Il y a 30 ans, le jour où Yitzhak Rabin a été assassiné par un juif d'extrême droite

Publié le par FSC

Pierre Barbancey
L'Humanité du 06 novembre 2025

 

       Les funérailles de Yitzhak Rabin, le 6 novembre 1995, à Jérusalem. De gauche à droite, Jacques Chirac, John Major, le Prince Charles, Helmut Kohl, Roman Herzog, Boutros Boutros Ghali, Hosni Mubarak, Hillary et Bill Clinton, Wim Kok.© ZOOM 77/AFP

 

Le 4 novembre 1995, le premier ministre travailliste israélien était tué par un extrémiste d’extrême droite. Il se faisait le bras armé d’une campagne menée notamment, déjà, par Benyamin Netanyahou opposée aux accords d’Oslo.
Nous sommes le 4 novembre 1995 à Tel-Aviv. Le premier ministre et ministre de la Défense israélien Yitzhak Rabin participe à un rassemblement pour la paix en soutien aux accords d’Oslo (signés en 1993 pour le premier volet et en septembre 1995 pour le second) sur la place des Rois-d’Israël, siège de la municipalité. Face à la foule de plus de 100 000 personnes, il déclare : « J’ai toujours cru que la plupart des gens aspirent à la paix et sont prêts à prendre des risques pour elle. » Dans une ambiance festive, il entonne même le Shir Lashalom (« chant pour la paix »).
À 21 h 30, le meeting se termine. Rabin descend les marches de l’hôtel de ville en direction de sa voiture. C’est alors qu’un jeune homme qui a franchi sans encombre les sas de sécurité tire à trois reprises dans le dos du premier ministre avec un pistolet. Le troisième coup a manqué Rabin et a légèrement blessé l’agent de sécurité Yoram Rubin. Le meurtrier est immédiatement maîtrisé et arrêté.

« Nous nous débarrasserons de Rabin par le sang et le feu »


Le choc est immense en Israël. D’abord parce que, comme il est alors dit, c’est la première fois qu’un dirigeant politique est assassiné. Il faut comprendre un « dirigeant juif israélien ». Car les assassinats de dirigeants palestiniens sont monnaie courante et partie intégrante de la politique israélienne depuis des décennies. De plus, Yitzhak Rabin est considéré en Israël comme un héros : il était à la tête de l’armée lors de la guerre de juin 1967, la guerre des Six-Jours. Autre élément qui rajoute au choc : l’assassin n’est pas un Arabe mais un juif. C’est d’ailleurs pour cela qu’il a pu se retrouver si proche de Rabin.


Le terrorisme, aux yeux de tous, ne peut être que palestinien. Erreur ! L’assassin s’appelle Yigal Amir. Il est né à Herzliya (un district au nord de Tel-Aviv) en 1970, issu d’une famille de juifs yéménites orthodoxes. C’est un militant d’extrême droite, religieux. Le moment est particulier. Amir se trouve porté par une vague puissante générée par la droite et l’extrême droite, celle du Likoud et des organisations de colons qui multiplient les manifestations pour dénoncer les accords d’Oslo, signés entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat, preuve selon leurs détracteurs de la trahison du premier ministre.
Dans les mois qui précèdent l’assassinat, lors des rassemblements orchestrés par les opposants à Oslo, toutes les limites sont franchies. Les manifestants scandent « nous nous débarrasserons de Rabin par le sang et le feu » et brandissent des affiches montrant l’ancien chef d’état-major à la tête du gouvernement vêtu d’un uniforme SS nazi et pris pour cible par un tireur d’élite.


Pour haranguer cette foule haineuse, un homme se trouve à la tribune : Benyamin Netanyahou, qui, peu après la mort de Rabin, va remporter les élections et devenir premier ministre, poste qu’il ne quittera pratiquement plus. Une victoire qu’il doit en partie au mouvement islamiste palestinien Hamas. Ce dernier, opposé aux accords d’Oslo, va organiser des attentats contre des civils en Israël même en 1996, ouvrant ainsi la voie au retour au pouvoir du Likoud.

Ces accords d’Oslo ne pouvaient amener la paix


Installée à la tête du pays depuis 1977 – la première fois dans l’histoire d’Israël, jusque-là dirigé par le Parti travailliste –, la droite avait été battue lors des législatives de juin 1992, emportée par la crise économique mais surtout par la volonté de Washington de se débarrasser d’une tendance pas suffisamment alignée sur la stratégie états-unienne de construction d’un nouvel espace aux Proche et Moyen-Orient après la chute du mur de Berlin et la disparition de l’URSS.
Le premier ministre israélien issu du Likoud Yitzhak Shamir avait agacé les États-Unis en traînant les pieds lors de la conférence de Madrid en 1991, refusant de plus de donner des gages sur un gel (provisoire) de la colonisation susceptible d’amadouer les pays arabes. Israël avait ainsi perdu 10 milliards de dollars de garanties de prêts états-uniens.
La solution américaine s’est personnifiée dans les traits d’Yitzhak Rabin, auréolé de son prestige militaire, et un Parti travailliste soucieux de montrer un visage inverse de celui du Likoud. Cette gauche sioniste a alors représenté la paix, les accords d’Oslo en étant l’exemple le plus flagrant, cristallisant la haine de la droite et de l’extrême droite.


Pourtant, ces accords d’Oslo ne pouvaient amener la paix, contrairement à ce que l’on a voulu croire. D’ailleurs, Rabin, devant la Knesset, lors de la présentation de l’accord intérimaire dit Oslo II, le 5 octobre 1995, soit un mois avant son assassinat, était on ne peut plus clair : « Nous envisageons la solution permanente dans le cadre de l’État d’Israël, qui comprendra la majeure partie du territoire de la Terre d’Israël tel qu’il était sous le mandat britannique, et parallèlement à une entité palestinienne qui accueillera la plupart des résidents palestiniens vivant dans la bande de Gaza et en Cisjordanie. » Et il ajoutait : « Nous souhaitons que cette entité, moins qu’un État, gère de manière indépendante la vie des Palestiniens placés sous son autorité. »
Trente ans après, Benyamin Netanyahou est toujours au pouvoir. Il a lancé une guerre génocidaire à Gaza et l’autodétermination du peuple palestinien n’est pas à l’ordre du jour. Il n’est question ni d’un État ni de deux États ni même d’une simple « entité » telle que l’évoquait Yitzhak Rabin, mais bien de la disparition totale de la question palestinienne.

 

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Se pose donc aujourd'hui la question d'un seul Etat : l'Etat de Palestine ouvert à tous ceux qui désirent y vivre ensemble indépendamment de leur religion , de leurs croyances, de leur couleur de peau ...Bref un Etat laîc
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