Génocide à Gaza : Un plan de paix qui n’en a que le nom

Publié le par FSC

Pierre Barbancey
L'Humanité du 30 septembre 2025

 

Le plan présenté par Donald Trump favorise les intérêts de Washington et d'Israël au détriment des Palestiniens exclus du destin de Gaza.© Saeed M. M. T. Jaras / Anadolu via AFP

 

Le président états-unien a présenté ses « principes pour la paix » pour mettre un terme à la guerre génocidaire à Gaza, avec la « normalisation » des relations entre les pays arabes et Israël comme objectif final. À ses côtés, un Benyamin Netanyahou tout sourire, tandis que les Palestiniens n’ont pas été consultés.
Qui ne pourrait se réjouir d’une initiative internationale permettant de mettre fin au génocide en cours dans la bande de Gaza ? Assurément, personne. C’est sans doute ce qui explique l’approbation quasi générale aux « principes pour la paix » présentés le 29 septembre par Donald Trump.
Conscient d’un danger d’isolement de son pays alors que les protestations contre le génocide prennent une ampleur inégalée, poussant même la France et d’autres pays occidentaux à reconnaître l’État de Palestine, le président des États-Unis veut siffler la fin de la partie à ses conditions.

Les Palestiniens exclus des décisions

Une première lecture des 20 points détaillés dans ce plan représente presque un espoir. N’y parle-t-on pas de Gaza « réaménagée au bénéfice de la population de Gaza, qui a déjà suffisamment souffert », d’une « guerre qui prendra fin immédiatement » si « les deux parties acceptent cette proposition », d’une aide humanitaire « immédiatement acheminée dans la bande de Gaza », de la double promesse que « personne ne sera contraint de quitter Gaza, et ceux qui le souhaitent seront libres de le faire et de revenir », et enfin d’« Israël (qui) n’occupera ni n’annexera Gaza » ?

D’autres points, en revanche, viennent assombrir le tableau, à commencer par cette volonté de mettre en place « un comité palestinien technocratique » composé de « Palestiniens qualifiés » (sic), d’inévitables « experts internationaux », et dont les actions seraient supervisées par un « conseil de la paix » présidé par Donald Trump en personne et dans lequel siégerait l’ancien premier ministre britannique Tony Blair.
Bref, au-delà de l’arrêt de la guerre, le message aux Palestiniens se résume à un : « Circulez, il n’y a rien à voir. » On ne leur demande pas leur avis. L’Autorité palestinienne n’a pas été associée à l’élaboration de ce plan de paix, actant donc le déséquilibre dans la vision trumpienne.

D’ailleurs, concernant la Cisjordanie, le mot « occupation », dont la fin devrait être le début de tout processus, n’apparaît nulle part. Même l’autodétermination est présentée comme un pis-aller. Plus grave encore, le fameux désengagement israélien se ferait en plusieurs étapes, mais on ne sait à quel rythme, pour, au final, perpétuer une présence militaire israélienne tout le long de la bande de Gaza, dans le territoire palestinien lui-même. Un facteur explosif au regard du contexte.

Le Hamas doit choisir entre le désarmement et sa survie

Enfin, et surtout, comment croire les engagements de Benyamin Netanyahou ? Le premier ministre israélien avait accepté un cessez-le-feu au mois de janvier, sous l’égide des États-Unis, mais l’avait rompu quelques semaines plus tard sans que quiconque ou presque ne trouve à redire, en tout cas pas Washington ni l’Union européenne.
Selon ce nouveau plan, le Hamas aura 72 heures après son approbation pour relâcher tous les Israéliens détenus, qu’ils soient vivants ou morts. Ce n’est qu’ensuite qu’Israël libérerait 250 prisonniers condamnés à perpétuité et 1 700 Gazaouis détenus après le 7 octobre 2023, « y compris les femmes et les enfants », comme le précise le point 5, dans un terrible aveu de la violation du droit des enfants.


Il est demandé au Hamas de ne pas participer à un quelconque exécutif dans l’avenir (ce que l’organisation palestinienne accepte déjà) mais également de s’engager à désarmer. Est-ce acceptable dès lors que l’armée israélienne sera toujours présente ? Un dilemme cornélien alors que le Hamas sort affaibli de ces deux ans de guerre. À prendre ou à laisser, donc. La marge de manœuvre est plus qu’étroite.
Le premier ministre du Qatar et le chef des renseignements égyptiens ont présenté le plan lundi soir aux négociateurs du Hamas. Ces derniers ont déclaré qu’ils l’examineraient de bonne foi et y apporteraient une réponse. Le Mouvement de la résistance islamiste – son acronyme en arabe – a, jusqu’à présent, rejeté le désarmement, affirmant avoir le droit de combattre jusqu’à la fin de l’occupation israélienne des territoires palestiniens.

