CGT : Vente de l'usine Valti : « Un exemple tragique de l’irresponsabilité industrielle »
La vente de l’usine Valti à Hilco Industrial, un opérateur néerlandais, marque la fin d’un chapitre pour l’industrie à Montbard. Cette décision prise par le tribunal de Dijon vendredi touchant 130 salariés, soulève des questions sur l’avenir des activités industrielles des grands groupes en France.
L’usine Valti, créée en 1968, était spécialisée dans la fabrication de tubes sans soudures principalement destinés aux secteurs de l’automobile et du pétrole. En tant que membre du groupe Vallourec, connu pour ses solutions de tubes en acier, le site de Valti a longtemps été un pilier de l’industrie métallurgique française.
Mais à cause de lourdes pertes financières et d’une reconfiguration stratégique, le groupe Vallourec a progressivement délaissé Valti pour se concentrer sur des segments jugés plus rentables dans le domaine de l’énergie. Par exemple, en décembre 2023, la multinationale inaugurait sur son dernier site français à Aulnoye-Aymeries, dans les Hauts-de-France, un démonstrateur de stockage d’hydrogène haute pression vertical.
En 2022, le site de Valti, en Bourgogne, a été racheté par Mutares, une entreprise allemande qui visait une rationalisation des opérations. Malheureusement, cette stratégie n’a pas porté ses fruits, exacerbée par la concurrence croissante et les défis du marché. En février 2025, Valti a été placée en liquidation judiciaire, entraînant la suppression de 132 postes.
Vente à Hilco Industrial
Vendredi dernier, le tribunal de commerce a validé la vente de Valti à Hilco Industrial, une société spécialisée dans le démantèlement d’actifs industriels.
L’objectif de cette entreprise est clair : récupérer les actifs de Valti pour les revendre. Franck Chesseron, ancien délégué syndical CGT chez Valti, a exprimé son indignation face à cette décision : « Le démantèlement de Valti est un exemple tragique de l’irresponsabilité industrielle, où l’on privilégie le profit immédiat au détriment de l’avenir de l’emploi. »
Le rejet de la proposition de reprise par le britannique Mertex UK, qui avait pour but de maintenir certaines activités et emplois, renforce ce pessimisme parmi les anciens employés.
La visite du ministre Ferracci
Dans un contexte difficile pour les salariés, l’ancien ministre délégué chargé de l’Industrie, Marc Ferracci, s’était rendu à Montbard en janvier 2025. Sa visite, initialement axée sur le déploiement de la fibre optique, lui avait permis de rencontrer des représentants de Valti pour évoquer la situation préoccupante de l’usine. Lors de cette rencontre, il avait déclaré : « Nous serons vigilants à ce que l’accompagnement des salariés soit fait dans les meilleures conditions. » Franck Chesseron confirme aujourd’hui l’importance de l’accompagnement des anciens employés de Valti : « Nous sommes aidés par un cabinet de recrutement et France Travail qui nous assiste individuellement dans la recherche d’emploi, la formation et les démarches administratives, lors d’une réunion tous les deux mois. »
La fermeture de Valti a de lourdes conséquences pour les anciens salariés. Au 25 septembre, 32 des 130 licenciés ont retrouvé un CDI, tandis que d’autres sont en CDD de plus de six mois. Cependant, une partie importante des ex-employés est confrontée à l’incertitude quant à leur avenir professionnel. Franck Chesseron note que près de 60 anciens salariés demeurent sans emploi, soulignant l’urgence d’un soutien accru.
Perspectives pour l’industrie locale
La fermeture de Valti remet en question la viabilité du secteur industriel à Montbard et dans la région. Laurence Porte, la maire de Montbard - interrogée chez nos confrères d’Ici en Bourgogne en février 2025 au moment du placement de l’entreprise en liquidation judiciaire - avait qualifié cette fermeture « de coup dur », ajoutant : « Cette situation souligne une stratégie erronée de Vallourec, qui a reconcentré toute sa stratégie sur l'énergie et sur d'autres continents en lâchant non seulement la France, l'Allemagne, mais aussi l'Europe. » L’élue mettait également en lumière le paradoxe actuel : alors que 60 000 postes restent à pourvoir dans l’industrie en France, d’autres entreprises continuent de faire face à de sérieux défis.
Laurence Porte a précisé que des efforts sont en cours pour offrir aux anciens employés de Valti des opportunités via des informations collectives et des job dating. Ces initiatives visent à les réintégrer dans des entreprises en développement, même si le chemin à parcourir reste long.