Le choix du tout armement : le choix de la guerre !
L'Humanité du 09 décembre 2025
| Mi-2025, la fabrication d’armes et de munitions en France se situait 40 % au-dessus de son niveau de 2022 d’après l’Insee.© Eliot Blondet / ABC/Andia.fr |
L’explosion des budgets militaires en France ces dernières années allèche les industriels français. Le pays se place même dans le top 10 mondial en matière de dépenses militaires, selon une étude du Stockholm International Peace Research Institute (Institut international de recherche pour la paix de Stockholm), publiée en mars dernier.
« Les budgets sont tellement énormes dans le militaire que la direction est très attirée par eux. Ici, nos radars civils vont être envoyés en fabrication au Brésil, pour pouvoir augmenter la capacité de fabrication de radars militaires sur nos sites français », raconte Yoann Jehanneuf, délégué syndical central CGT à la société Land And Air Systems (LAS, Systèmes terrestres et aériens), entité de Thales.
Ce groupe n’est pas l’unique industriel de l’Hexagone à basculer dans ce schéma. La Fonderie de Bretagne, reprise le 1er mai par le groupe spécialisé dans la défense Europlasma, prévoit de fabriquer jusqu’à 250 000 obus par an. « Pour l’instant, les seuls obus qu’on a faits sont des prototypes », nuance Maël Le Goff, secrétaire du syndicat CGT de l’entreprise. Lui et ses collègues ont appris au printemps que la Fonderie allait se diversifier dans le militaire.
« Ce qui prend le dessus aujourd’hui, c’est l’exportation des armes »
« Cinq personnes sur les 250 salariés sont parties en apprenant la nouvelle, car ils ne voulaient pas fabriquer d’armes. Pour les autres, personne n’a sauté au plafond, mais nous n’avons pas vraiment le choix. C’est ça ou le chômage. » La question de l’emploi est évidemment au cœur des préoccupations des salariés de ces industries qui se militarisent : « Y a-t-il une pérennité dans ce domaine ou cela va-t-il simplement durer le temps de la crise en cours ? » se questionne Maël Le Goff.
Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, les industries spécialisées dans la défense et l’armement ont vu « leurs carnets de commandes se remplir » sans jamais ralentir, rappelle l’Insee dans un billet du 27 novembre. Mi-2025, la fabrication d’armes et de munitions en France se situait 40 % au-dessus de son niveau de 2022, détaille l’institut.
Elles étaient autrefois à destination de l’armée française, rappelle Jean-Pierre Brat, retraité de KNDS, industrie spécialisée dans le militaire. « Mais, ce qui prend le dessus aujourd’hui, c’est l’exportation des armes. C’est pour cela qu’un certain nombre d’entreprises viennent sur ce marché juteux, où elles font beaucoup de profits. »
Jean-Pierre Brat, qui est désormais membre du collectif paix et désarmement de la CGT, craint que de plus en plus d’industries soient tentées d’« abandonner leur savoir-faire et leurs compétences dans le civil pour se recentrer sur le tout-armement ». Ce choix stratégique pourrait finir par coûter cher à la France, qui, « on l’a vu avec la crise du Covid », a encore besoin de réintégrer sur le territoire national « un certain nombre de compétences dans le domaine civil et des équipements médicaux », insiste le retraité.