« Toute la région s’est retrouvée éclairée par les flammes » : les habitants du sud du Liban vivent dans la peur des frappes israéliennes et des incendies qu’elles provoquent

Publié le par FSC

Par Laure Stephan
Le Monde du 17 août 2026

 
 
Des incendies de forêt ravagent la périphérie du village de Kfar Chouba, depuis la localité de Marjeyoun, dans le sud du Liban, à la suite de bombardements israéliens qui ont visé la région, le 5 août 2026. AFP

 

Dans la zone sous contrôle israélien, les pompiers libanais ont besoin d’une autorisation pour intervenir. Dans les villages encore habités, les résidents se sentent isolés et craignent de devoir quitter leurs logements.

Situé en altitude, le village de Kfar Chouba est entouré d’oliviers, de cerisiers, de pommiers et de chênes. Vendredi 14 août, Qassem Al-Qadiri, le maire, a voulu se rendre en périphérie de la localité pour constater les dégâts laissés par des incendies récents : deux départs de feux, causés par le largage de munitions par l’armée israélienne, ont eu lieu au cours des dix premiers jours du mois. Mais l’élu et les habitants qui l’accompagnaient ont dû rebrousser chemin à cause, affirme-t-il au téléphone, de tirs israéliens en leur direction pour leur indiquer que la zone était interdite. Les soldats israéliens sont postés sur les collines alentour.


Ces feux, sur les hauteurs boisées de Kfar Chouba, étaient les premiers de l’été à toucher la localité. « Toute la région s’est retrouvée éclairée par les flammes », rapporte le maire. Le village sunnite, qui se trouve à la lisière de la zone occupée depuis le mois d’avril par Israël dans le sud du Liban, a constaté une nouvelle fois son isolement. « Les pompiers de la défense civile n’ont pas pu intervenir rapidement, car ils avaient besoin d’une autorisation de l’armée israélienne », regrette M. Al-Qadiri. Il a contacté le contingent le plus proche de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), composé de soldats indiens, « mais ils [lui] ont dit qu’ils n’avaient pas reçu de consigne pour se déplacer ». Dès lors, les habitants eux-mêmes ont dû, selon lui, affronter le feu, « avec des moyens rudimentaires ».


Le village de Mari, proche de Kfar Chouba, situé lui aussi en zone occupée, dans la région de l’Arkoub, au pied du mont Hermon, a vécu le même confinement en juillet, lorsqu’un incendie a démarré. « La défense civile n’a pas pu accéder immédiatement au village, à cause du processus d’autorisation, et elle n’a pu intervenir que sur un périmètre restreint [afin de rester à distance des positions israéliennes] », affirme le maire, Salman Abou Al-Ela. Les habitants de cette localité à majorité druze ont aussi assisté, ces derniers jours, à des départs de feu près de Khiam, un village chiite voisin, vidé de sa population. « On a vu une fumée épaisse s’élever », décrit l’édile.


Des pics de chaleur facilitant les incendies ont eu lieu cet été, sans être anormaux pour la saison. Mais, selon les pompiers, les feux ne sont pas naturels mais volontaires. Lors d’une allocution publique à la mi-août, la ministre de l’environnement, Tamara El-Zein, a accusé l’armée israélienne d’avoir « délibérément incendié plus de 16 000 hectares de terres » au Liban depuis octobre 2023, date du début des affrontements entre l’Etat hébreu et le Hezbollah. Les dommages concernent des terres agricoles, des oliveraies et des forêts. Par le passé, l’armée israélienne a justifié de brûler la végétation, car elle servirait de camouflage au mouvement armé chiite pro-iranien et à ses infrastructures.

Des arbres centenaires


La Finul, stationnée au sud du fleuve Litani, indique avoir récemment « observé des incendies dans différentes zones du sud du Liban, notamment à proximité de certaines de [ses] positions », selon sa porte-parole Kandice Ardiel. Mais elle ne recense pas de manière exhaustive leur étendue ni leurs causes. Elle ne peut participer à la lutte contre les feux, quand elle en a les capacités, qu’à la demande des autorités libanaises et avec l’autorisation de l’armée israélienne.


Les incendies de zones boisées qui surviennent dans le Sud concernent parfois les alentours de villages dépeuplés. Les habitants déplacés ne peuvent que regarder, impuissants, les images qui en proviennent : c’est le cas de ceux de Yaroun, où plus de 120 hectares de champs d’oliviers ont brûlé au début du mois d’août. La mairie a directement mis en cause l’armée israélienne dans le déclenchement des flammes qui ont englouti des arbres parfois centenaires. Les feux causés par le tir de munitions dépassent les limites du sud du Liban : le 9 août, des bombes incendiaires ont été larguées par Israël dans la région de la Bekaa, située dans l’est du pays.


M. Al-Qadiri ne cache pas sa crainte que d’autres feux puissent ravager des arbres de la région de l’Arkoub. Il signale aussi que plusieurs incursions militaires israéliennes ont eu lieu durant la semaine du 10 août, aux abords de Kfar Chouba, et qu’elles ont été accompagnées de tirs. Lors de l’un de ces épisodes, l’armée israélienne a « utilisé des bulldozers, pour raser de petits arbres et préparer le passage de tanks ». Ces incidents, tout comme les feux, poussent des habitants à « songer à partir pour des régions plus sûres ». M. Al-Ela, à Mari, ne dit pas autre chose : « Les gens ont peur : des incendies, de la situation instable, de la guerre qui se poursuit. Ils se demandent s’ils vont pouvoir rester dans leurs maisons. »

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