Le Parisien : censure de classe !

Publié le par FSC

Elisabeth Fleury
L'Humanité du 10 décembre 2025
 

 

Les journalistes du Parisien dénoncent la censure pure et simple d’une interview du procureur national financier (PNF) Jean-François Bohnert.© Pierre MERIMEE/REA

 

La direction du Parisien a annulé, in extremis, un entretien - pourtant prévu de longue date - avec le procureur du Parquet national financier. La rédaction crie à la censure et s’alarme des dérives autoritaires du journal.
Une « immense stupéfaction », face à une « censure pure et simple d’un magistrat responsable de la lutte contre la corruption dans le pays » : dans une « lettre ouverte à l’ensemble de la rédaction, et à son directeur en particulier », le service « Informations générales » du journal Le Parisien, dans sa totalité, a choisi de monter au créneau et ne mâche pas ses mots. Motif de son indignation : l’annulation, in extremis, d’un entretien avec le procureur national financier (PNF) Jean-François Bohnert.

Un entretien annulé à la veille du rendez-vous


À la tête de cette prestigieuse institution judiciaire depuis 2021, le magistrat s’apprête à passer la main à Pascal Prache – qui dirige les services judiciaires de la Chancellerie – pour prendre la tête du parquet général de Versailles. À son actif, plusieurs affaires retentissantes et sensibles concernant des dirigeants de premier plan : Anne Hidalgo (voyage à Tahiti), Emmanuel Macron (McKinsey), Rachida Dati (soupçons de corruption), Nicolas Sarkozy (dossier libyen), rappellent les journalistes du Parisien.


Cette dernière affaire, jugée en première instance il y a quelques semaines, a valu à l’ancien chef de l’État trois semaines d’incarcération à la Santé. Il en a tiré un « Journal d’un prisonnier » dans lequel il règle ses comptes et épingle, au passage, le rôle du PNF et l’attitude de son patron.
L’interview de Jean-François Bohnert, calée depuis plusieurs jours, devait être l’occasion pour lui d’évoquer – pour la première fois publiquement — ces piques. « Le sujet a été annoncé en conférence il y a huit jours, il a été approuvé et inscrit dans le menu rédactionnel, raconte un journaliste du Parisien. Le directeur de la rédaction n’était pas enthousiaste, mais il n’avait pas mis son véto. La date de l’interview avait été calée. Un photographe devait être présent. Et subitement, à la veille de ce rendez-vous, on nous indique qu’il est annulé. C’est sidérant. »

« Le sujet n’intéresse pas nos lecteurs », aurait argué le directeur de la rédaction


Le traitement ainsi réservé au patron du PNF – une censure pure et simple — interroge. « Comme si l’interviewé était un personnage sulfureux, nuisible ou indésirable dans nos colonnes », s’étonnent les journalistes du service Informations générales.
Pour justifier cette annulation, le directeur de la rédaction Nicolas Charbonneau « a argué que le sujet n’intéressait pas nos lecteurs, indiquent-ils. Il n’y aura donc aucune parution qu’elle soit web ou print, dans le Parisien ». Une décision « brutale, qui porte préjudice à l’ensemble de la rédaction, à l’image et à la crédibilité du journal », renchérit la Société des journalistes du Parisien (SDJ), garante de l’éthique au sein de la rédaction.
Pour la SDJ, « cet épisode révèle aussi la dérive vers une direction autoritaire de la ligne éditoriale, sans concertation et sans aucune contradiction possible ». Sans citer le nom de Bernard Arnault, patron du groupe LVMH et actionnaire principal du groupe Les Echos-Le Parisien, elle s’interroge aussi « sur le fond », rappelant « l’exposition très déséquilibrée de l’ensemble de la séquence relative au procès, à la condamnation en première instance et à l’incarcération de Nicolas Sarkozy ». Si Nicolas Charbonneau n’a pas répondu aux sollicitations de l’Humanité, une rencontre entre lui et des représentants de sa rédaction était prévue, ce mercredi après-midi.

 

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