Une « réorganisation brutale » chez Monoprix
SOURCE : L'Humanité
Commerce La direction de l’enseigne de grande distribution va annoncer, lors d’un CSE extraordinaire convoqué le 10 février, son intention de fermer ou de céder plusieurs magasins. Les syndicats dénoncent un « plan de licenciements déguisé » et préparent des mobilisations dès la semaine prochaine.
Si la menace couvait depuis plusieurs mois, la nouvelle n’en a pas été moins dévastatrice. La direction de Monoprix s’apprête à annoncer lors d’un comité social et économique (CSE) extraordinaire, convoqué le mardi 10 février, le projet de céder ou de fermer plusieurs magasins dans toute la France.« C’est une réorganisation d’une extrême brutalité, une fois encore au détriment des travailleurs », a aussitôt réagi la CGT commerce dans un communiqué publié lundi. La direction a beau assurer qu’il y aura un« repositionnement de 100 % des effectifs »dans d’autres points de vente et dans le même bassin d’emploi, ces promesses ne dupent pas les syndicats.« On a déjà eu la même mise en scène à l’époque des hypermarchés Casino. Ils nous avaient juré que tous les salariés seraient reclassés dans différentes enseignes du groupe et cela n’a pas été le cas », rappelle Alain Sylvere Tsamas, délégué syndical de la section CGT de Monoprix, selon qui il faut voir, derrière ces annonces, rien moins qu’« un plan de licenciements déguisé »guidé par la volonté de« réduire la masse salariale ».
Depuis la parution du communiqué de presse de la CGT, le téléphone du syndicaliste ne cesse de sonner, des appels de« salariés qui ne savent pas à quelle sauce ils seront mangés »,« en panique »à l’idée de voir leur magasin inscrit sur la liste des établissements sacrifiés. Les conséquences de ces reclassements ne sont pas anodines, souligne Carole Prioult, secrétaire du syndicat FO commerce de Paris.« Le bassin d’emploi de l’Île-de-France est énorme. Qu’est censé faire un salarié à qui on va dire qu’il devra faire désormais 50 kilomètres, traverser tout un département, pour rejoindre son lieu de travail à l’autre bout de la région parisienne ? »interroge la syndicaliste. Elle rappelle la jurisprudence en la matière, qui protège les droits des salariés en cas de mutation leur imposant« des conditions de travail plus difficiles avec des temps de transport plus longs ». Un mince filet de sécurité qui, même dans le cas où les salariés obtiendraient une décision favorable aux prud’hommes, ne les empêcherait pas, selon Alain Sylvere Tsamas, de se retrouver sur le carreau devant le rideau fermé de leur magasin. Ou encore, comme le suggèrent les premières annonces de la direction, contraints de s’adapter« à la jungle »d’un magasin passé sous franchise. Une dizaine d’établissements seraient concernés, selon Alain Sylvere Tsamas.
Près de 2 500 postes supprimés en quatre ans
« Cela fait au moins un an et demi que ce projet d’accélérer le passage sous franchise est dans les tuyaux »,affirme Carole Prioult. Une perspective qui suscite l’effroi chez la syndicaliste :« Partout où ça a été imposé, ça a été une catastrophe à la fois pour l’entreprise et pour les salariés. »C’est ce que lui auraient notamment confié des employés du Monoprix de Brunoy, dans l’Essonne, racheté par un repreneur il y a près de deux ans. Résultat : plus de comité d’entreprise, plus de représentants du personnel et des tentatives répétées visant à pousser des salariés vers la sortie. Elle dénonce en outre la logique incohérente à l’œuvre dans ce type de cession :« Si un grand groupe ne peut pas gérer financièrement un magasin dans un département, comment un franchisé pourra absorber, à lui tout seul, les difficultés ? »
À la lumière des révélations del’Humanité,en avril 2025, ce projet de réorganisation apparaît comme une ultime secousse au sein du magasin, fortement ébranlé depuis son rachat par le groupe Casino en 2013 et l’arrivée aux manettes, en 2024, de son principal actionnaire, le milliardaire Daniel Kretinsky. Les chiffres et les témoignages des salariés évoquent une dégradation spectaculaire du climat social, sur fond de baisse de la masse salariale et de hausses des risques psychosociaux. Près de 2 500 postes ont été supprimés en quatre ans, ramenant les effectifs des magasins à un peu plus de 13 000 en 2024, tandis que le nombre d’arrêts maladie a explosé. L’enseigne créé en 1932 reste la poule aux œufs d’or du groupe : en 2024, Monoprix a encore généré la moitié du chiffre d’affaires de Casino (soit 4 milliards d’euros), avec un taux de marge de 9,4 %, de loin la plus élevée de toutes les marques de la multinationale.