à aucun des deux.
« Si Israël devait juger tous les détenus, il devrait rédiger des actes d’accusation précis et présenter des preuves à l’appui de ces allégations, explique Jessica Montell, directrice de HaMoked, une ONG israélienne spécialisée dans la défense des droits humains. Les procédures régulières peuvent être lourdes. C’est pourquoi ils ont créé la loi sur les combattants illégaux, pour contourner tout cela. »

Des arrestations de masse


Plusieurs soldats interrogés par + 972, Local Call et The Guardian ont admis avoir été témoins de la détention de civils palestiniens dans des installations militaires israéliennes. Un soldat ayant servi au tristement célèbre centre de détention de Sde Teiman a ainsi révélé que l’un des complexes était surnommé « l’enclos des gériatres ». Tous les Palestiniens détenus sur place étaient âgés ou gravement blessés, dont certains provenaient directement des hôpitaux de Gaza.
Tel-Aviv préfère ainsi procéder à des arrestations de masse, quitte à maintenir la surpopulation au sein de ses centres pénitentiaires, pour justifier son entreprise génocidaire et coloniale. Le Centre Al-Mezan pour les droits de l’homme, basé à Gaza, met quant à lui « en évidence une campagne systématique de détentions arbitraires ciblant les Palestiniens, quelle que soit l’infraction présumée », annonce son directeur adjoint, Samir Zaqout. Le Centre s’appuie sur son expérience de terrain, alors que ses membres ont représenté des centaines de civils détenus dans les prisons israéliennes.


Selon Al-Mezan, un détenu sur six ou sept pourrait, au maximum, avoir un lien avec le Hamas ou d’autres factions militantes. Et encore, ce lien ne signifie pas avoir prêté main-forte à des branches militaires. « Dans de nombreux cas, l’affiliation politique à une faction palestinienne suffit à Israël pour qualifier quelqu’un de combattant », fustige + 972 Magazine.
Une entreprise déjà pointée du doigt par des ONG, des militants politiques et des médias, qui tentent d’alerter sur le sujet depuis plusieurs mois. Lorsque des photos de dizaines de Palestiniens déshabillés et enchaînés ont été divulguées en décembre 2023, des officiers supérieurs ont par exemple admis, sous couvert d’anonymat, au quotidien Haaretz que « 85 à 90 % » d’entre eux n’étaient pas membres du Hamas. Rien n’a changé depuis… hormis la mise à mort du peuple palestinien.

 

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