« Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, porter assistance à des personnes en danger n’est plus unanimement reconnu comme un impératif vital »
Christophe Prudhomme
L'Humanité du 03 août 2026
L’organisation humanitaire Care dresse un bilan glaçant du désengagement des États-Unis et d’autres pays occidentaux, dont la France, du financement et du soutien politique à l’action humanitaire. Le constat est sans appel : « Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, porter assistance à des personnes en danger n’est plus unanimement reconnu comme un impératif vital. »
L’arrivée de Donald Trump au pouvoir s’est traduite, en quelques mois, par le démantèlement de l’agence de coopération USAID, le retrait de l’Organisation mondiale de la santé et l’arrêt du versement de sa contribution financière à cette agence de l’ONU, la fin de la contribution au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, etc. Le plus scandaleux est que la France envisage elle aussi de réduire d’environ un milliard d’euros sa contribution à ce fonds, dans la lignée de certains pays européens, du Japon et du Canada.
Le recul de la coopération sanitaire produira inévitablement une hausse de la mortalité
Ces décisions ont des conséquences majeures dans plusieurs domaines de la santé. Ce sera un recul de la vaccination et la résurgence de maladies évitables, comme la rougeole, la poliomyélite, la coqueluche ou encore les méningites. Nous allons assister à une hausse de la mortalité liée au sida, au paludisme, à la tuberculose. L’affaiblissement des systèmes de santé locaux va entraîner une hausse évitable de la mortalité, notamment maternelle et infantile.
Cet égoïsme est l’expression d’un aveuglement crasse concernant les risques sanitaires qui nous menacent tous, quelle que soit la zone de la planète où on habite. La crise Covid a montré que les agents infectieux ne connaissent pas les frontières, or il est clair que ces diminutions de crédits vont entraîner une moindre préparation face aux nouvelles épidémies. Car elles vont se traduire immédiatement par une baisse de la surveillance des virus émergents, ce qui augmente mécaniquement le risque qu’une épidémie locale devienne plus vite une menace internationale.
Il faut aussi prendre en compte les effets géopolitiques indirects. La dégradation sanitaire peut contribuer à une augmentation des déplacements forcés de populations, une aggravation des crises alimentaires, une fragilisation économique des pays concernés et une augmentation des besoins humanitaires futurs. À terme, la réduction de l’aide peut donc produire un effet boomerang : des économies budgétaires à court terme pour les pays donateurs, mais des coûts plus élevés ensuite liés aux crises sanitaires, humanitaires et migratoires.
Des crises qui nécessitent des réponses coordonnées
Les associations humanitaires et les fondations ne pourront pas fonctionner uniquement sur la base des dons pour continuer à soigner et sauver des vies. Le rétablissement des aides des États et le retour d’un financement des organismes officiels internationaux sont absolument indispensables, avant tout dans un objectif humanitaire. Celui-ci doit s’opposer aux replis nationalistes car les crises sanitaires, climatiques, migratoires, alimentaires et sécuritaires dépassent les frontières nationales et nécessitent des réponses coordonnées.
