Vinca Delamare Deboutteville, poursuivie pour avoir interpellé l’État sur Gaza, relaxée
Cette psychoclinicienne comparaissait mardi 9 décembre à Paris pour des appels répétés au Quai d’Orsay, alors qu’elle recherchait des explications sur la suspension des financements français à l’UNRWA, l’agence onusienne en charge des réfugiés palestiniens. La justice a reconnu le « défaut d’intention de nuire ».
Interroger l’État serait-il devenu un acte malveillant en France ? C’est précisément à cette question que la 28e chambre du Tribunal judiciaire de Paris devait répondre ce mardi 9 décembre. Vinca Nicolas, psychoclinicienne, y était poursuivie pour « appels malveillants réitérés » envers le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Elle encourait jusqu’à un an de prison et 15 000 euros d’amende.
Comme elle l’a expliqué à la barre, elle entendait comprendre pourquoi La France avait décidé de suspendre son financement de l’UNRWA, alors qu’Israël, sans preuves, accusait l’agence onusienne en charge des réfugiés palestiniens d’abriter des terroristes. Aujourd’hui l’UNRWA a été lavée de ces accusations. La Cour internationale de justice de la Haye avait, deux jours auparavant, évoqué « un risque possible de génocide ». La citoyenne qu’elle est attendait des réponses.
Des appels relevant d’un acte citoyen et humanitaire.
Le Ministère avait, semble-t-il, reçu plusieurs centaines d’appels téléphoniques sur le sujet. Vinca Nicolas est convaincue d’en avoir passé 21. Elle cherchait, a-t-elle précisé, un interlocuteur, soit au cabinet du ministre, soit à la direction des affaires Asie et Moyen Orient, soit au centre tri et soutien. Elle a pu s’entretenir avec deux interlocuteurs très intéressants et a été stupéfaite de faire l’objet d’une convocation judiciaire pour ces appels relevant d’un acte citoyen et humanitaire.
Pascal André, médecin et militants des droits humains, était le seul témoin cité par la défense. Il a rappelé avoir exercé à Gaza du 5 au 24 juillet 2024 et avoir été horrifié de constater que les patients y mouraient faute d’antibiotiques, que des enfants y mouraient, visés à la tête ou d’autres parties du corps par des snipers, au mépris du droit international, piétiné dans l’enclave palestinienne.
Relaxe pour « défaut d’intention de nuire »
Ses confrères de Khan Younès (Gaza) lui ont dit : « Ne reste pas ici, va demander aux pays signataires l’application des droits humains. Nous mourrons de la non-application de ce droit. » Il a été reçu à l’Élysée, au Parlement européen. Il a organisé des marches et des actions citoyennes et pacifiques comme la flottille pour Gaza qui lui a valu une arrestation illégale et la rétention dans une prison israélienne.
La procureure a requis la relaxe pour « défaut d’intention de nuire ». Dans sa plaidoirie, Maitre Sophie Allaert, avocate de Vinca Nicolas, a tenu à dénoncer, en détail, ces poursuites disproportionnées. Elle a cité le rapport d’Irene Khan, rapporteure spéciale des Nations Unies pour la liberté d’expression, et ses alertes sur la répression multiforme qui s’est abattue, dans nombre de pays occidentaux, sur celles et ceux qui rappelaient qu’Israël refuse d’appliquer le droit international. On devrait remercier les activistes plutôt que les poursuivre. Le Président a prononcé la relaxe.