Gaza sous contrôle néocolonial américain


L’inquiétude est d’autant plus grande que Donald Trump a été on ne peut plus clair. En cas de refus palestinien, « Israël aurait mon soutien total pour achever le travail de destruction de la menace du Hamas ».
En réalité, tout le plan transpire la logique néocoloniale. L’avenir des Palestiniens se dessine sans eux, le « chef du monde », Trump, présidera un conseil comme un papa bienveillant et, enfin, les affaires pourront reprendre. « Nous leur donnons la responsabilité de leur destin », a osé expliquer le locataire de la Maison-Blanche.


Les conférences de presse sont à l’annonce de ce type de plan ce que les didascalies sont aux textes dramaturgiques. Des indications pour comprendre les actions, permettre d’aboutir au mieux à l’épilogue. Dans le cas présent, celle qui a accompagné la présentation des 20 points constituant les « principes de paix » ne déroge pas à la règle.


Si le texte même concerne uniquement la bande de Gaza, plusieurs références sont faites aux pays arabes. Par exemple : « Les partenaires régionaux fourniront une garantie pour s’assurer que le Hamas et les factions respectent leurs obligations et que la nouvelle Gaza ne représente aucune menace pour ses voisins ou sa population. » Ou encore : « Les États-Unis collaboreront avec leurs partenaires arabes et internationaux pour mettre en place une Force internationale de stabilisation (FIS) temporaire, qui sera immédiatement déployée à Gaza. »

Israël et les États-Unis unis pour sécuriser l’énergie


On décèle ainsi le but ultime des annonces faites conjointement par Donald Trump et Benyamin Netanyahou. Le premier veut un Moyen-Orient à sa botte, avec des gouvernements entièrement dévoués aux intérêts états-uniens. Dans un double but : stabiliser la région pour mieux affronter le géant économique qu’est la Chine, seule à même de remettre en cause l’hégémonie mondiale des États-Unis.
Mais également sécuriser les voies d’échanges énergétiques, pétrole et gaz notamment. Avec de nouveaux pipelines et gazoducs qui passeraient par Israël ou au large de la bande de Gaza. Il convient donc que ce territoire ne représente pas à l’avenir un danger potentiel pour ces acheminements.
Le premier ministre israélien, lui, a montré que le projet de grand Israël s’emboîtait parfaitement avec la vision moyen-orientale des États-Unis, notamment en déstabilisant le Liban, la Syrie et l’Iran, jusque-là peu enclins à entrer dans le giron de Washington.
Aujourd’hui, Téhéran est affaibli, le Hezbollah libanais diminué et un ancien djihadiste se trouve au pouvoir à Damas, reçu par toutes les chancelleries occidentales.

Une Autorité palestinienne qui n’en a plus que le nom


Trump et Netanyahou ne cachent même pas leurs minimes divergences. C’est par exemple le cas de l’avenir de l’Autorité palestinienne. Celle-ci est appelée à mettre en œuvre des réformes par la Maison-Blanche (et les Européens, dont la France) sans que l’on sache de quoi il s’agit.
Le chef du gouvernement israélien, lui, ne veut pas entendre parler d’un État palestinien. Certes, les points 19 et 20 évoquent la question avec « l’autodétermination et l’État palestinien » et « un dialogue entre Israël et les Palestiniens afin de convenir d’un horizon politique pour une coexistence pacifique et prospère ».
Mais le flou entretenu est tel que la reconnaissance réelle d’un État palestinien n’est pas pour demain. Trump a même rappelé qu’il reconnaissait Jérusalem comme capitale d’Israël. L’Autorité palestinienne a de toute façon salué « les efforts sincères et déterminés » du président états-unien « pour mettre fin à la guerre à Gaza » et affirmé « sa confiance en sa capacité à trouver une voie vers la paix ».


Pour Trump, la normalisation totale des pays arabes – et même de l’Iran, a-t-il tenté – avec Israël est le but ultime. Elle serait parachevée avec l’Arabie saoudite. Pourront alors se développer les projets les plus extravagants mais financièrement juteux évoqués avec insistance depuis plusieurs mois. Gaza deviendrait un vaste terrain de jeu pour les agents immobiliers de tout poil, et parmi eux Trump et Blair sans oublier Jared Kushner, gendre du président états-unien.
Sa société d’investissement, Affinity Partners, a vu ses actifs sous gestion bondir de 60 % l’année dernière pour atteindre 4,8 milliards de dollars, après avoir reçu une injection de liquidités de la part d’investisseurs du Moyen-Orient, dont le fonds souverain du Qatar.
Dans cet océan de dollars, l’État de Palestine ne sera alors plus qu’un esquif à la dérive, sans port. D’où, sans doute, le sourire de Netanyahou et son pouce victorieux lors de la présentation des 20 points du « plan de paix ».

 

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