Milipol : Emmanuel Macron change d’avis et invite les entreprises israéliennes, malgré le génocide à Gaza
L'Humanité du 13 novembre 2025
| Plus tôt cette semaine, la presse israélienne avait affirmé que huit entreprises de ce pays n’auraient pas le droit d’exposer au salon Milipol.© Eric TSCHAEN/REA |
Après une mise en demeure lancée le 5 novembre par un collectif d’associations, et révélée par l’Humanité, huit firmes israéliennes avaient d’abord été interdites de participation au salon de la sécurité. Ce jeudi 13 novembre, l’Élysée a fait volte-face, invoquant l’amélioration de « la situation sur le terrain suite au cessez-le-feu ».
Les firmes qui participent au génocide en cours à Gaza pourront faire tranquillement leur marché au salon de la sûreté et de la sécurité intérieure Milipol, qui doit se tenir du 18 au 21 novembre, à Villepinte, en Seine-Saint-Denis. Ainsi en a décidé Emmanuel Macron, jeudi 13 novembre.
Dans une communication alambiquée, l’Élysée a indiqué que « dans le contexte de la guerre à Gaza, la doctrine relative à la participation des entreprises israéliennes aux salons spécialisés dans les domaines de La Défense et de la sécurité reste valable ». Sous-entendues, des interdictions d’accès sont possibles, comme cela avait été décidé au salon Eurosatory consacré à la défense terrestre, au printemps 2024.
L’Élysée justifie sa décision par l’accord de cessez-le-feu
Mais, poursuit l’Élysée, « compte tenu de l’évolution de la situation sur le terrain suite au cessez-le-feu », le chef de l’État a « décidé de permettre à l’ensemble des entreprises israéliennes qui le souhaitent de participer au salon Milipol ». Une décision qui « a pour objectif de contribuer à un dialogue constructif avec les autorités israéliennes sur tous les sujets relatifs à la paix au Proche-Orient et à nos relations bilatérales », ajoute la présidence française dans une novlangue qui pourrait cacher d’intenses pressions diplomatiques engagées ces dernières heures.
Plus tôt cette semaine, en effet, la presse israélienne avait affirmé que huit entreprises de ce pays n’auraient pas le droit d’exposer au salon Milipol. Une décision dénoncée mardi par l’ex-député franco-israélien Meyer Habib, évoquant sur X un « scandale » et même une « agression contre Israël du gouvernement Français ».
Quelques heures plus tard, celui qui avait comparé la population de Gaza à un « cancer », en octobre 2023, sur Radio J, a indiqué avoir reçu un « message du président de la République », assurant qu’il n’y aurait « pas de boycott des sociétés israéliennes » au salon Milipol. Sur le même réseau social, l’ancien élu a même publié les échanges de textos avec le chef de l’État. « Affaire réglée », aurait répondu Emmanuel Macron à son alerte.
Milipol et Lecornu mis en demeure par un des associations de défense des droits humains
La bataille avait été lancée le 5 novembre dernier, quand plusieurs associations de défense des droits humains (Al-Haq, Avocats pour la Justice au Proche orient, Union Juive Française pour la Paix, Survie, Nidal, Stop Fuelling War, soutenues par la Coalition Guerre à la Guerre et pour la stratégie juridique par Droits et Mouvements Sociaux) avaient mis en demeure le premier ministre et les organisateurs du salon Milipol d’exclure de l’événement toute entreprise, délégation ou tout intermédiaire ayant participé à des livraisons d’armes à Israël. Une démarche révélée dans les colonnes de l’Humanité.
« Alors que le procès contre la société Lafarge s’ouvrait hier (mardi 4 novembre – NDLR), l’État et les organisateurs du salon Milipol prennent le risque d’être poursuivis en justice en soutenant indirectement le génocide et autres crimes internationaux commis par Israël », écrivaient alors les ONG dans leur communiqué. Ce jeudi, elles ont donc condamné fermement la décision prise par Emmanuel Macron.
« Visiblement, la France s’est encore couchée devant la promesse d’une ‘riposte sévère’ du gouvernement israélien, regrette Dominique Cochain, la présidente d’AJPO. Pourtant, l’État français ne peut ignorer, par exemple, l’utilisation que fait ce gouvernement des outils de vidéosurveillance et de reconnaissance faciale contre les Palestiniens. Résultat, vont pouvoir exposer sur le territoire français, dans le cadre d’un salon organisé sous l’égide de notre gouvernement, des entreprises qui, sous couvert de sécurité ‘intérieure’, participent activement au crime de colonisation de la Palestine, un État pourtant reconnu par la France. »
Pour l’avocate honoraire, l’argument du cessez-le-feu brandi par l’Élysée ne tient pas. « Ce prétendu cessez-le-feu a déjà fait 260 morts côté Palestiniens depuis le 10 octobre. Et par ailleurs, juridiquement, le génocide ne s’arrête pas à la fin théorique des bombardements. Il se poursuit à Gaza, comme d’ailleurs la colonisation en Cisjordanie. »
Des technologies et du matériel « testés sur les Palestiniens »
Les associations envisageaient plusieurs types d’actions pour protester contre l’accueil des sociétés israéliennes à Milipol, sans avoir encore choisi celles qui seraient lancées. Le 8 octobre 2025, une plainte avait été déposée contre les organisateurs du salon aéronautique du Bourget, pour « complicité de crime de guerre et de génocide », au motif que ce salon avait accueilli, en juin, cinq firmes militaires israéliennes.
« Il est inacceptable que des entreprises israéliennes viennent faire du commerce en France sur des technologies et du matériel testés sur les Palestiniens à Gaza ou en Cisjordanie », avait écrit le député LFI Thomas Portes au ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, dans un courrier daté du 5 novembre, réclamant lui aussi « l’interdiction des 38 entreprises israéliennes » attendues à cet événement, « dont 9 spécialisées dans la lutte antiterrorisme et les forces spéciales et 19 dans le maintien de l’ordre ».
Contacté par l’Humanité, il a regretté, jeudi, le “changement de doctrine injustifiable de l’Etat français” en matière d’accueil des entreprises israéliennes. “En moins de 72 heures, on a vu un ministre de l’Enseignement supérieur obtenir l’annulation d’un colloque sur la Palestine au Collège de France, et un chef de l’Etat rétablir l’accueil en France d’entreprises complices du génocide en cours à Gaza. Cela fait beaucoup!” s’indigne l’élu, qui appelle à “utiliser tous les leviers de la mobilisation pacifique” contre ces décisions. Il y a une semaine, le collectif Stop Arming Israël avait lancé une action de “phoning” contre la participation d’Israël à Milipol. Objectif: appeler massivement les organisateurs du salon pour réclamer l’éviction des entreprises concernées.