En Cisjordanie, une série d’attaques coordonnées commises par des colons juifs contre des villages palestiniens

Publié le par FSC

Luc Bronner
Le Monde du 23 mars 2026

Une maison endommagée, incendiée, à Fandaqoumiya, près de Jénine, en Cisjordanie occupée, le 22 mars 2026. MOHAMAD TOROKMAN/REUTERS

 

Des colons juifs ont multiplié les attaques, samedi 21 et dimanche 22 mars, contre des villages palestiniens de Cisjordanie, marquant une nouvelle aggravation de la situation dans les territoires occupés par l’armée israélienne depuis cinquante-neuf ans. Le bilan détaillé transmis au Monde par les services de sécurité de l’Autorité palestinienne décrit une série d’attaques « graves et coordonnées » touchant, au même moment, plusieurs secteurs de la Cisjordanie. Ces violences font suite au décès d’un homme de 18 ans, habitant d’une colonie, mort samedi après un choc avec une voiture conduite par un Palestinien. Des colons et des représentants de l’extrême droite religieuse ont qualifié la collision de meurtre. L’armée a indiqué enquêter sur les circonstances de l’incident.
 

Pour venger cette mort, plusieurs centaines de colons israéliens, dont certains armés, ont conduit, depuis samedi, des assauts simultanés dans un nombre inédit de villages. A Jaloud, près de Naplouse, des groupes d’hommes armés ont agressé des habitants, mettant le feu à un bâtiment public et à quatre véhicules. Trois Palestiniens ont été blessés dont un, plus gravement, à la tête. A Silat Ad-Dahr, au sud de Jénine, des assaillants ont tenté d’incendier une maison et ont blessé un habitant. A Qaryout, près de Naplouse, où deux Palestiniens avaient été tués début mars, des groupes ont tenté d’investir le village avant d’être repoussés par des habitants. A Fandaqoumiya, des bandes ont attaqué le village, incendiant des maisons et des voitures. Des colons ont jeté des pierres sur des véhicules palestiniens qui circulaient près de Haris, près de Ramallah, près de Bethléem et à l’entrée de Moukhmas, à proximité de Jérusalem. A Salfit, trois hommes ont été blessés par des jets de pierres lors d’une « embuscade » sur leur véhicule.
« Ces attaques ne constituent pas des incidents isolés, mais s’inscrivent dans le cadre d’une escalade plus large, les colons se mobilisant en grands groupes, bloquant les routes et s’en prenant simultanément aux citoyens palestiniens et à leurs biens dans plusieurs villes », déclare une source sécuritaire palestinienne. « Les crimes et les actes de terrorisme perpétrés par des bandes de colons s’inscrivent dans le cadre d’une politique organisée et systématique soutenue par le gouvernement d’extrême droite en Israël.

Ces crimes sont commis quotidiennement avec la complicité et la protection de l’armée d’occupation », ajoute la même source, appelant la communauté internationale à réagir. L’armée, de son côté, confirme des incidents en les qualifiant de « troubles » et en faisant état d’incendies volontaires – les mêmes actes commis par des Palestiniens, notamment les jets de pierres, conduisent régulièrement les militaires à utiliser leurs armes y compris contre des adolescents.

Le monde politique israélien divisé


Depuis le début de la guerre avec l’Iran, les colons les plus extrémistes, qui bénéficient d’une impunité de fait depuis des mois, ont multiplié les assauts, tuant six Palestiniens en trois semaines. Cette dégradation a conduit des anciens généraux israéliens à rendre publique, le 16 mars, une lettre ouverte adressée à la hiérarchie militaire afin de dénoncer ce qu’ils qualifient de « pogroms » et de « terrorisme juif ». Dans un communiqué, samedi, plusieurs Etats européens, dont la France, l’Espagne et le Royaume-Uni, ont aussi choisi de reprendre ce vocabulaire en évoquant des « actes de terreur ».
Le débat divise le monde politique israélien. Dimanche, lors de l’enterrement du jeune colon dont la mort a provoqué cette nouvelle vague de violences, le ministre des finances, chargé des colonies, Bezalel Smotrich, a déclaré viser « l’effondrement » de l’Autorité palestinienne et l’annexion complète de la Cisjordanie. Le candidat de gauche, Yaïr Golan, a dénoncé le soutien du gouvernement au « terrorisme juif » alors que l’armée opère sur deux fronts, en Iran et au Liban.


A la Knesset, le 17 mars, une députée centriste, ancienne ministre, Meirav Cohen, avait dénoncé les violences de ces dernières semaines avec des mots inhabituellement forts : « La réalité est qu’en ce moment même des villages sont attaqués, des communautés sont délibérément expulsées de leurs foyers, des moutons sont abattus, des vergers sont incendiés, des gens sont attaqués simplement parce qu’ils sont arabes, sans qu’ils aient recours à la violence, avait-elle dénoncé à la tribune. Si douloureux et honteux que cela soit à admettre, il s’agit bien de terrorisme, et de terrorisme juif. »

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article