Génocide à Gaza : le salon Milipol et Sébastien Lecornu « mis en demeure » par des ONG d’exclure les sociétés livrant des armes à Israël
L'Humanité du 05 novembre 2025
Plusieurs ONG demandent au premier ministre et au « salon de la sécurité intérieure des États » d’exclure de l’événement les entreprises, délégations ou intermédiaires livrant directement ou indirectement des armements à Israël.
La pression ne retombe pas sur les « complices » du génocide à Gaza. Après avoir obtenu l’interdiction des industriels israéliens de l’armement au salon Eurosatory en juin 2024, et tenté – en vain – de faire de même pour le salon du Bourget, en juin 2025, plusieurs associations de défense des droits humains (Al-Haq, AJPO, UJFP, Survie…) ont mis en demeure, mercredi 5 novembre, le premier ministre et les organisateurs du salon Milipol d’exclure de l’événement toute entreprise, délégation ou tout intermédiaire ayant participé à des livraisons d’armes à Israël.
« Alors que le procès contre la société Lafarge s’ouvrait hier (mardi – NDLR), l’État et les organisateurs du salon Milipol prennent le risque d’être poursuivis en justice en soutenant indirectement le génocide et autres crimes internationaux commis par Israël », écrivent les ONG dans leur communiqué.
La jurisprudence Lafarge sur la complicité de crimes contre l’humanité
La référence au dossier Lafarge n’est pas anodine. Dans une décision capitale de septembre 2021, confirmée en 2024, la Cour de cassation avait ouvert la voie à la poursuite pour complicité de crimes contre l’humanité de grands groupes comme le cimentier, mais aussi d’industriels de l’armement, en clarifiant la jurisprudence. « Pour être considéré comme complice, la cour avait estimé qu’il n’était pas nécessaire d’avoir l’intention de commettre ces crimes, mais simplement d’en avoir facilité la préparation, en fournissant une aide ou une assistance », explique la coordinatrice de Droits et mouvements sociaux (DMS). Une menace valable aussi pour le gouvernement français.
« Après avoir reconnu l’État de Palestine, la France ne peut pas accepter de promouvoir des entreprises qui vont participer à la commission de crimes majeurs à Gaza, en Cisjordanie ou au Liban », appuie Dominique Cochain, la présidente d’Avocats pour la justice au Proche-Orient. Une situation en rien modifiée, selon elle, par l’accord de cessez-le-feu du 9 octobre. « La situation reste génocidaire, car les Palestiniens sont toujours soumis à des conditions d’existence qui menacent leur existence même », précise-t-elle.
39 sociétés israéliennes attendues à Milipol Paris
Prévue du 18 au 21 novembre à Villepinte (Seine-Saint-Denis), la 24e édition du salon Milipol Paris, « salon de la sécurité intérieure des États », doit accueillir pas moins de 39 sociétés d’armement israéliennes, ce qui place Israël dans le top 10 des États les mieux représentés.
Un scandale dont l’État français peut être tenu comptable. « Milipol illustre les liaisons incestueuses entre la sécurité d’État et l’industrie de l’armement, écrit la coalition Guerre à la guerre, qui soutient les associations. Civipol (organisateur du salon – NDLR) est une société anonyme dont le capital est contrôlé à 40 % par le ministère de l’Intérieur et à 60 % par des multinationales de la ”sécurité” comme Thales, Airbus Defence and Space et Idemia. »
Des liaisons incestueuses qui rapportent gros, mais peuvent coûter cher : « La France est devenue l’an dernier le 2e exportateur d’armes au monde, et les industriels du secteur se frottent les mains. En une semaine, au salon du Bourget, 150 milliards d’euros de contrats ont ainsi été signés », soupire la responsable de DMS, qui souligne que « les milliards supplémentaires mis dans le budget militaire de Lecornu sont autant d’argent retiré à nos hôpitaux et à nos écoles ».
Les associations ont donné huit jours à Milipol et au premier ministre pour se conformer à leurs demandes. En l’absence de réponse, des poursuites pourraient être engagées, comme cela a été le cas, le 8 octobre, pour le salon du Bourget.