LIBAN : les bombes sur la population c'est de Netanyahou qu'elles viennent
Eh le projet colonial israélien constitue un tout indissoluble comme en atteste ce qui se passe en Cisjordanie où les colons et l'armée ne peuvent invoquer une " agression " de la population palestinienne pour justifier leur violence et le projet de s'emparer du territoire à leur seul profit !
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Dr Tannous Shalhoub
Le 07 mars 2026
Dans toutes les guerres coloniales, l'agresseur ne se contente pas d'utiliser la force militaire, mais cherche aussi à s'emparer des consciences. Le véritable pouvoir ne s'acquiert pas seulement lorsque l'ennemi impose sa volonté par les bombardements et la destruction, mais lorsqu'il parvient à convaincre ses victimes qu'elles sont responsables de leur propre sort. L'hégémonie se transforme alors d'une simple supériorité militaire en une domination narrative et intellectuelle.
C'est ce à quoi nous assistons aujourd'hui au Liban, dans certains discours qui rendent la résistance responsable des déplacements de population, des destructions systématiques et brutales, et des massacres perpétrés par l'occupation sioniste. Dans cette perspective, l'équation est complètement inversée : l'agresseur devient secondaire dans le récit, tandis que la victime, ou ceux qui résistent à l'agression, deviennent les principaux accusés. Ainsi, l'événement est remodelé selon la logique même de l'ennemi.
Ce phénomène n'est pas nouveau dans l'histoire du colonialisme. L'hégémonie coloniale s'est toujours employée à reproduire son récit au sein des sociétés ciblées. Le débat ne porte alors plus sur le crime lui-même, mais sur la question de savoir si la victime a « provoqué » l'agresseur. C'est précisément à ce moment que le projet colonial atteint l'un de ses objectifs les plus importants : amener certains membres de la société agressée à adopter le langage, les concepts et les analyses de l'ennemi.
Ce qui est plus dangereux encore que le bombardement lui-même, c'est ce qui se passe au niveau du discours. Au milieu de ces événements, un discours émerge qui impute la destruction et les déplacements de population à la résistance, comme si l'agression israélienne n'était qu'une simple réaction à son existence. Ainsi, la perception de la réalité est complètement inversée : au lieu de nommer l'agresseur, la faute est rejetée sur la partie qui le combat.
Cette logique témoigne d'un succès partiel du récit que le projet sioniste tente d'imposer depuis des décennies. Ce récit repose sur une idée simple, mais redoutablement efficace : Israël n'est pas un État qui exerce la puissance, mais plutôt un État toujours « contraint » de se défendre. En répétant ce discours dans les médias et sur la scène politique internationale, il devient possible de transformer chaque guerre menée en un acte de défense, quelle que soit l'ampleur des destructions infligées. La tentative des forces de droite libanaises, liées à l'impérialisme occidental et aux médias mercenaires financés par les régimes du Golfe, de rendre la résistance responsable des crimes de l'occupation fait partie intégrante du conflit et constitue le rôle de ces forces et de leurs instruments médiatiques dans leur quête pour contrôler et vaincre la résistance. Nous sommes confrontés à un profond désaccord politique quant aux choix et aux stratégies, et l'une des priorités de ces forces et de leurs commanditaires est d'ancrer profondément le discours dominant dans les consciences. Au lieu de désigner le véritable coupable – la puissance qui possède des avions, bombarde des maisons, tue des civils sans défense, des enfants, des femmes et des personnes âgées, et déplace des villages, des villes et des quartiers entiers – le débat est détourné vers le procès de ceux qui s'opposent à cette agression.
L'hégémonie, dans son sens le plus profond, ne s'exerce pas uniquement par la force, mais aussi par la manipulation des perceptions publiques, de sorte que la réalité apparaisse comme le fruit d'un désir puissant. Lorsque la société elle-même reproduit cette interprétation, le conflit ne porte plus seulement sur le territoire, mais aussi sur le sens et la mémoire. Par conséquent, s'opposer à l'hégémonie ne se limite pas à la lutte contre l'agression militaire, mais implique également de libérer les consciences des récits du pouvoir dominant et de rétablir les responsabilités à leur juste place : l'agresseur est appelé agresseur et la victime, victime, et la résistance est un acte qui s'inscrit dans le contexte de l'agression, et non sa cause.
