La stratégie nationale sur l’alimentation enfin publiée : l’exécutif préconise « une limitation de la consommation de viande »… sans objectif chiffré

Publié le par FSC

L'Humanité du 11 février 2026

 

 

Les ministères de l’Agriculture, de la Transition écologique et de la Santé ont publié, mercredi 11 février, la stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (Snanc), après cinq années de négociations. Censée indiquer l’action du gouvernement d’ici à 2030, l’application de ce rapport devrait se confronter aux politiques libérales du macronisme et aux lobbies de la viande.
Elle était attendue depuis plus de deux ans. La stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (Snanc) a été finalement publiée par les ministères de l’Agriculture, de la Transition écologique et de la Santé, mercredi 11 février. Censée définir l’action du gouvernement d’ici à 2030, pour une alimentation saine et moins émettrice de gaz à effet de serre, cette feuille de route est issue de la convention citoyenne sur le climat et de la loi Climat et résilience (2021). Elle aurait dû être présentée avant juillet 2023, mais a connu plusieurs péripéties.


Le document préconise « une limitation de la consommation de viande et de charcuterie » et non une réduction, mais prône, en revanche, de « réduire la consommation de viande importée » – évolution d’ores et déjà fragilisée par la récente signature du traité UE-Mercosur. Pour rappel, l’alimentation représente près d’un quart de l’empreinte carbone des Français, dont 61 % issus des « produits d’origine animale ». Or, symbole de l’influence politique des lobbies, les négociations ont été particulièrement âpres sur la formulation concernant… la consommation de viande.

Consommation de viande : de la « réduction » à la « limitation »


Le terme de « limitation » dans la consommation de viande est souvent employé au ministère de l’Agriculture. Le mot « réduction » figurait dans le projet initial et était défendu par le ministère de la Transition écologique. Ce remplacement avait déjà entraîné un premier blocage de la publication de la stratégie par le premier ministre Sébastien Lecornu, qui souhaitait remplacer l’idée de réduction par « une consommation de viande équilibrée ».
Ainsi, la « limitation » de la consommation de viande ne comporte aucun objectif chiffré. « Comment mesurer l’effet de cette stratégie si on ne pose pas des objectifs chiffrés ? » alertait Alexandre Cobigo, responsable du service prévention de la Ligue contre le cancer, auprès de l’Humanité. De même au vu de la structuration de l’agro-industrie, dont les grands groupes sont favorisés par les réformes libérales des gouvernements macronistes.


« Ce secteur est presque oligopolistique. Quatre centrales d’achat achètent les matières premières et imposent les règles, expliquait ainsi Joan Cortinas Muñoz, sociologue à l’université de Bordeaux et chercheur associé à la chaire santé de Sciences-Po Paris, à l’Humanité. Ce sont donc quatre groupes qui définissent l’offre proposée à 90 % des Français. En toute opacité. Comme ils sont tellement puissants, parce que peu nombreux, et que nous en dépendons pour alimenter la population, la négociation politique est très complexe. »
Parmi les objectifs affichés dans le document final figure « une évolution progressive vers des régimes alimentaires conformes aux repères du programme national nutrition santé ». À savoir : « une augmentation de la consommation de fruits et légumes, de légumineuses, de fruits à coque et de céréales complètes, une consommation suffisante et limitée de poisson et de produits laitiers et une limitation de la consommation de viande et de charcuterie et réduire la consommation de viande importée ».

 

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