Mutuelle de la fonction publique hospitalière : pourquoi les syndicats dénoncent la proposition de complémentaire santé du gouvernement ?
L'Humanité du 09 juin 2026
Un serpent de mer qui provoque la colère. Mardi 09 juin, la CGT, FO, la CFDT, SUD et l’Unsa du secteur de la santé ont dénoncé lors d’une conférence de presse les positions régressives du gouvernement au sujet de la protection sociale complémentaires des agents de la fonction publique hospitalière (FHP).
Si tous montent au créneau, c’est que le 29 mai, le ministère de la Santé et celui des Comptes publics ont mis sur la table leur arbitrage : seuls 400 millions d’euros par an seraient alloués pour cette complémentaire santé censée entrer pleinement en vigueur en septembre 2027, soit une maigre participation employeur de 27 euros par mois et par personne. Un coup de massue pour les 1,2 million d’agents de la FHP, dont 900 000 femmes.
« On nous parle de l’état des finances du pays pour justifier ça, alors que le milieu hospitalier est celui où l’on rencontre le plus de diversité des risques professionnels. Beaucoup de gens sont en souffrance », rappelle Mathieu Collart de la CGT santé et action sociale. Parmi les agents publics, ils sont les derniers à ne pas encore bénéficier de ce nouveau droit créé en 2019.
L’annonce passe d’autant plus mal que, quelques jours plus tôt, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, avait présenté ses 13 mesures pour améliorer la santé des soignants, à base de bonnes pratiques et de minutes de prévention. « Il y a du monde pour faire des déclarations, mais quand il s’agit de passer au portefeuille, il n’y a plus personnes, dénonce Didier Birig, secrétaire général de FO services publics et santé. Après des mois de discussions, on nous a présenté un projet largement en deçà de ce que nous souhaitions. On nous a pris pour des idiots. »
Comme le constate Ève Rescanières, secrétaire générale de la CFDT santé-sociaux : « Avec cette proposition, il y aurait un écart de prise en charge de 28 % avec les autres fonctionnaires. Nous en avons assez d’être maltraités par un ministère qui bafoue le dialogue social. »
Un courrier à la ministre
Excédés par ces mesures sorties du chapeau après deux mois de silence radio, les organisations autour de la table depuis janvier 2026 ont adressé un courrier au premier ministre. Elles exigent une augmentation de l’enveloppe à hauteur de 800 millions d’euros, pour atteindre des paniers de soins du niveau de ceux de la fonction publique d’État, ainsi qu’une ouverture de négociations immédiate sur la prévoyance et une mesure transitoire (en attente de la mise en œuvre complète du dispositif) à hauteur de 30 euros par mois pour les agents, contre 15 euros proposés actuellement.
« Il a fallu entre douze et dix-huit mois pour conclure des accords dans les autres fonctions publiques. Nous, on nous a demandé de tout ficeler en six mois. Ce résultat est un crachat à l’égard des soignants », s’irrite Karine Roger, secrétaire nationale adjointe de l’Unsa santé & sociaux.
Face à la levée de boucliers, le ministère de la Santé a prévu de recevoir à nouveau les syndicats ce vendredi. « L’année après le Covid, 12 000 aides-soignantes et infirmières ont arrêté de pratiquer, martèle Audrey Padelli, codéléguée générale SUD santé sociaux. Tout ce mépris contribue au fait que plus personne n’a envie d’exercer ces métiers. »