À Bagneux, la sérénité d’un pouvoir municipal 100 % féminin
L'Humanité du 16 février 2026
Dans cette municipalité communiste de banlieue parisienne, tous les principaux postes de pouvoir au sein de la mairie sont occupés par des femmes. Un cas rarissime qui ne tient pas totalement du hasard.
Une femme maire, ce n’est déjà pas très fréquent (20 % des communes). Une femme maire et une femme première adjointe, c’est encore plus rare. Mais Bagneux, commune communiste au sud de Paris, dans les Hauts-de-Seine, c’est un autre monde. Là-bas, des femmes occupent tous les principaux postes à responsabilité de la ville. Marie-Hélène Amiable est maire ; Yasmine Boudjenah, première adjointe ; Lysiane Alezard, directrice de cabinet ; et Cécile Alliaud est la directrice générale des services.
Un hasard ? Pas tout à fait. Bagneux est dirigé par une femme déjà depuis 1985. « À l’époque de Janine Jambu, il y avait encore moins de femmes maires, qui plus est, de villes dépassant les 40 000 habitants. Quand elle a voulu passer la main, elle tenait beaucoup à ce qu’une femme soit encore maire », se souvient Marie-Hélène Amiable.
Celle qui va à son tour passer le relais, après trente-sept ans de mandats, dont vingt et un comme maire, y a pensé aussi. « Il y a encore trop peu de femmes maires dans des villes comme la nôtre. » Hors de la commune, Marie-Hélène Amiable est souvent seule sur la photo. Dans l’intercommunalité, sur 11 maires, trois sont des femmes, les trois seules de gauche. Alors, aux prochaines municipales, Hélène Cillières, conseillère départementale, sera la tête de liste PCF à Bagneux, où toute la gauche est rassemblée.
Des femmes à qui on ne demande pas de faire comme les hommes
La maire sortante assure qu’elle n’a pas cherché à « écarter les hommes », mais que la compétence a primé. Elle n’a pas craint non plus de s’entourer majoritairement de femmes. « Ça ne fait aucune difficulté dans le conseil municipal et dans la population : ça provoque souvent de la surprise, mais pas de reproches », remarque Marie-Hélène Amiable. Difficile pour les élues, comme pour les fonctionnaires, d’expliquer en quoi cette situation rarissime change fondamentalement dans leur politique. Une attention plus forte aux sujets d’égalité femmes-hommes dans la mairie et le reste de la commune ? Sans doute. Mais le principal gain est plus immatériel que ça : c’est une ambiance plus détendue, plus sereine.
Un mot revient dans toutes les bouches : elles sont « à l’aise ». « Ça donne un signal fort que les femmes sont les bienvenues à Bagneux, à tous les niveaux hiérarchiques, y compris les plus élevés. Et puis ça donne confiance et ça crée un climat apaisé », juge Lysiane Alezard, directrice d’un cabinet de mairie lui aussi exclusivement féminin.
Ici, il n’est pas demandé aux femmes de jouer aux hommes, aussi bien dans la conflictualité des échanges que dans une conception du mandat qui exclurait le reste : « Je suis là pour leur dire qu’elles n’ont pas à être disponibles tout le temps partout », assure Marie-Hélène Amiable, qui se montre davantage compréhensive lorsqu’une élue doit rentrer plus tôt à la maison pour la « deuxième journée ».
En attendant l’égalité parfaite et la parité réelle, l’exemple de Bagneux montre le chemin. C’est un cercle vertueux, la présence de femmes aux postes de responsabilité ouvre la porte à davantage de femmes. « S’il y a un vivier de femmes là, c’est sans doute parce que les femmes nous ont précédées, nous ont mises à l’aise et nous ont proposé de prendre ces postes », explique la première adjointe communiste depuis 2008, Yasmine Boudjenah.