« Qu’avons-nous fait pour mériter tout cela » : les habitants de Gaza en proie aux inondations et au blocus israélien

Publié le par FSC

Lina Sankari
L'Humanité du 16 novembre 2025

 

Depuis plusieurs jours, les Gazaouis font face à des pluies diluviennes qui causent d’importantes inondations et détruisent les nombreux abris des déplacés.© Saeed Jaras/Middle East Images/ABACA

 

Après deux ans de guerre génocidaire, les habitants de Gaza, pour beaucoup vivant sous des tentes de fortune, doivent faire face à des crues dévastatrices. Malgré le cessez-le-feu, l’aide demeure bloquée, en violation totale du protocole humanitaire.
Pas une heure ne passe sans que des centaines d’appels de détresse ne parviennent à la défense civile palestinienne. Les services, débordés mais aux capacités inexistantes, n’ont rien pu faire contre la tempête qui s’est abattue ces derniers jours sur la bande de Gaza.
À l’heure où 92 % des bâtiments résidentiels ont été détruits par les bombardements israéliens, où 89 % des infrastructures de gestion des égouts, des eaux usées et des déchets solides sont réduites à néant, les inondations viennent ajouter à l’horreur en cours dans l’enclave palestinienne.

Au moins 500 000 tentes nécessaires
Depuis vendredi, les déplacés tentent de lutter nuit et jour contre les précipitations, atteignant 10 centimètres par endroits et détruisant des tentes et des matelas déjà éprouvés par deux ans d’une guerre génocidaire, les déplacements forcés, la chaleur, la boue et les vents violents.


« Mes enfants étaient trempés. Nous avons essayé de rassembler ce que nous pouvions de notre literie pour la garder au sec, mais la pluie était persistante et a mouillé presque tout ce qui se trouvait dans la tente », raconte un habitant, joint par le site d’information égyptien MadaMasr.
Dans une tentative désespérée, les Palestiniens de Gaza se sont retrouvés à creuser à la main, ou à l’aide de seaux, des tranchées pour tenter de détourner l’eau. Avant cet épisode, les besoins s’élevaient déjà à au moins un demi-million de tentes, selon les autorités. En outre, au plus fort des attaques israéliennes, les véhicules de la défense civile ont délibérément été ciblés par l’armée d’occupation, réduisant les capacités d’intervention.

« Vivre cette vie est une autre guerre »


« Nous demandons instamment que des maisons, des caravanes et des tentes soient immédiatement fournies à ces familles déplacées afin d’alléger leurs souffrances, d’autant plus que nous sommes seulement au début de l’hiver », alerte un communiqué de la défense civile. 260 000 familles palestiniennes, soit près de 1,5 million de personnes, survivraient en situation de vulnérabilité extrême, selon les organisations humanitaires.
L’arrivée du froid expose les habitants, cernés par les eaux de crue contaminées, aux maladies. « Qu’avons-nous fait pour mériter tout cela ? Où sont les gens alors que tout cela nous arrive ? La guerre contre Gaza n’est pas terminée. Vivre cette vie est une autre guerre », témoigne un autre résident auprès de MadaMasr. Plus d’un mois après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, l’aide continue en effet d’être bloquée, en violation totale du protocole humanitaire.


En plus de devoir faire face à la famine, les autorités sont dans l’incapacité de s’approvisionner en outils et en équipements afin de réparer les dégâts et de protéger les populations. « Des millions d’articles de première nécessité pour l’hébergement restent bloqués en Jordanie, en Égypte et en Israël, dans l’attente d’autorisations pour entrer à Gaza », a déclaré vendredi le porte-parole des Nations unies, Stéphane Dujarric, lors d’une conférence à New York. Depuis le 10 octobre, plus de 6 490 tonnes de matériel de secours, acheminé par l’ONU, attendent l’autorisation d’entrer des autorités israéliennes.
 

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